L’Étrange Festival 2019 : Le périple continue avec le thriller marin The Boat, l’home invasion Furie et le film d’horreur The Wretched

On continue donc à s’enfoncer un peu plus dans la compétition officielle de l’Étrange Festival avec 3 œuvres, The Boat, Furie et The Wretched. Des films de genre aux styles radicalement différents, mais qui sont nourris par ce même amour du cinéma et de l’envie de sortir des codes établis.

The Boat, Winston Azzopardi, 2018 : Co-écrit par les frères Azzopardi, Winston et Joe, qui signent leur premier film, The Boat est intégralement porté par la volonté des deux hommes. Ils en sont les producteurs et tandis que Winston le réalisera, Joe lui sera le seul acteur présent à l’écran. Racontant l’histoire d’un homme qui trouve un bateau à l’abandon au milieu d’une brume aux allures étranges, il sera ensuite comme prisonnier de ce dernier.

Le postulat est assez simple et somme tout ce qu’il y a de plus classique. Les films de survie en milieu hostile on en voit souvent sur nos écrans comme dernièrement avec le Arctic de Joe Penna. Mais ici le twist de The Boat c’est que le milieu hostile n’est pas l’océan mais bel et bien le bateau qui semble mû par sa propre conscience dans une sorte de mix improbable en All Is Lost et Christine. L’idée est plutôt originale et apporte un vent de fraîcheur au genre du survival avec cette fantastique qui englobe le film. Mais on reste assez vite à la surface des choses car l’ensemble n’est qu’un prétexte pour enchaîner les péripéties qui deviennent vite répétitives. Le film évite minutieusement de donner la moindre forme de réponse tout comme il ne nous aide jamais vraiment à connaître son protagoniste ce qui fait qu’on reste bien trop déconnecté de ses enjeux. The Boat s’essouffle très vite et malgré un acteur principal convaincant et des idées de mise en scène assez chouettes, le film des frères Azzopardi dérive pour n’aller nulle part. La proposition était intrigante mais l’exécution laisse à désirer. Dommage.

Furie, Olivier Abbou, 2019 : Pendant longtemps en France, le cinéma de genre était presque perçu comme un gros mot. Quelque chose qu’on ne pouvait pas prendre au sérieux. Mais même s’il n’a pas encore la reconnaissance qu’il mérite, il faut reconnaître qu’il y a une nette progression des mentalités à son sujet. Même, on peut dire que le cinéma de genre en France aujourd’hui se porte plutôt bien, et Furie en est une nouvelle preuve.

Avec ce nouveau film, Olivier Abbou n’a pas ménagé ses ambitions, au contraire il les a totalement laissées s’exprimer. S’inspirant d’un fait réel, il va construire un habile thriller à charge partant du micro pour arriver au macro. Dépossédé de sa maison, et se heurtant à une administration impuissante, une famille se retrouve à la rue et bloquée dans une situation qui semble sans issue et va mener le père vers une voie particulièrement sombre. Dans sa première partie concentrée sur le cauchemar administratif, le réalisateur va brosser un portrait social saisissant lorsque le père de famille s’interroge sur le fait d’être un homme noir domestiqué par le Blanc, celui-ci parvenant encore à le déposséder de ses biens le laissant face à son impuissance. C’est avec finesse que Furie montre que les tensions sociales sont toujours enfouies et présentes, que des années d’humiliations ne s’envolent pas comme ça et peuvent resurgir à la moindre entourloupe. Que les droits à la propriété, la sécurité et la liberté sur lesquels s’est construite la société sont autant d’institutions fragiles et faillibles qui ne sont là que pour asservir l’individu. Furie en devient alors un film bien plus complexe et actuel qui arrive souvent à soulever les bonnes questions notamment lorsqu’il va se servir de tout cela pour parler de quelque chose de plus universel encore, le virilisme issu d’une masculinité toxique. Celle d’un homme qui ne se sent pas comme tel et qui vit dans la crainte de n’être pas assez fort et de finir en victime. Une quête de virilité où la virilité n’est qu’un mot pour dire violence, symbole de force, mais où les hommes ne sont victimes que de leurs propres névroses. La virilité n’étant qu’un symptôme de la fragilité masculine.

On regrettera juste que le film, dans un dernier tiers, cède à la violence mais pas de la manière dont il aurait dû, venant finalement briser son propos pour plonger dans un home invasion classique mais efficace. Il cède son intelligence au profit du divertissement. Ce qui offre un final certes satisfaisant mais un peu facile. Furie est aussi tenu par un casting impeccable mais surtout l’ensemble profite d’une mise en scène stylisée et une bande son enivrante qui en font un spectacle vraiment stimulant. Une réussite.

The Wretched, Brett Pierce et Drew T. Pierce, 2019 : les frères Pierce tentent de signer avec The Wretched un film d’horreur habile baigné dans un folklore proche d’un conte macabre et il faut reconnaître qu’ils arrivent à donner vie à une créature plutôt intéressante notamment dans son design particulièrement efficace. Dommage que tout cela prenne place dans un film terriblement générique.

On ne peut pas faire film d’horreur plus classique et attendu que ce The Wretched. L’ensemble n’est pas pour autant mauvais, les personnages sont plutôt attachants et même suffisamment intelligents pour qu’on y croit, peut-être même parfois trop. Le problème est que le récit s’embourbe dans une narration paresseuse et qui multiplie inutilement les effets de manche. Que ce soit dans son flash-back qui ouvre le film ou son twist final difficilement justifiable, tout apparaît comme une volonté d’être plus malin que son public mais surtout des cartes qui sortent littéralement de nulle part et ne servent au final à pas grand chose. De plus, la manière dont le protagoniste apprend qu’elle est la créature et comment s’en défendre passe par un tour sur Wikipédia, ce qui est le summum de la paresse narrative. La mise en scène n’est d’ailleurs pas en reste car elle multiplie souvent les jumpscares ratés et s’impose par son incapacité à créer la moindre idée horrifique, ce qui culmine dans un climax particulièrement pauvre. Il n’y a donc pas grand chose à dire sur ce The Wretched qui a donc plus l’envergure d’un téléfilm horrifique qu’on diffuse en deuxième partie de soirée. Il aura ici et là ces moments et on ne passe pas un moment désagréable mais on est très très loin de ce que devraient être des vrais frissons de cinéma.

https://www.youtube.com/watch?v=1dZpNTOnNMc

The Boat et Furie seront tous les deux rediffusés au Forum des images le 15 septembre à 15h30 et 16h45 tandis que The Wretched repassera le 12 septembre à 14h30 

Festival

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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