Les plus belles Palmes d’or : Mission de Roland Joffé

Avant que le Festival de Cannes 2019 ne déroule son tapis rouge, Le Magduciné vous propose de revenir en avril sur quelques unes des plus prestigieuses Palmes d’or. L’occasion de s’intéresser aujourd’hui à Mission, un fabuleux drame historique réalisé par Roland Joffé.

La colonisation de l’Amérique du sud semblait méconnue de l’Histoire, et oubliée par le septième art avant que Roland Joffé choisisse d’en relater dans Mission les tragédies et les enjeux. Dans cette somptueuse fresque historique, le réalisateur livre son film le plus poignant en proposant des vastes réflexions sur le pouvoir, la violence, la tolérance et la rédemption. 

Alors que les empires espagnols et portugais poursuivent leur expansion au 18ème siècle, une mission de jésuites s’installe dans un territoire vierge et reculé où résident les Guaranis, un peuple autochtone vivant en harmonie avec la nature. Dirigée par le frère Gabriel, un prêtre altruiste et idéaliste incarné par l’impeccable Jeremy Irons, elle est chargée d’évangéliser cette communauté de « sauvages » tout en la protégeant contre les exactions des colons. Si le pont entre les deux cultures paraît impossible à franchir, et encore plus à construire, le père Gabriel, dans une scène marquante, parvient à entamer le dialogue grâce au son harmonieux de son hautbois. Cette musique, composée par le grand Ennio Morricone, imprègne Mission d’une force lyrique tout en exacerbant son message de pacifisme.

Gabriel est secondé dans cette tâche par Rodrigo Mendoza, un mercenaire et ancien marchand d’esclaves. Interprété par un inoubliable Robert de Niro, cet homme sans foi, qui ne se pardonne pas d’avoir tué son frère par rivalité amoureuse, trouve la rédemption en se convertissant et en assistant les Jésuites. Dans une des plus célèbres séquences du film, Rodrigo subit l’épreuve d’une marche forcée, en traînant derrière lui son armure comme un boulet, symbole ultime du poids que pèse sur lui sa conscience. La fin de ce parcours d’obstacles, marquée par ses larmes, permet à Rodrigo de retrouver une certaine paix intérieure.

Ensemble, les deux hommes essayent de convaincre les Etats que les indiens Guaranis méritent d’être écoutés, compris, et ne constituent pas qu’une simple force de travail à exploiter. Ils bâtissent un microcosme fondé sur la foi et l’amour, presque paradisiaque, où chacun peut trouver sa place. Roland Joffé véhicule ainsi dans Mission des valeurs d’altérité, de partage et de tolérance qui font encore écho dans nos sociétés actuelles. 

Cette harmonie retrouvée est cependant rapidement bousculée par les rivalités entre le Portugal et l’Espagne dans le découpage des territoires. Ces clivages politiques décident l’Espagne à rappeler les Jésuites, malgré les progrès de la mission rapportés par le cardinal Altamirano. Oppressé par les Portugais et les ordres du Pape, ce dernier préfère renoncer à défendre la présence jésuite.

Les personnages du frère Gabriel et de Rodrigo révèlent alors tout leur courage et leur humanisme en refusant d’abandonner le peuple Guarani. Chacun à leur façon, le premier en priant et le second en combattant, ils tentent désespérément de sauvegarder ce qui ne restera dans l’histoire qu’un paradis perdu. C’est donc la foi en leur communauté, plus que la religion, qui permet à ces deux héros de se dépasser. Dans la scène finale, Rodrigo observe d’ailleurs que « si la force est le droit, l’amour n’a nulle place en ce monde« . Si Roland Joffé prend ostensiblement le parti de critiquer la tyrannie et la violence des colonisateurs face à la résistance des Jésuites, le film nous montre toute l’atrocité de l’attaque des Espagnols contre la mission. Seuls les enfants seront épargnés.

Au delà de son message pacifiste et humaniste, Mission reste dans nos mémoires par la beauté de ses images à couper le souffle et sa poésie envers le mode de vie des Indiens, proche du mythe du « bon sauvage ». La région des Guaranis avoisine en effet les somptueuses chutes d’Iguaça, qui servent de cadre au film. La bande-originale d’Ennio Morricone sublime encore davantage, si besoin en était, la magnifique photographie du film.

Tant pour ses valeurs que sa splendeur esthétique, Mission s’est imposée comme une Palme d’or marquante. Celle d’un peuple oublié, d’hommes idéalistes et courageux. Celle de l’amour et surtout de la foi.

The Mission – Bande-annonce

The Mission – Fiche technique

Réalisation : Roland Joffé
Scénario : Robert Bolt
Interprétation : Robert de Niro (Rodriguo Mendoza), Jeremy Irons (le père Gabriel), Ray McAnally (Altamirano), Cherie Lunghi (Carlotta), Aidan Quinn (Felipe Mensoza), Liam Neeson (Fielding), Ronald Pickup (Hontar)…
Photographie : Chris Menges
Décors : Stuart Craig, Jack Stephens
Costumes : Enrico Sabbatini
Montage : Jim Clark
Musique : Ennio Morricone
Producteurs : Fernando Ghia, David Puttnam
Production : Enigma Film, Goldcrest Films, Kingsmere Productions Ltd
Durée : 125 minutes
Genre : Drame, Aventure
Date de sortie : 1er octobre 1986

États-Unis, Royaume-Uni – 1986

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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