Crawl, une série B peut-être plus personnelle qu’il n’y paraît

Il y a quelques années, on aurait dit de Crawl qu’il s’agit d’un produit routinier destiné à hanter le rayon « Horreur » des vidéoclubs. Aujourd’hui, une telle série B est en fin de compte un film d’horreur qui sort des sentiers battus en ce sens qu’il ne s’apparente pas à une énième saga ou 0 un quelconque remake. C’est un vrai produit original, réalisé sans l’appui d’un gros studio spécialisé dans le genre. Et le mieux dans tout ça, c’est que ça fonctionne plutôt bien.

Synopsis : Quand un violent ouragan s’abat sur sa ville natale de Floride, Hayley ignore les ordres d’évacuation pour partir à la recherche de son père porté disparu. Elle le retrouve grièvement blessé dans le sous-sol de la maison familiale et réalise qu’ils sont tous les deux menacés par une inondation progressant à une vitesse inquiétante. Alors que s’enclenche une course contre la montre pour fuir l’ouragan en marche, Haley et son père comprennent que l’inondation est loin d’être la plus terrifiante des menaces qui les attend…

Sept ans. Sept longues années. C’est le temps qui séparait l’officialisation du projet Cobra par Alexandre Aja – autant dire qu’il était déjà en germe depuis un certain temps – et l’annonce que le film ne se fera pas. L’adaptation du dessin animé culte des années 80, lui-même tiré d’un manga de Buichi Terasawa, était, pour Aja, un rêve de longue date et était devenu une attente prometteuse pour les geeks du monde entier. Et même quand, en 2013, il signa Horns, avec le succès en demi-teinte qu’on lui connaît, ses fans lui pardonnèrent vite car bien conscients que le réalisateur français avait la tête dans les étoiles. Mais tous ces espoirs sont enterrés, et un an après cette triste nouvelle, on voit revenir Aja avec une improbable histoire d’alligators dans une cave inondée.

C’est bien un véritable retour aux sources qu’il opère ici, puisque l’image qu’il donne de la Floride est purement dans l’esprit très white trash de celle du Nouveau-Mexique aperçu dans La Colline a des Yeux, et bien sûr les alligators ressemblent à des versions géantes des piranhas du film éponyme.

S’il en revient ainsi à ce qu’il sait faire de mieux, il n’est pas difficile de voir dans cet exercice un véritable exutoire dans lequel ces énormes reptiles aux dents longues seraient une allégorie des exécutifs de chez Lionsgate qui ont sabordé son projet de Cobra tant attendu. On y pense forcément, et cette idée nous aide à les détester un peu plus encore, et surtout à passer outre notre bonne conscience pro-animaliste pour mieux se délecter à chaque occasion que l’on a de les voir souffrir un peu.

On suit Haley, qui se retrouve enfermée dans le sous-sol de son père. Sur le papier, rien d’extraordinaire dans ce pitch. Mais, à l’écran, le travail des équipes numériques a permis à l’ouragan qui ravage la Floride de nous offrir des images pour le moins impressionnantes. Le sentiment d’assister à la fin du monde devient de plus en plus oppressant au fur et à mesure des scènes en extérieur, à tel point que l’on en arrive à considérer pour un temps ce Crawl comme un excellent film d’apocalypse.

Et pourtant, Alexandre Aja n’a placé dans son film aucune victime d’une cause autre que ces chers caïmans. Le climat dévastateur n’est pour lui qu’un moyen de justifier l’invraisemblable situation de départ qu’il veut développer. C’est dans cette frilosité à nous surprendre en exploitant tous les éléments ravageurs qu’il a à sa disposition, que le film déçoit un peu.

En revanche, dans la cave, les choses se passent comme on voulait qu’elles se passent. Pourtant, après moins de trente minutes, Haley et son père sont enfermés, face aux alligators, et on sait qu’il nous reste encore une heure à regarder l’eau monter pour les voir se noyer. Les choses auraient pu en rester là. En fin virtuose de l’épouvante, Aja réussit néanmoins, à partir de là, à faire intervenir toute une flopée d’idées plus ou moins classiques du genre (plusieurs courses-poursuites au cordeau, des renforts qui n’en sont pas vraiment, et même… des araignées !), mais toujours maîtrisées. Le tout pour alimenter une montée crescendo de la tension et surtout des pics de suspense qui nous prennent aux tripes. Mais la véritable performance du metteur en scène est surtout de maintenir ce rythme jusqu’à la toute dernière minute.

En bref, l’eau monte, les alligators sont de plus en plus nombreux (car il y en a aussi dehors, c’était certainement là le plus gros twist du film qu’il ne fallait pas spoiler !) et les perspectives de survie de nos deux personnages se réduisent à chaque instant jusqu’à peau de chagrin. Grâce à un usage assez habile de cette impression d’être face à une impitoyable mise à mort en temps réel, Alexandre Aja exploite cette situation désespérée avec le panache qu’on lui connaît, et réussit à faire en sorte que le public s’accroche viscéralement au spectacle jusqu’au bout.

Le résultat est donc une série B d’une efficacité bien plus convaincante que ne pouvait l’être son synopsis de départ. On est du coup bien content de voir que le réalisateur français peut encore imposer sa patte dans cette industrie du cinéma horrifique américain, sans se plier au diktat d’un Jason Blum et de sa société de production qui galvaudent le genre depuis maintenant quelques années.

Espérons – non pas que le nouveau directeur de Lionsgate se fasse manger tout cru par des alligators – mais bien qu’Aja saura trouver un succès qui lui permettra de rebondir, et peut-être de réaliser ses rêves de pirate galactique.

CRAWL : Bande-annonce

CRAWL : Fiche technique

Date de sortie : 24 juillet 2019

Réalisateur : Alexandre Aja
Acteurs : Kaya Scodelario, Barry Pepper…
Pays : Etats-Unis d’Amérique
Durée : 90 minutes
Scénaristes : Alexandre Aja, Michael Rasmussen, Shawn Rasmussen
Chef opérateur : Maxime Alexandre
Monteur : Elliot Greenberg
Producteurs : Sam Raimi, Craig Flores
Production & distribution : Paramount

Note des lecteurs0 Note
3.5

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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