Critique du pilote de la série Family Business : Stone & Casher

On se rappelle de Five, film de potes qui abordait déjà la question du cannabis. Avec Family Business, Igor Gotesman renoue avec son thème fétiche et se positionne en faveur de la légalisation de la weed, à travers une série barrée et comique, qui prône avant tout l’amitié et l’entraide à travers un récit familial léger et fun.

On ne va pas se mentir, lorsqu’on regarde la bande-annonce de Family Business, on est plus attirés par le casting que par le scénario. Mais quand l’épisode démarre, on se sent tout de suite plongé dans l’ambiance des comédies françaises des années 2000. Une famille juive, des tranches de vies rapidement enchaînées, une bande originale qui empreinte aux ambiances sonores de Kusturica. Pourtant, on a assez vite l’impression de se faire servir un plat réchauffé, sans doute à cause de fortes similarités avec « La vérité si je mens ». On regrette quelques ellipses mal amenées, quelques gags un peu poussifs, et beaucoup d’informations posées çà et là pour étoffer le contexte. On se doute bien que les scénaristes veulent présenter le contexte rapidement, sur une série qui n’a que 6 épisodes de 30 minutes.

Mais après quelques instants, le temps de se laisser prendre par l’ambiance, on s’amuse. Des vannes potaches mais efficaces, une rapidité de montage qui donne le rythme, le tout porté par un Jonathan Cohen en grande forme et à qui le rôle de Joseph, un businessman raté, va comme un gant. Après ses apparitions dans « Serge le Mytho », il a su garder cette légèreté de jeu, souvent à cheval sur de l’improvisation.

On notera quelques seconds rôles très efficaces. Gérard Darmon dans le rôle de Gérard (rôle de composition) ajoute une profondeur à la série, en jouant assez justement un père opiniâtre et déçu par son fils. Touché par un drame familial, il doit reprendre la boucherie de sa femme et tente de tout gérer. De l’autre côté, son fils Joseph se lance dans le business de la start-up, mais enchaîne les échecs.

Sur fond de drame familial, la légèreté des acteurs amène un contraste intéressant, et finalement on se laisse prendre au jeu car c’est divertissant. Heureusement, on n’est pas sur une énième tentative du cinéma français de faire dans l’humour un peu potache. Les scènes font sourire, c’est léger et ça fait du bien, même si le concept de départ n’est pas très original (on se rappelle de Weed) . Derrière cette légèreté apparente pourtant, on sent une envie de redonner de l’espoir à l’entreprenariat (une boucherie ou une « beucherie », ça reste une entreprise).

Deux des trois scénaristes (Igor Gotesman et Olivier Rosemberg) ont joué ensemble dans « un homme pressé » avec Luchini. Rejoints par François Uzan (« Le Mac », « Hibou »), ils représentent assez bien les trentenaires en manque d’inspiration qui, au détour d’une soirée, se retrouvent pour écrire.

Le but est-il de faire réfléchir à la dépénalisation (voire légalisation) du cannabis dans notre pays ? Peut-être. On n’est pas là non plus pour faire surchauffer les neurones. Plus qu’une prise de position, c’est plutôt un instant détente qui amène une légèreté nécessaire face à la morosité socio-économique que notre pays traverse.

Qui sait, peut-être que cela donnera à quelques-uns des idées de business ?

Bande-annonce : Family Business

Synopsis : Joseph, businessman raté de 35 ans, bosse toujours malgré lui dans la boucherie casher de son père Gérard. Lorsqu’il apprend que le cannabis va être légalisé, il a une idée de business : transformer la boucherie familiale en « Beucherie », à l’aide de ses potes et sa famille.

 

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.