L’Étrange Festival 2019 : la dernière ligne droite peuplé par le troublant Swallow, le perturbant The Lighthouse, le soporifique Little Joe et le stimulant Come to Daddy

Avant le palmarès et la clôture de l’Étrange Festival 2019, on s’intéresse au déroutant Swallow, le poisseux The Lighthouse, le soporifique Little Joe et le plaisant Come to Daddy.

– Swallow, Carlo Mirabella-Davis, 2019 : Histoire d’une desperate housewive, Carlo Mirabella-Davis signe un déroutant thriller avec Swallow qui brille autant par son succulent humour noir que son étude minutieuse d’une misogynie institutionnalisée qui sévit dans la prison dorée qu’est le cercle marital.

Ici l’imagerie est directement issue des pubs des années 50 qui vendaient diverses choses utiles à l’entretien d’un foyer tout en représentant une vision très étriquée de la femme. Un foyer érigé en prison dont le mari est le gardien. La femme n’étant perçue que comme objet mondain que l’homme présente en société ou qu’un moyen de procréer. La protagoniste est en plus issue d’un milieu modeste, là où son mari est le fils prodigue d’une riche famille. Tout concorde pour asseoir la domination sur une femme qui n’osera pas dire non et finira par se faire violence pour revendiquer ses choix même les plus incompréhensibles et les plus néfastes. Une émancipation cathartique qui ne cherche pas la subtilité, montrant avec intelligence les atours d’une réalité effrayante en virant volontairement du côté de la farce. Il cultive minutieusement son étrangeté et garde une aura troublante par sa démarche osée même s’il cède à une fin moins convaincante car vite expédiée. Mais Swallow reste parfaitement encadré par une réalisation minutieuse et froide qui accompagne à merveille son propos tandis que l’ensemble repose sur la performance formidable de Haley Bennett. L’actrice livre une prestation forte et habitée, probablement son meilleur rôle, qui fait tout le sel de ce très beau tour de force.

https://www.youtube.com/watch?v=m6h7Je-OSwc

– The Lighthouse, Robert Eggers, 2019 : Sans se laisser noyer dans ses influences, Robert Eggers frappe très fort avec son deuxième film, encore plus qu’avec son déjà audacieux The Witch.

The Lighthouse est un cauchemar fiévreux qui conjugue le mythe de Prométhée, la folie crasseuse de Lovecraft et le mysticisme du cinéma de Murnau pour nous embarquer dans une œuvre plastiquement grandiose au travail sonore remarquable. Crade, dérangeant mais aussi par moments irrésistiblement drôle. Le film de Eggers retourne et accouche d’images sublimes et tétanisantes qui vont longtemps hanter son spectateur. Par la précision de son montage ou dans sa façon de brouiller les espaces temporels et physiques, la folie s’immisce de plus en plus jusqu’à un dernier acte terrifiant et prodigieux. C’est une expérience de cinéma passionnante et riche qui offre plus que sa belle prouesse technique en s’imposant avant tout comme une œuvre complexe et impénétrable qui nous pousse à nous abandonner à sa folie. The Lighthouse est un ravissement visuel et sonore en plus d’être une œuvre passionnante à analyser tant elle se montre intrigante et fascinante par son hermétisme. Porté par Robert Pattinson et Willem Dafoe qui livrent tous deux des performances titanesques, The Lighthouse nous hante et nous colle à la peau tel un cauchemar humide et sale dont on ne se remet pas de la virulence de son iconographie. Puissant.

– Little Joe, Jessica Hausner, 2019 : Présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes, où l’actrice principale Emily Beecham fut même auréolée du prix d’interprétation féminine, Little Joe est un mystère incompréhensible. Pas parce que son histoire est particulièrement complexe, mais parce qu’il est difficile de comprendre l’engouement autour d’une œuvre aussi pauvre.

Évoquant directement L’Invasion des profanateurs de sépultures dans une version plus écolo, Little Joe est un film inoffensif qui derrière son récit attendu cachera vaguement un propos autour d’une maternité émancipatrice en suivant une femme qui n’assume pas préférer son travail à son rôle de mère. Réflexion qui sera quasi-invalidée par la dernière phrase du film qui aurait pu s’avérer intéressante si elle avait vraiment pu être creusée par le scénario. Quelques idées s’avéreront particulièrement intéressantes, mais traitées de manière trop scolaire pour vraiment être stimulantes. Dans son fatalisme maquillé ou sa satire, Little Joe reste trop sage pour vraiment sortir de ses balises et finit par être d’une triste banalité. Le pire étant qu’il plonge dans une torpeur redondante où la lenteur du rythme vient avoir raison de son spectateur. Il est difficile de s’emballer pour un film dont on sait déjà ce qu’il va nous raconter et qui le fait de manière soporifique, quand bien même il dispose d’un esthétisme parfois assez léché. Mais même là, Little Joe déçoit lorsqu’il délaisse son onirisme hypnotique et tombe dans des passages plus génériques et calibrés. Le casting est d’ailleurs aussi une déception tant le jeu d’Emily Beecham, sans être mauvais, reste assez quelconque et ne vaut clairement pas un prix d’interprétation surtout qu’elle est souvent éclipsée par la présence plus décomplexée et grinçante d’un succulent Ben Whishaw.

– Come to Daddy, Ant Timpson, 2019 : Dans la sélection de cet Étrange Festival, rares sont les films à avoir cherché à n’être que le pur fruit du divertissement. Laissé tomber le message et le propos fort au profit d’une efficacité décomplexée dans tout ce qui est l’essence même du cinéma de genre. Et en ça, Come to Daddy s’impose comme un formidable vent de fraîcheur sur la compétition.

Le film ne volera en cela jamais très haut, mais n’aura jamais la prétention d’être plus qu’une joyeuse histoire de quiproquo et éventuellement un jubilatoire jeu de massacre. Et étrangement, c’est en ça qu’il sera une jolie réussite arrivant là où beaucoup ont échoué, se perdant dans de vaines divagations. Ici Come to Daddy mutera souvent sous nos yeux, allant du thriller inquiétant à la franche comédie en passant même par quelques élans horrifiques. Le tout viendra finalement d’un scénario simple mais assez malin qui cultive son imprévisibilité. Car quand on pense le saisir, il arrive toujours à nous surprendre en allant toujours plus loin qu’on aurait pu l’anticiper. La narration s’avère incroyablement stimulante et bénéficie d’un sens du dialogue et de la situation proprement hilarant. La mise en scène d’Ant Timpson est efficace et maîtrisée sans en faire trop, elle dispose même d’une photographie inspirée mais on regrettera peut-être que dans cette volonté de toujours muter et aller de l’avant, Come to Daddy ne fait que survoler la plupart de ses situations. On aurait presque aimé que la situation initiale dure plus longtemps tant les scènes entre Elijah Wood et Stephen McHattie sont excellentes. D’ailleurs Elijah Wood s’avère en grande forme et brosse un personnage très attachant qui arrive à donner au film une émotivité bienvenue. En ça, la conclusion s’avère bien plus touchante qu’on aurait pu l’espérer. En tout point, ce Come to Daddy est une réussite et un solide divertissement.

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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