Rétrospective Clint Eastwood : Le Retour de l’inspecteur Harry

À l’occasion de notre rétrospective dédiée à Clint Eastwood, retour sur celui de l’expéditif inspecteur Harry Callahan ici orchestré par son interprète : un film important dans la saga et conséquent dans l’œuvre du cinéaste.

Synopsis : Violée dans sa jeunesse par une bande de brutes de la petite ville de San Paulo, l’artiste peintre Jennifer Spencer décide de retrouver chacun de ses agresseurs et de les tuer. Entretemps, excédée par ses méthodes et soucieuse d’éviter les foudres de la presse, l’administration policière décide d’envoyer l’inspecteur Harry Callahan loin de San Francisco. Chargé d’enquêter sur un meurtre lié à San Paulo, il va faire la connaissance de Jennifer…

Vérité, justice, société, mythe et individus : a Clint Eastwood film

Dixième film de son réalisateur, quatrième volet de la saga culte, Le Retour de l’inspecteur Harry marque un tournant dans la carrière de Clint Eastwood comme dans celle du personnage Harry Callahan. Le cinéaste apporte ici son lot de nuances au personnage en le confrontant non pas à un tueur fou ou à un gang de vigilantes expéditifs, ni même à un groupe terroriste dirigé par un vétéran du Vietnam, mais à une tueuse en série. Pas à une simple serial killer qui assassine pour le plaisir, mais à une victime qui se venge d’un crime impuni. Elle se nomme Jennifer. Elle et sa jeune sœur (lycéenne au moment des faits) ont été violées et passées à tabac par un groupe de jeunes de la petite ville de San Paulo. Le crime resta impuni, l’un des jeunes étant l’enfant unique du chef de la police. Les deux victimes souffrent d’un syndrome post-traumatique, la plus jeune subsistant toutefois dans un état végétatif depuis l’événement. La plus vieille, Jennifer, est une jeune artiste dont les peintures sont imprégnées par la violence et la souffrance vécues auparavant. Ses tableaux semblent même être peints pour lui rappeler le drame vécu et consolider sa détermination à se venger. Le récit en rape & revenge du personnage de Jennifer croise l’aventure policière de Callahan. Ce qui permet au cinéaste de réfléchir son personnage de flic aux méthodes musclées, et de poser, comme pour chacun de ses films, des questions de société.

Jennifer Spencer : « Vous êtes un flic ou l’ennemi numéro 1. »

Harry Callahan : « Les deux, selon certains. »

« Vraiment ? Qui ? » – « Oh les guignols qui me donnent des ordres. Et qui ont le cul vissé sur leur chaise. » – « Pourquoi ? »

« Question de méthodes. Tout le monde veut des résultats, mais personne ne veut faire ce qui doit être fait pour les obtenir. » – « Tandis que vous ? » – « Je fais ce qu’il faut. »

« J’en suis contente, Callahan. Mais votre espèce est en voie d’extinction. Notre époque ne connaît qu’une caricature de justice. Aujourd’hui, tout est admis. Et si vous vous faites prendre, il y a toujours des renvois, des non-lieux et des magouilles. Est-ce que j’ai l’air profonde ou ennuyeuse ? Vous devez l’entendre souvent, ce discours. » – « Non, pas assez souvent. »

Le premier véritable dialogue entre Jennifer Spencer et l’inspecteur peut paraître cocasse et surtout brutal. Néanmoins, il y a bien une rencontre ici, qui n’est pas simplement un échange de charmes, mais un croisement d’idées. Harry est une espèce en voie de disparition dans un monde corrompu dans lequel la loi peut protéger les criminels et oublier les victimes. C’est le cas de Jennifer et de sa sœur, comme de la jeune prostituée assassinée par un vieux mafieux pervers dont le cœur lâchera face à une fausse preuve (un coup de bluff de Callahan) de sa culpabilité. La fille assassinée avait été massacrée, le corps était alors méconnaissable, et tout lien direct avec son assassin, malgré une culpabilité évidente, avait été diablement effacé par le salaud. Plus tard dans le film, Eastwood élargit son propos avec la découverte d’un fait important : les crimes sur les personnes de Jennifer et sa sœur ont été cachés par le chef de la police en personne. La question est posée : qu’advient-il de la femme dans un monde régi par les hommes ? Une nouvelle nuance est apportée à la réflexion avec le procès d’un jeune salaud qui s’en tire à bon compte. Cela parce que la juge a préféré prendre en compte le vice de procédure dans l’enquête de l’inspecteur plutôt que la culpabilité factuelle du saligot mise en lumière par les recherches de Callahan. La loi n’aurait-elle donc pas de limites ? Idem pour son exercice majoritairement géré par la gente masculine à l’époque (et peut-être encore aujourd’hui) ? La réponse de l’inspecteur Harry est humaine. Alors que l’un des derniers agresseurs vivants de Jennifer Spencer – un passionné de violence raciste et récidiviste – est emmené par la morgue, l’inspecteur avance vers elle, dont la colère monte à chacun de ses pas. « Et maintenant ? » dit-elle. « Maintenant, je vais… », elle le coupe : « Me lire mes droits ? Quels sont mes droits exactement ? Qui se souciait de mes droits quand on me battait ? Et des droits de ma sœur quand on la brutalisait. Il y a une chose nommée justice. Était-ce juste qu’ils soient libres ? Vous ne comprendrez jamais, Callahan.» L’inspecteur reste silencieux.

Il prend la décision de ne pas l’arrêter, et mieux que ça, fait passer le cinglé pour le responsable de la série de meurtres. La barrière de la loi est alors franchie par l’inspecteur qui jusqu’ici flirtait avec ses frontières. Mais doit-on traiter de criminel cette victime d’un crime impuni et lourd de conséquences qui a décidé de juger, condamner et exécuter ces éléments toxiques ? Entre les exécutions conséquentes et l’énième agression du fou dangereux, n’a-t-elle pas assez souffert ? On pourrait toutefois retourner la question : certains des agresseurs méritaient-ils tous leur sort ?

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Changement important de point de vue pour la saga qui devient ici féminin.

Le film de Clint Eastwood se révèle encore une fois tout en nuances. Tous les coupables de cet ancien événement criminel n’en sont pas restés fiers et pervers, animés par une sorte de gêne du mal. En effet, l’un d’entre eux, le fils du chef de la police, ne s’en est jamais remis et est devenu, comme la sœur de Jennifer, végétatif. Ne pouvant s’excuser d’un tel acte et de son impunité, ne pouvant plus attendre de revoir les victimes et d’affronter sa culpabilité, le jeune homme s’est tiré une balle dans le crâne. Il a survécu et reste dans une sorte de stase sur sa chaise roulante. La rencontre entre Jennifer et l’homme est bouleversante, notamment grâce à l’arrivée et l’explication du père, formidable Pat Hingle, qui regrette sa corruption tout en la justifiant par son amour inconditionnel pour son fils unique. La loi a donc été tordue et bâillonnée par le poids des sentiments d’un homme de justice. Mais le sentiment d’injustice vécu par le fils a fini par une sorte d’auto-justice douloureuse et tragique. Il y a ainsi des victimes là où on n’en attend pas. Et il est de même pour le besoin de rendre justice soi-même.

Il y a un deuxième agresseur qui tente d’oublier le drame et d’éviter tout lien avec le groupe afin de vivre de façon « respectable ». Il essaiera de se justifier face à Jennifer, et l’explication l’entrainera à sa perte. Il était jeune, saoul, il n’était pas conscient du mal qu’il faisait. Mais aujourd’hui il est devenu « respectable », il est un entrepreneur avec une certaine notoriété publique, et surtout, il a de l’argent. Le discours de l’homme est révélateur : il ne désire pas tant s’excuser et assumer sa culpabilité que l’occulter afin de protéger sa situation qui lui permet d’acheter le silence de la victime et de chiffrer sa souffrance. Sa corruption le perdra. Toutefois, méritait-il la peine de la mort mise à exécution par Jennifer Spencer ?

Beaucoup ont pu penser que la peine mortelle réservée aux salauds relaxés par la juge ou non mis en péril par le travail inefficace de police était le fruit réflexif d’Eastwood. Mais il suffit juste de regarder le film pour remarquer que les morts ne s’amoncellent pas autour d’un Callahan qui chercherait nécessairement le combat. Ici les saligots meurent après avoir cherché la mort d’innocents et de l’inspecteur qui ne fait qu’employer le principe de légitime défense. Droit qui tient surtout du bon sens pour le héros et cinéaste qu’on sait libertaire : « Vous devez croire en une égalité totale. Les gens devraient pouvoir être qui ils veulent et devraient pouvoir faire ce qu’ils veulent, tant que cela ne nuit à personne ». Une approche du monde qui traversera la suite de sa carrière de cinéaste, d’Impitoyable à American Sniper, en n’oubliant pas Mystic River qui viendra remettre en question le self-justice, geste malheureux qui peut devenir pleinement tragique s’il est fondé sur des préjugés et mensonges, et non pas sur la vérité.

La vérité, comment la révéler en tant que cinéaste ? Eastwood filme le visage de Sondra Locke, se concentre sur son regard qui nous projette, en un fondu enchainé, au moment de l’événement criminel vécu par elle et sa jeune sœur. Lorsqu’elle se tient devant l’agresseur devenu entrepreneur, le montage confronte des images subjectives tirées de l’expérience de Jennifer face à son agresseur et le même homme aujourd’hui se tenant devant elle avec ses propos plus ou moins subtils de bonhomme « respectable » profondément corrompu.

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Une imagerie qui n’est pas sans rappeler les deux mentors du cinéaste Clint Eastwood, soit Don Siegel et Sergio Leone.

Cette manière de révéler les souvenirs de Jennifer Spencer n’est pas sans rappeler celle de Don Siegel, réalisateur du premier Dirty Harry et cinéaste avec lequel Eastwood tourna cinq fois, aussi considéré comme l’un de ses mentors en tant que cinéaste. On peut notamment retrouver ce geste cinématographique dans Les Proies où souvenirs et fantasmes sont projetés via ces visages. Le fait d’employer des outils chers à son mentor comme de reprendre une colorimétrie proche du premier film dans son Retour de l’inspecteur Harry ne tient pas du simple acte nostalgique. La vérité et la justice sont intimement associés chez Eastwood, et il s’agit pour son mentor comme pour ses personnages, de les considérer avec la plus grand justesse possible. Par l’hommage pour Siegel, et aussi pour la vérité de l’importante influence sur lui. Quant aux personnages, Eastwood remodule ses grandes figures archétypales américaines en les nuançant, soit en leur rendant leur complexité d’individu, que ce soit pour le justicier solitaire de Dirty Harry et de la trilogie du Dollar ou pour le groupe pour lequel tout semble sourire dans Jersey Boys sans oublier le vieux con raciste dans Gran Torino. C’est dans ces tentatives de capter la vérité des personnages qu’Eastwood construit les représentations les plus justes du monde qui l’entoure. Et comme souvent chez le cinéaste, la reconstruction cinématographique des différents quotidiens des protagonistes les confronte aux attentes et aux règles sociétales. Soit un ensemble de lois auquel les individus eastwoodiens vont devoir faire face : Harry va franchir certaines limites ; le vieillard de Gran Torino tente un coup de bluff afin de réveiller l’esprit de la loi ; l’un des trois soldats ; l’un des trois soldats du trio principal de Mémoires de nos Pères, outil de propagande peu à peu oublié, va chercher à rétablir la vérité chez de vieux parents. Enfin, lors de la bataille d’Iwo-Jima dans Lettres d’Iwo-Jima, des soldats japonais ne vont pas s’en tenir au code impérial qu’on pourrait résumer vulgairement ainsi : « la mort honorable au combat ou hara-kiri contre la honte de la reddition ».

L’humain en tant qu’individu complexe est au centre du cinéma d’Eastwood. S’il est véritablement démystificateur, le cinéaste peut cependant être perçu comme un reconstructeur de la mythologie américaine. Dans le cinéma de Clint Eastwood, le mythe meurt pour en ressortir ravivé par la vérité, la justesse et les nuances apportées par le cinéaste. Et il en est de même pour ce grand mythe de la protection du peuple par la loi et les institutions à son service. Le cinéma d’Eastwood n’appelle toutefois pas à la révolution. Il tend à (r)éveiller, chez ses personnages comme ses spectateurs, une émancipation citoyenne de tous les diktats sociaux, qu’ils soient institutionnels, religieux, ou moraux.

Méconnu ou mésestimé, Le Retour de l’inspecteur Harry se doit d’être redécouvert. Film important dans la saga Callahan, long métrage conséquent dans l’œuvre du cinéaste, Sudden Impact (titre original du film) est enfin un thriller d’une efficacité redoutable grâce à l’orchestration formelle liée à la rigueur narrative de ce grand monsieur nommé Clint Eastwood qui allait, dans les années qui suivirent, enfin être reconnu à sa juste valeur. Une reconnaissance récemment nuancée par un sombre nuage de méconnaissance et d’ignorance (1) vis-à-vis d’un riche cinéma âgé de 48 ans et de son énergique et humaniste cinéaste jeune de 88 ans.

Bande-annonce – Le Retour de l’inspecteur Harry

Fiche technique – Le Retour de l’inspecteur Harry

Titre original : Sudden Impact
Réalisateur : Clint Eastwood
Scénario : Charles B. Pierce, Earl E. Smith, Joseph Stinson, d’après les personnages créés par Harry Julian Fink & Rita M. Fink
Interprétation : Clint Eastwood, Sondra Locke, Pat Hingle, Bradford Dillman, Jack Thibeau, Albert Popwell
Production : The Malpaso Company
Distribution : Warner Bros Pictures

États-Unis – 1983

(1) Lire les retours politisant American Sniper ; jeter un œil à la tourmente de bêtises (notamment constituées par une droitisation bête et méchante du personnage par certains commentateurs plus qu’ignares sur la carrière et la vie du bonhomme) qui a suivi son maladroit sketch de la chaise vide ; entre autres. N’hésitez pas à lire l’intéressant retour de Hasthable sur la réception du film précité et du sketch par la presse française nationale.

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