L’Escalier, une curiosité signée Stanley Donen, en DVD chez BQHL

Les éditions BQHL nous proposent de découvrir un film méconnu de Stanley Donen, L’Escalier, dans lequel Richard Burton et Rex Harrison forment un vieux couple attendrissant.

Le nom de Stanley Donen, décédé  en début d’année, fait inévitablement penser à des comédies musicales, bien entendu Chantons sous la pluie, mais aussi Un jour à New-York, par exemple. Le cinéaste avait aussi excellé dans la comédie en réalisant un formidable Charade, avec Cary Grant et Audrey Hepburn. Mais c’est un film méconnu de Stanley Donen qui sort en DVD, L’Escalier.

Charlie (Rex Harrison) et Harry (Richard Burton) forment un couple homosexuel tenant un salon de coiffure dans un quartier populaire de Londres. Et c’est là que réside l’intérêt principal du film : dans la vision qu’il offre de l’homosexualité. Le principe est clair : ce couple homosexuel fonctionne comme n’importe quel autre couple. On suppose que les deux personnages vivent ensemble depuis longtemps maintenant, et ils forment un de ces vieux couples où, à la fois, on ne supporte plus les petits défauts de l’autre, la patience envers les tares du compagnons a disparu, les reproches et les piques sont permanents, et en même temps on ne peut pas vraiment envisager de vivre l’un sans l’autre.

Les deux personnages sont très dissemblables. Charlie est un ancien acteur qui reste enfermé dans une vision romancée de son passé. Il prétend avoir été un comédien acclamé et semble encore croire à un possible retour sur scène. Assez précieux, il revendique son homosexualité, mais ses fanfaronnades cachent mal un certain malaise ; ainsi, il n’a pas vu sa fille Cassy depuis vingt ans, n’osant lui avouer son homosexualité. Harry, lui, expose plus facilement sa souffrance. Constamment taraudé par un mère impotente qui vit chez lui, il regrette surtout de ne pouvoir avoir des enfants.

La tension va se cristalliser autour de deux éléments : l’alopécie de Harry, et une convocation au tribunal pour Charlie. Cela va faire éclater les rancœurs et les frustrations accumulées au fil des années. Mais ces propos parfois durs, les coups de colère et les menaces de départ ne masquent pas non plus le grand amour qui unit les deux personnages.

Le traitement réservé à la représentation de l’homosexualité est assez remarquable : loin des caricatures que l’on nous infligera encore trop longtemps, Stanley Donen représente ses personnages comme formant un couple ordinaire que rien ne différencie d’un couple hétéro. Et, en 1969, c’est en soi un fait remarquable, surtout lorsque l’on sait qu’au Royaume-Uni, l’homosexualité n’a été dépénalisée que deux ans auparavant. Et, encore, était-ce sous certaines conditions, ce qui peut justifier certaines réactions des personnages (Harry ne supporte pas de voir les couples hétéro s’embrasser dans la rue, ce qui n’était pas autorisé pour les homosexuels).

Il est très intéressant de comparer L’Escalier à un autre film britannique traitant des homosexuels, La Victime, de Basil Dearden, sorti en 1961, avec Dirk Bogarde. La Victime se déroule dans un Royaume-Uni où l’homosexualité est un crime puni de la prison, et où les maîtres-chanteurs fleurissent sur ce terrain idéal. Moins de dix ans plus tard, le couple principal de L’Escalier vit ensemble au vu et au su de tous, dans la plus grande légalité. Là réside aussi un des intérêts de ce film : dresser un état de la société britannique de son temps.

 

Sur un tel sujet, les compléments de programme pouvaient être foison : sur Stanley Donen, Richard Burton ou Rex Harrison, sur la représentation de l’homosexualité au cinéma, sur la société britannique de la fin des années 60, etc.  D’où notre surprise en voyant que L’Escalier est présenté de façon brute, sans le moindre complément de programme, pas même la moindre petite présentation.

C’est donc uniquement pour le plaisir de découvrir un Stanley Donen différent, plus sobre, plus social, plus émouvant, avec deux acteurs épatants de justesse, sur un sujet pour le moins inattendu, qu’il faut se diriger vers cette sortie aux éditions BQHL. Le film mérite d’être vu, et c’est déjà bien qu’on nous en donne la possibilité.

Caractéristiques du DVD

Durée : 96 minutes
Langues : anglais, français
Sous-titres français
Son : Dolby digital 2.0 mono
Qualité NTSC
Format de l’image 4/3

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Eisenstein : de la propagande au firmament du septième art

Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.