Cannes 2019 : Nadine Labaki, Présidente du Jury Un certain regard

Nadine Labaki c’est trois films, deux en sélection officielle au Festival de Cannes et son premier à la Quinzaine des Réalisateurs. Après avoir ému la Croisette l’an dernier avec Capharnaüm et fait chemin jusqu’aux Oscars en février dernier, la réalisatrice libanaise a plus que sa place à Cannes et dans un rôle qu’elle assurera probablement avec une grande humanité : Présidente du Jury Un certain regard.

Nadine Labaki prend la suite de Bénicio del Toro qui avait su récompenser le cinéma de genre avec Border d’Ali Abbasi. Faire évoluer les récompenses en les sortant d’un certain académisme fidèle à Cannes était une très bonne décision malgré les frustrations éprouvées pour d’autres long métrages très méritants qui faisaient la richesse de la sélection précédente. Le ton serait peut être un peu différent avec la cinéaste libanaise à la tête du Jury, quoiqu’elle pourrait offrir de belles surprises mais on imagine difficilement un palmarès à l’opposé de celle qu’elle est. C’est à dire une femme engagée, sensible, pleine d’humanité qui profite de chaque discours pour faire passer des messages au monde entier. On se souvient de celui dans le Théâtre Lumière l’an dernier après avoir reçu le Prix du Jury pour Capharnaüm où elle rendait hommage à tous ces enfants de la rue, non scolarisés et à son pays qui « malgré tout ce qu’on lui reproche, se débat comme il peut et a quand même, accueilli le plus grand nombre de réfugiés dans le monde ».

Je crois profondément au pouvoir du cinéma. Le cinéma n’est pas seulement fait pour divertir ou pour faire rêver, il est aussi fait pour faire réfléchir, pour montrer l’invisible, pour dire ce qu’on ne peut pas dire.

Difficile quand on connaît la filmographie de la cinéaste de ne pas penser à sa manière de voir le cinéma comme une arme politique dans laquelle elle n’oublie pas de glisser l’art. De son premier film Caramel dans lequel elle jouait, à Et maintenant on va où ?, Nadine Labaki a su donner la parole aux femmes et plus largement à ceux dont l’existence est difficile et parfois niée, à l’image de son précédent film où elle dressait le portrait d’un enfant qui n’avait que la rue pour se démener.

Rêvant de Cannes mais surtout de cinéma depuis toujours, et ayant pu faire son premier film grâce à la Cinéfondation, on a donc hâte de voir le regard que l’enfant rêveuse et passionnée va porter sur les films de la sélection Un certain regard, si l’étudiante de cinéma arrivée au plus haut de sa carrière saura traiter les œuvres avec autant de sensibilité et d’humanité que celles qu’elle met dans ses films. Et surtout, on a hâte de découvrir aux côtés de qui elle va débattre et sur quels films !

À ma famille de réalisateurs dont les films seront au Certain Regard cette année, je voudrais dire qu’enfant, je restais des heures, clouée à la fenêtre de ma chambre à regarder le monde qui prend vie : ce sont ces mêmes yeux qui regarderont vos films !

Voir aussi : Alejandro Gonzales Inarritu, Président du Jury du Festival de Cannes 2019.

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