Gladiator de Ridley Scott : la renaissance du péplum

« Maximus ! Maximus ! » acclame la foule exaltée d’un colisée déchaîné. Des cris à la gloire d’un soldat du peuple, brisé pour sa loyauté, en quête de justice. Au cœur de l’arène de Gladiator s’exposent des combats spectaculaires, un tournant historique et un drame profondément humain. Ridley Scott y livre un film d’une rare puissance émotionnelle, dont les hurlements sans fin et la musique magnifique de Hans Zimmer nous habitent encore. « Force et honneur » !

En novembre 2018, Ridley Scott a révélé qu’il préparait une suite à son célèbre Gladiator, largement ovationné par le public et auréolé de 5 oscars, dont celui du meilleur film. Le scénario, d’ores et déjà confié à Peter Craig (Hunger Games : la Révolte partie 1, The Town, Top Gun 2), devrait se focaliser sur le personnage de Lucius, le fils de Lucilla et neveu de Commode, qui n’a jamais caché son admiration pour le courageux Maximus. A l’aune de cette annonce, retournons au II ème siècle après J.C., au commencement historique d’une oeuvre originale qui a dépoussiéré le péplum.

II ème après J.C., territoire germanique. Au soir d’une nouvelle bataille remportée par les troupes romaines, l’empereur Marc Aurèle désigne pour successeur un prestigieux général romain, Maximus Décimus, en lieu et place de son fils Commode, peu soucieux de la Plèbe. Il émet le vœu de remettre le pouvoir, jusqu’ici accaparé par l’empereur, entre les mains du peuple et du Sénat. Jaloux, Commode assassine son père et ordonne l’exécution de Maximus lorsque celui-ci refuse de lui jurer allégeance.

Gladiator retrace la lutte de ce militaire déchu, réduit au rang d’esclave, devenu  par sa popularité le fer de lance d’une révolte politique. Défenseur désintéressé d’une Rome déchirée et de l’héritage bafoué d’un empereur disparu, il incarne, peut-être plus que tout autre protagoniste, la loyauté, le courage et la justice. Si le récit s’éloigne de la vie du véritable général Maximus Décimus, qui n’a en réalité jamais combattu dans une arène, il sublime l’histoire d’un héros doté d’une foi inébranlable, bravant dans la douleur chaque épreuve pour servir des valeurs universelles. Impossible de ne pas être touché par l’idéalisme et le destin tragique de ce personnage, que l’on voudrait presque nous-mêmes honorer, en s’agenouillant sous les chants lyriques de la merveilleuse Lisa Gerrard.

Car il fallait beaucoup de confiance, de bravoure, d’ambition, ainsi qu’un brun de folie pour s’attaquer au genre sacralisé du péplum, qui a connu son âge d’or au cours des années 1950 et 1960 avec des films phares comme Les Dix commandements (1958), Ben Hur (1960), Spartacus (1961) ou encore Cléopâtre (1964). A partir de 1980, le genre se tarit à l’écran, et c’est bien Gladiator qui lui donnera enfin un nouveau souffle. Pourtant, aucun de ses successeurs n’égalera le chef d’oeuvre de Ridley Scott. Remakes décevants (Hercules, Ben Hur de 2016), blockbusters ratés (Troie, Le Roi Arthur, Le Choc des Titans, Exodus : Gods ans Kings), en passant par quelques adaptations mythologiques décalées à la violence outrancière (300, 300 : la naissance d’un empire), le péplum semble malheureusement encore aux bords du naufrage. Excepté l’intelligent Agora, inspiré de la vie de la philosophe Hypatie d’Alexandrie, Gladiator reste la référence cinématographique de ces vingt dernières années.

Le tour de force réussi par Ridley Scott tient à une combinaison exceptionnelle d’éléments : la reconstitution convaincante de la Rome antique, la force émotionnelle du scénario, la variation d’une réalisation à la fois sensible et abrupte, la performance d’un acteur, Russel Crowe, qui signe sa plus belle prestation, sans oublier la magnifique bande-originale de Hans Zimmer. Gladiator ne se limite pas à exploiter des séquences d’action, en dépit de sa longue bataille d’ouverture, mais alterne constamment le spectaculaire et le sensoriel. Les combats laissent ainsi la place à des images poétiques, tel Maximus caressant les tiges de blés, dignes de la mise en scène d’un Terrence Malick.

Il n’est pas davantage question de délaisser la profondeur des personnages, quitte à prendre le risque d’une légère perte de rythme. Plusieurs scènes sont complètement dédiées au développement de la psychologie des protagonistes, en particulier les dialogues entre Lucilla et son frère, humanisant Commode, ou la rencontre entre Maximus et le sénateur Gracchus, détaillant leurs convictions respectives et les enjeux politiques. Même le marchand d’esclaves Proximo, au rôle secondaire, bénéficie d’une touchante histoire personnelle.

Paré de tous ces atouts, Gladiator a acté la renaissance du péplum. Symbole cinéphile ultime de la bravoure, devise d’une génération,  il appartient encore aujourd’hui au panthéon des films historiques. Espérons que sa suite réitère le même exploit.

Gladiator – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=xTeC1sW93_w

Gladiator – Fiche technique

Réalisation : Ridley Scott
Scénario : John Logan, William Nicholson, David Franzoni
Interprétation : Russel Crowe (Maximus), Joaquin Phoenix (Commode), Connie Nielsen (Lucilla), Oliver Reed (Proximo), Richard Harris (Marc Aurèle), Derek Jacobi (Gracchus)
Photographie : John Mathieson
Montage : Pietro Scalia
Musique : Hans Zimmer, Lisa Gerrard
Décors : Crispian Sallis, Arthur Max
Production : David Franzoni, Branko Lustig, Douglas Wick
Sociétés de production : DreamWorks Pictures, Scott Free Productions, Universal Pictures
Sociétés de distribution (France) : United International Pictures
Genres : historique, action
Durée : 155 minutes
Date de sortie : 20 juin 2000

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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