Hotel by the River de Hong SangSoo : Less is more

La trajectoire du Sud-Coréen Hong SangSoo prend décidément un tour minimaliste avec cet Hotel by the River. Un métrage en noir et blanc hivernal, des dialogues parcimonieux, tout est délicatesse dans le film.

Synopsis :  Un vieux poète, qui loge dans un hôtel au bord d’une rivière, fait venir ses deux fils, pensant que sa fin est proche. Lieu de retrouvailles familiales, l’hôtel est aussi celui d’un désespoir amoureux : une jeune femme trahie par l’homme avec qui elle vivait vient y trouver refuge et demande à une amie de la rejoindre…

Winter Bone

Hotel By the River, le dernier Hong SangSoo, a mis du temps à arriver sur nos écrans, puisque c’est déjà dans la foulée de Grass, en 2018, que le film a été réalisé. Et c’est aussi dans la foulée de ce film et de tous les autres depuis Seule sur la plage la nuit , que le métrage se situe. On s’éloigne encore un peu plus de ces films très démonstratifs à coups de soju que le cinéaste affectionnait tant pour s’installer dans un registre très minimaliste et, dans le cas de ce dernier film, plutôt mélancolique.

L’hôtel, appelé Heimat – refuge en allemand, un endroit où l’on se sent chez soi -, est situé dans un endroit romantique à souhait, au bord de la rivière Han, pas loin de Séoul. La journée racontée dans le film se situe au creux d’un hiver enneigé qui nimbe le paysage d’une sorte d’ouate onirique. Younghwan (Ki Joo-Bong, un fidèle du cinéma de Hong) est un homme d’un certain âge qui loge depuis quelques temps à l’hôtel grâce au propriétaire, admiratif de ses poèmes. On le cueille à son lever, incertain sur ses pattes, incapable de recevoir dans sa chambre ses deux fils qu’il n’a pas vus depuis longtemps. Younghwan déclare avoir un pressentiment de sa mort imminente, et c’est la raison pour laquelle il les a convoqués, et leur a donné rendez-vous au café de l’hôtel. Les uns comme l’autre ne savent pas trop à quoi s’attendre.

D’un autre côté, SangHee (Kim Min-Hee, la toujours aussi belle égérie de Hong) est également à  l’hôtel près de la rivière, afin d’y chercher de la douceur après une séparation douloureuse d’avec son amoureux, un homme marié. Pour sa part , c’est une amie, YeonJu (Song Seon-mi) qui viendra la rejoindre et la consoler. Les deux femmes sont tout en chuchotement, en bienveillance l’une envers l’autre.

Des femmes d’une part, des hommes de l’autre. Deux histoires qui semblent se dérouler de manière parallèle, mais qui se rejoignent joliment le temps de quelques plans. Au début du film, au lieu de (re)trouver ses fils qui sont pourtant bel et bien au café comme ils en avaient convenu, Younghwan va à la rencontre des deux jeunes femmes, debout dans la neige, pour leur adresser son émerveillement face à leur beauté. Ébloui par elles, il n’avait donc pas vu ses fils qui s’inquiétaient de lui, tout comme il y a longtemps, il les a abandonnés jeunes pour rejoindre une autre femme. Dans une autre scène, à l’heure du dîner, les deux groupes se retrouvent dans le même restaurant, pas loin de l’hôtel. Leurs discussions , autour des relations entre les femmes et les hommes, se répondent. Ainsi, YeonJu, l’amie de SangHee, estime que les hommes sont des êtres immatures, tandis que Byungsoo, le plus jeune des deux frères, affirme sans les connaître vraiment, que les femmes lui font peur parce que trop complexes, ou trop fortes.

Chacun a donc un petit souci à déposer dans cet abri de fortune, qui un alcoolisme , qui une ambiguïté sexuelle, qui encore un chagrin d’amour. Tout est traité de manière infiniment délicate. Hong SangSoo est proche de la poésie, de la nature. Younghwan se soucie d’une plante qui lui semble assoiffée, SangHee s’émerveille du bruit d’une pie courageuse qui fabrique son nid par un temps hivernal…

Hotel by the River peut en dérouter plus d’un par son minimalisme extrême. On se rend compte cependant que dans une telle ambiance, chaque mot, chaque geste prend une importance capitale : un unicorne offert à un fils quadra, une sieste faite à deux amies , des larmes coulant de concert… D’aucuns évoquent l’ennui en parlant de ce film, et pourtant, il n’y a aucune place pour l’ennui. La photo, en noir et blanc, est splendide. Les dialogues, intéressants jusque dans leur simplicité. Hong SangSoo a su sortir de l’écueil qui le guettait, avec des films qui se suivaient et se répétaient en boucle, bientôt vidés, expurgés de tout sens. Son virage depuis quelques films, sans doute en lien avec sa situation amoureuse nouvelle, ne peut que nous plaire. Sa nouvelle vague de films contient des œuvres plus apaisées, semblables dans leur ambiance, et pourtant suffisamment distinctes pour susciter la curiosité du spectateur à chaque nouvel épisode. A ce titre, Hotel by the River est sans aucun doute le plus abouti.

Hotel by the River – Bande annonce 

Hotel by the River – Fiche technique

Titre original : Gangbyeon hotel
Réalisateur : Hong SangSoo
Scénario : Hong SangSoo
Interprétation : Ki JooBong (YoungHwan), Kim  MinHee( SangHee), Kwon HaeYyo (KyungSoo), Song SeonMi (YeonJu), Yu JoonSang (ByungSoo)
Photographie : Kim HyungKu
Montage : Son YeonJi
Musique : Dalpalan
Producteur : Hong SangSoo
Maisons de production : Jeonwonsa
Distribution (France) : Les Acacias
Récompenses : Plusieurs prix pour l’acteur Ki JooBong, dont au festival de Locarno de 2018
Durée : 96 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  29 Juillet 2020
Corée du Sud – 2018

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Festival

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Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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