« TMNT (T.08) : Vengeance (1ère partie) » : créances de sang

Krang et Shredder sont hypothétiquement hors-jeu, de même que le Technodrome qui menaçait d’annihiler l’humanité tout entière. Les Tortues Ninja n’en demeurent pas moins confrontées à un problème de taille : maintenir en vie Donatello, le génie de la fratrie, plongé dans le coma suite à une violente attaque de Bebop et Rocksteady.

TMNT est probablement l’une des séries les plus réussies du moment. Elle parvient à faire coexister une multitude de personnages dans des arches narratives généreuses, qui évoluent de pair sans jamais se parasiter. C’est encore le cas avec ce nouveau tome. Le clan Foot semble échoir à Karai en l’absence de Shredder et cette dernière vise à en verrouiller l’entrée aux candidats extérieurs. Les Tortues font part de leurs états d’âme – Raph se confond en regrets, Mike se plaint d’un cycle de violence sans fin. Les trois frangins à carapace cherchent à redonner vie à Donnie, comateux après un combat avec Bebop et Rocksteady. Casey et son père Hun, chef de gang alcoolique, s’affrontent ouvertement. Les dragons pourpres sillonnent la ville, multiplient les provocations et initient des émeutes ou des rixes. Partout, les liens du sang sont interrogés : dans la prise de pouvoir momentanée de Karai, dans le conflit opposant Casey à Hun, dans les regrets de Raph vis-à-vis de Donnie suite à l’opération Technodrome, mais surtout dans la haine viscérale – et ancienne – que voue Shredder à Hamato Yoshi (maître Splinter).

Les dessins du Brésilien Mateus Santolouco revêtent une beauté graphique et un sens du détail tels qu’ils transportent sans mal le lecteur d’un bout à l’autre du comics. Pour maintenir l’intérêt, les scénaristes Kevin Eastman et Tom Waltz ouvrent des fronts à intervalles réguliers, charpentent un mariage de raison entre Shredder et le scientifique Stockman, recourent à une ronde de personnages hauts en couleurs – Alopex, Harold, April, Casey, le fugitoïde, les mutanimaux, etc. Les auteurs n’hésitent pas à proposer plusieurs flashbacks et à dissocier, sur plusieurs planches, l’action et les dialogues. Si cet album continue d’interroger les lieux filiaux et l’attrait du pouvoir – une constante dans l’univers des Tortues Ninja –, il est aussi question, d’une manière probablement plus discrète, de transhumanisme : l’esprit de Donnie ayant été « reversé » dans un robot, ce dernier s’aperçoit des limites de ses capacités naturelles d’apprentissage, de calcul ou de déduction. En alliant la technique au biologique, Donatello s’est vu doté d’aptitudes inconnues jusque-là – et qui rencontrent évidemment un écho particulier chez lui. Ce huitième tome se referme en outre sur un climax prometteur, annonciateur de batailles épiques et chargées de symboles. On attend donc la suite avec impatience.

Vengeance (première partie), Mateus Santolouco, Kevin Eastman et Tom Waltz
Hi Comics, septembre 2019, 112 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« La Tragédie Bernard Natan » : l’homme que la France a voulu effacer

Pionnier du cinéma français, héros de la Grande Guerre, bâtisseur visionnaire de l’empire Pathé-Natan, Bernard Natan fut aussi l’une des victimes les plus emblématiques de l’antisémitisme français. Avec "La Tragédie Bernard Natan", Pascal Bresson et Samuel Figuière donnent à voir un homme qui a contribué à moderniser le septième art avant d’être broyé par la haine, l’exclusion et la déportation.

« On a faim d’idéal » : des caisses et des convictions

Dans leur nouvelle bande dessinée, Elizabeth Barféty et Armelle entrent dans la vie d'une coopérative bio. Et elles y trouvent bien plus qu'un commerce.

« Le Comte de Monte-Cristo » : la vengeance en édition prestige

Dans l’océan des adaptations du chef-d’œuvre d’Alexandre Dumas, certaines œuvres prennent le large. Avec cette édition prestige réunissant deux volumes précédemment publiés, Patrick Mallet et Bruno Loth signent une traversée particulièrement convaincante du monument littéraire, portée par une narration limpide et un écrin éditorial à la hauteur de sa légende.