T2 Trainspotting, un film de Danny Boyle : Critique

20 ans après avoir donné un coup de jeune au cinéma britannique grâce à l’esprit punk de Trainspotting, Danny Boyle en réunit toute l’équipe et imagine les retrouvailles de ses personnages devenus cultes pour toute une génération. Inéluctablement, l’énergie de la jeunesse n’est plus là.

Synopsis : Mark revient à Edimbourg, alors qu’il n’y avait plus mis les pieds depuis 20 ans. Il y retrouve Spud et Sick Boy, ses amis d’enfance, mais la rancœur de sa trahison va compliquer ces retrouvailles. Au même moment, Begbie, qui n’est pas prêt de lui pardonner, s’évade de prison.

Only Spud forgives

En 20 ans, le moins que l’on puisse dire de Danny Boyle est qu’il a changé de statut puisque, même s’il reste attaché à son Angleterre natale, où il a notamment tourné 28 jours plus tard, il est à présent connu pour les grands succès commerciaux qu’il a signé à Hollywood, dont le récent Steve Jobs. Il était donc difficile de croire qu’il gardait parmi ses projets les plus chers de réaliser la suite du film qui le révéla aux yeux du public international : Trainspotting, parangon du cinéma rock’n roll des années 90 mais aussi comédie noire sur la misère sociale d’une génération de jeunes écossais qui n’a que la drogue comme échappatoire. Et pourtant, il l’a fait! Il faut admettre que le roman Porno d’Irvine Welsh, paru en 2002, qui narrait  justement les retrouvailles entre les personnages de Trainspotting était un parfait terreau à cette suite. Sauf que le roman se déroulait 10 ans après la fin du premier film, le coche était donc raté et l’adaptation fidèle en devenait inenvisageable. Ce sont donc 20 longues années qui séparent la trahison de Mark envers ses « soi-disant amis » et leurs retrouvailles, et la nostalgie est donc plus forte, au point de devenir le principal moteur de ce film.

Quelle joie de retrouver ces figures que l’on a tant apprécié : On constate non sans ironie que les efforts de Mark pour se ranger dans les carcans de la société de consommation ont finalement le même effet que la drogue, on a de la peine pour Spud qui n’a pas réussi à se libérer de son addiction, et on s’amuse de voir Sick Boy conserver ses talents d’arnaqueur et Begbie toujours aussi borderline. Une joie d’autant plus grande que les acteurs ont peu changé (hormis Irvine Welsh, qui s’offre à nouveau un caméo) et reprennent parfaitement leurs rôles respectifs avec le même esprit et le même jeu qu’autrefois. Mais une fois ces personnages introduits, le scénario semble vite montrer ses limites, préférant jouer de sa propre mythologie à défaut de mettre sur pied une véritable dramaturgie. La mélancolie qui inonde nos chers ex-junkies désormais quadragénaires déteint immanquablement sur le public, au point de donner un arrière-gout d’amertume aux passages les plus funs. C’est en cela que ce qui apparait d’abord comme une limite de l’écriture se révèle en fin de compte – et c’est là le coup de génie – être la principale dynamique émotionnelle du film.

Danny Boyle l’avait annoncé : il a réalisé ce T2 « pour les fans ». Il est certain que si Renton, Sick Boy, Begbie et Spud ne vous évoquent pas les noms d’amis que vous souhaitez retrouver ou, pire encore, que vous voyez en Trainspotting un film has been, alors mieux vaut ne pas s’attarder sur sa suite pas comme les autres.

Sans jamais égaler le film de 96, l’émotion et l’humour sont au rendez-vous, c’est indéniable, on peut donc affirmer que l’héritage est assuré, et ce sans tomber dans la banale redite boursouflée. Pourtant, que les meilleurs passages soient autant de clins d’œil, certes bien amenés mais parfois lourdement appuyés – que les nombreux détracteurs qualifieront allègrement de fan-service – laissera sur le carreau les spectateurs désireux de découvrir quelque chose de réellement neuf. Même si cette écriture auto-référencée peut devenir par moments gênante, la mise en scène, qui se calque sur ce parti-pris fait d’allers-retours entre passé et présent, ne fait au contraire que souligner le talent de Danny Boyle. Sa façon de recycler les gimmicks qu’il a employés il y a vingt ans avec un souci de renouvellement est bel et bien la preuve de l’expérience qu’il a acquise depuis. Ainsi, cadrages décalés, éclairages monochromatiques et autres freeze frames se mêlent à des effets plus modernes, tantôt comiques tantôt superficiels, donnant à l’ensemble un sentiment de décalage pour le moins ambivalent qui lui-même entretient cette nostalgie omniprésente.

C’est tout un discours sociologique que Danny Boyle parvient à faire émerger de son travail. D’abord celui de dire que le vieillissement est -au moins pour la gente masculine ici- une tare difficile à vivre (une thématique déjà au cœur de son Steve Jobs). Alors que Mark n’avait, 20 ans plus tôt, en tête que de s’émanciper loin de cette jeunesse qu’il jugeait mortifère, il est à présent empli de regrets et souhaite en vain la revivre, alors qu’inversement ses amis qui n’ont pas su évoluer admettent avoir raté leur vie. Ce sentiment embarrassant de peur de la maturité et de voir ses bons souvenirs impossibles à reproduire s’avère être de plus en plus partagé par les hommes de son âge.  Boyle dit aussi ce qu’il pense du monde moderne, notamment à travers une déclinaison du monologue « choose life » qui a vocation à devenir tout aussi culte, dans laquelle le cinéaste dénonce de but en blanc cette aliénation qu’est la consommation massive d’informations qui apparaît à ses yeux comme aussi asservissante que les drogues dures. Enfin, Trainspotting 2 apparaît comme un long-métrage à l’énergie et au discours transgressif comme on n’en voit plus de nos jours. Définitivement, et même s’il ne parlera qu’aux fans du premier film, T2 Transpotting met un nouveau coup de pied à une industrie cinématographique qui ne propose plus que des produits aseptisés et nous rappelle, à sa façon, qu’il faut regarder en arrière pour trouver cette liberté de ton que l’on peine à retrouver aujourd’hui.

 T2 Transpotting : Bande annonce

T2 Transpotting : Fiche technique

Réalisation : Danny Boyle
Scénario : John Hodge, librement adapté des romans d’Irvine Welsh
Interprétation : Ewan McGregor (Mark Renton), Jonny Lee Miller (Sick Boy), Ewen Bremner (Spud), Robert Carlyle (Francis Begbie), Anjela Nedyalkova (Veronika), Kelly Macdonald (Diane)…
Photographie : Anthony Dod Mantle
Montage : Jon Harris
Musique : Rick Smith
Producteurs : Bernard Bellew, Danny Boyle, Christian Colson, Andrew MacDonald
Distribution (France) : Sony
Festival et Récompenses : Nomination à la Berlinale 2017
Durée : 123 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 1er mars 2017

Grande-Bretagne – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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