Cannes 2019 : Bull de Annie Silverstein, une Amérique profonde schématique

La section Un Certain regard du Festival de Cannes aime nous émouvoir et nous abreuver de films qui s’introduisent dans le quotidien de certaines de nos sociétés afin de graver dans le marbre les maux et mœurs de ces dernières. Et d’ailleurs, ce fut le cas du film en question : Bull d’Annie Silverstein. Un conte sur une Amérique profonde miséreuse où la solidarité devient la seule source de croyance.

Les films qui dépeignent le quotidien de cette Amérique périphérique peuplent aisément le cinéma états-unien actuel : il y en a beaucoup et parfois, il est difficile de se dépêtrer des ressorts narratifs habituels. Pour les plus récents, nous pourrions faire référence au magnifique The Rider de Chloé Zhao qui arrivait à sortir des carcans normalisés grâce à ses envolées sensorielles qui se réappropriaient le monde du western ou même par l’évocation d’une émotion à l’état brut. Et pour citer un dernier exemple, nous pouvons évoquer La Route Sauvage d’Andrew Haigh qui s’éloignait du misérabilisme par le charisme de son acteur principal (Charlie Plummer) sous ses faux airs de River Phoenix.

Mais pour en revenir à Bull, Annie Silverstein semble habitée par son sujet, on ne peut pas le nier : elle agrippe sa caméra à l’épaule, avec son image granuleuse, sa lumière naturelle et tourne autour d’une petite cambrousse misérable qui ne paie pas de mine. Kris est une môme un peu perdue vivant avec sa petite sœur chez sa grand mère pendant que sa mère est en prison pour des raisons qui nous sont inconnues. Alors qu’elle enchaîne bêtises sur bêtises, elle va dépasser les limites en faisant une soirée chez son voisin (Abe) pendant que ce dernier était au travail. Se faisant prendre la main dans le sac, elle va devoir rendre service à ce voisin, qui oeuvre dans le rodéo. Une drôle de relation de confiance va alors se nouer entre les deux. Un peu comme chez Chloé Zhao, Annie Silverstein aime regrouper les communautés et en faire un groupe indéfini pour concentrer son attention autour de l’aspect social de son introspection. Le racisme est touché du doigt de manière succincte, réfléchie mais le rétrécissement du récit se fait surtout autour de l’éveil juvénile de Kris et autour de l’épouvantail de la vieillesse et de la mise à l’écart professionnelle pour Abe. Bull s’établit par le prisme du récit initiatique d’une jeune enfant mutique dont le seul rêve est de vivre avec sa mère, et dans les rouages du portrait d’un homme rabougri par les années et cassé par l’usure du rodéo. Dans les deux cas, l’isolement conserve le même son de cloche et s’innerve de la même mélancolie. Autour de deux acteurs touchants mais balbutiants d’un point de vue du jeu, enchaîné à des schémas habituels dans lesquels il s’enfonce parfois (drogue, misère, alcool, mauvaise fréquentation, faute à pas de chance, sexe…), Bull est une petite bulle qui tire ses personnages vers le haut, évitant les sirènes du voyeurisme, et les fait se mouvoir avec un regard d’une grande bienveillance.

Malheureusement, cette vision de l’Amérique profonde abandonnée par les politiques et vivant presque dans une zone en friche, qui est sans doute plus vraie que nature notamment à cause du « cinéma vérité » de la cinéaste, est aussi une vision qui a été déjà maintes fois vues et revues. On est loin de la fraîcheur effarante amenée par Andrea Arnold dans American Honey. Et même si on aime les petites incrustations folkloriques de Bull avec ses dîners entre amis et cette volonté de faire rejaillir les possibilités derrière la pénombre, tout a été déjà dit sur le sujet. La réalisatrice semble ne pas avoir assez de ressources ni d’idées pour se défaire d’une certaine forme de facilité narrative. Il est difficile de lui en tenir rigueur au regard de la véritable sincérité d’un petit film qui mérite malgré tout, bien des compliments. 

Synopsis : Dans un quartier défavorisé situé à l’ouest de Houston, les rapports tumultueux entre une adolescente paumée et torero vieillissant.

Le film Bull est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019

Avec Yolonda Ross, Rob Morgah, Troy Anthony Young
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement (1h41min)
Nationalité : Américaine

Festival

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