Les années 2010 : Leonardo DiCaprio, caméléon, sélectif et enfin oscarisé

Est-ce sa décennie ? Leonardo DiCaprio s’est trouvé deux illustres façonniers en la personne de Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Il a enfin été oscarisé après des années de frustrations et d’espoirs déçus. Il s’est accompli – un peu plus – en tant que comédien, tout en marquant le cinéma – un peu plus – de son empreinte.

Leonardo DiCaprio n’a pas attendu la décennie 2010-2020 pour se faire un nom, mais il a indubitablement changé de dimension au cours de ces années-là. La formule est vague et ne rend pas forcément justice au talent qui était déjà le sien à l’époque de Blessures secrètes – il avait alors dix-neuf ans et donnait la réplique à Robert De Niro, son acteur favori – ou de Titanic – il avait alors vingt-trois ans et était adulé par des hordes de fans, surtout féminines. Mais le comédien américain est devenu plus sélectif et a décidé de lier son destin à celui de cinéastes de la trempe de Martin Scorsese et de Quentin Tarantino. Depuis Gangs of New York (2002) et Django Unchained (2012), « Leo » est en effet devenu l’acteur fétiche de ces deux monstres sacrés de Hollywood. Pour la petite histoire, Tarantino avait déjà envisagé de collaborer avec lui à l’occasion d’Inglourious Basterds, avant d’opter pour le germanophone Christoph Waltz. Cette année, c’est chez l’architecte de Pulp Fiction qu’on l’a aperçu (Once Upon a Time… in Hollywood), mais on devrait le revoir dès l’an prochain auprès du réalisateur de Taxi Driver, dans l’attendu Killers of the Flower Moon.

Le début de la décennie 2010 sonne comme une consécration pour Leonardo DiCaprio. Dans Django Unchained, il joue un propriétaire terrien esclavagiste et sadique, un réac de la pire espèce dénué de toute morale, capable d’obliger des Noirs à se battre à mort pour son seul plaisir. Pendant un long monologue, il s’entaille profondément la main sur un morceau de verre, mais continue la prise comme si de rien n’était. Une performance majuscule qui lui vaut notamment une nomination aux Golden Globes. Les Oscars, en revanche, continuent de le bouder. Et ça commence à se voir. Jusqu’au moment de son sacre en 2016 pour son rôle dans The Revenant – ironiquement, c’est Alejandro González Iñárritu qui lui donnera son rôle à statuette –, « Leo » a connu une suite ininterrompue de vexations : des oublis – Titanic, Les Infiltrés, Inception – ou des nominations ponctuées par un échec – Le Loup de Wall Street, Aviator, Blood Diamond. Au point d’ailleurs que tout cela vire à la ritournelle : chaque année ou presque, les journalistes, généralistes comme spécialisés, se demandent si DiCaprio reviendra une fois encore bredouille de la cérémonie des Oscars, ou regrettent en chœur son palmarès. Exemples : « DiCaprio le maudit » (Le Figaro, mars 2014), « Le Web pleure la défaite de Leonardo DiCaprio aux Oscars » (L’Express, mars 2014), « Leonardo DiCaprio snobé par les Oscars… » (20 minutes, février 2014), « Leonardo DiCaprio et l’Oscar maudit » (Midi Libre, janvier 2016), « Oscars, César, pourquoi ils ne l’auront jamais » (L’Express, février 2012), etc.

Qu’importe, même sans Oscar (ni Golden Globes, ni BAFTA, ni…), la décennie qui vient de s’écouler aurait été éclatante pour « Leo ». Pour en juger, il suffit de se reporter au nombre considérable de films notables auxquels il a pris part : Shutter Island, Inception, Django Unchained, Le Loup de Wall Street, The Revenant, Once Upon a Time… in Hollywood, sans oublier les moins heureux J. Edgar ou Gatsby le Magnifique, dans lesquels peu pouvait toutefois lui être reproché. Durant ce laps de temps, on a vu DiCaprio personnifier la résilience et tourner dans des conditions extrêmes (The Revenant), jouer l’hédonisme comme si les lendemains n’existaient pas (Le Loup de Wall Street), crever un double écran dans une mise en abîme vertigineuse (Once Upon a Time… in Hollywood) ou se métamorphoser à coups de moulages en plâtre, de lentilles, de postiches, d’appareils dentaires ou de prothèses nasales (J. Edgar). Que peut-il encore faire pour grandir en tant que comédien ? S’inscrire dans la durée ? Imiter son modèle, Robert De Niro, et se trouver des rôles séminaux à la Travis Bickle, Jake LaMotta ou Rupert Pupkin ? C’est partiellement accompli et – ça tombe bien – « Marty » n’y est pas pour rien.

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Le cinéma dans la peau, de l’écran à la plume

Le cinéma est un langage construit, 24 mensonges par seconde, et écrire sur lui est une manière de prolonger cette fabrication tout en se découvrant soi-même. Que représente le cinéma ? Comment le traduire par des mots ? Qu’est-ce que l’exercice révèle de soi ? À travers ces témoignages personnels, les rédacteurs du Mag du Ciné explorent leur relation intime à l’écriture critique, entre perception, émotion et identité.

Top Films 2025 : les meilleurs films selon la rédaction

En 2025, le cinéma a révélé une vitalité rare : entre gestes d’auteurs affirmés, récits intimes, propositions radicales et nouvelles voix, l’année compose un paysage foisonnant où mémoire, doute et réinvention se croisent sans cesse. À travers ce top, la rédaction du Mag du Ciné dresse un état des lieux du cinéma contemporain, entre œuvres marquantes, visions singulières et explorations formelles qui témoignent d’un art toujours en mouvement.

Ces scènes de l’imaginaire, du rêve, qui nous fascinent, nous subjuguent

Entre rêve et réalité, le cinéma nous offre des scènes suspendues qui fascinent et subjuguent. De Huit et demi à Edward aux mains d’argent, de Life of Chuck à Le Vent se lève, ce dossier explore l’imaginaire et l’onirisme des grands auteurs, où la magie des images nous émerveille et nous surprend.