Us : la bizarrerie horrifique de Jordan Peele débarque en DVD/Blu-Ray

Propulsé dans la case de réalisateur à suivre après le succès de son film d’horreur Get Out, Jordan Peele persiste et signe dans le genre en signant Us, drame éprouvant teinté de puissantes saillies horrifiques, et enrobé d’une redoutable métaphore sociale et politique ayant vite fait de donner les frissons. 

De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime. Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler, les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires : leurs propres doubles.

Un mélange de genre aussi redoutable qu’efficace 

Après le joli succès d’estime de Get Out (un Oscar du Meilleur Scénario Original et pas loin de 250 millions de dollars de recettes mondiales), c’est un véritable boulevard qu’a réussi à se créer Jordan Peele pour la suite de sa carrière. Ainsi, en marge de son remake très attendu de la série des 60’s La Quatrième Dimension, l’humoriste a cru bon de revenir à ce qui faisait le sel de son premier long-métrage : le mélange des genres. Où comment réitérer en somme le petit exploit de Get Out qui, sous couvert d’une comédie noire, usait de l’horreur pour opérer une radiographie de l’Amérique et de ses préjugés sociaux & surtout raciaux. Un mix audacieux qui agissait surtout en miroir du quotidien des populations afro-américaines basées aux États-Unis, et que le principal intéressé, Jordan Peele donc, n’avait pas hésité, fort d’un humour noir dont il a le secret, à qualifier de documentaire. Voilà, c’est dit, Get Out était un documentaire, autrement dit une oeuvre didactique relatant des faits authentiques. De fait, on ne pouvait qu’attendre son prochain film suite à ses déclarations vantant un long-métrage qui aura à coeur de surfer sur le même ton, autrement dit, rendre compte du réel. En cela, qu’il est plaisant de voir que sa nouvelle mouture, sobrement intitulée Us, parachève cette idée du réel. Que ce soit via son synopsis, volontairement mystérieux en diable puisque évoquant les vacances des membres d’une famille afro-américaine qui va rencontrer littéralement leurs sosies drapés en rouge, le ton qui verse autant dans le thriller, le drame et l’horreur et le propos, qui semble clairement attaquer la politique d’un certain Donald Trump, jamais en reste pour martyriser les populations immigrées, on sent que le même soin a été apporté à Us qu’à Get Out. De quoi donner du sens aux propos de Peele lui-même : « Ce film est à propos des États-Unis. Et quand j’ai décidé de l’écrire, j’ai été frappé de constater à quel point nous vivons des heures où l’on a peur de l’autre. Que l’on pense que le mystérieux envahisseur vient pour nous tuer, voler nos emplois, ou qu’une partie des gens qui ne vivent pas dans le même coin que nous votent différemment. Je voulais suggérer que, peut-être, le monstre que l’on doit regarder a notre visage. Peut-être que le monstre, c’est nous.« 

Et cela se voit puisqu’à l’arrivée, on est embarqué dans un mélange d’effroi, de peur, de tension qui ne ménage pourtant jamais ses saillies politiques, à tel point que le film peut être perçu, comme les doubles de son histoire, de manière dualiste : d’un coté, un ride horrifique déplaisant et rondement mené, de l’autre une puissante charge anti-trump et surtout anti-américaine. Puisque après tout, si l’on se fie au titre du film, Us signifie aussi bien « nous », autrement dit les doubles habillés en rouge, que les initiales d’un pays assez connu, allez on vous aide, les Etats-Unis (United States). Où comment mêler politique et horreur dans un film qui certes succombe parfois à un certain excès de confiance et un coté « petit malin » prétentieux, mais demeure parfois essentiel par les temps qui courent.

Des bonus conséquents

Forcément, avec un propos aussi fort et aussi cher à son réalisateur, on en attendait beaucoup des bonus. Autant parce que le film, sobrement emballé, est redoutable dans sa gestion du rythme et surtout de la mise en scène, que parce qu’il laisse une latitude assez rare à ses comédiens, pour exister entre une Lupita N’Yongo étonnante et un Winston Duke tout en fragilité. Toujours est-il que nos prières ont été entendues puisque la galette bleue propose des bonus à la pelle. On retrouve ainsi plusieurs modules (Les monstres ancrés en nous ; Reliés ensemble : le double nous ; La redéfinition d’un genre : l’horreur selon Jordan Peele ; La dualité du nous ; Devenir red ; Scènes coupées ; Nous allons tous mourir ; En haut comme en bas : Grand pas de deux ; 3 scènes décortiquées), autour d’une résolution technique bien troussée puisque le ratio du film 2.39 sera respecté, tout comme le ration sonore puisque le Dolby Atmos sera de rigueur. Bref, des conditions idéales pour (re)découvrir l’oeuvre singulière d’un Jordan Peele qu’on espère toujours aussi investi et inspiré dans ses films à venir.

Bande-annonce : Us

Un film de Jordan Peeleavec Lupita Nyong’o, Winston Duk

Synopsis: De retour dans sa maison d’enfance à Santa Cruz,sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime…Les Wilson vont devoir affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires : leurs propres doubles.

Sortie DVD, Blu-ray™, 4K UHD chez Universal le 24 Juillet 2019

Caractéristiques techniques du DVD : Image: 16/9 2.39:1 Anamorphic Widescreen –durée 1h51Audio : Anglais, Français, Italien Dolby Digital 5.1Sous Titres :Anglais (sourds et malentendants), Français, Arabe, Danois, Néerlandais, Finnois, Hindi, Islandais, Norvégien, Italien, Suédois.

Caractéristiques techniques du Blu-ray™: Image: 16/9 2.39:1 Widescreen –durée 1h56Audio : AnglaisDolby Atmos, Français,Espagnol, ItalienDolby Digital Plus 7.1Sous Titres :Anglais (sourds et malentendants), Français, Arabe, Espagnol, Danois, Néerlandais, Finnois, Grec, Islandais, Norvégien, Italien, Suédois, Portugais

Caractéristiques techniques du 4K UHD : Image: 16/9 2.39:1 Widescreen – durée 1h56. Audio : AnglaisDolby Atmos, Français,Hongrois, Italien, Dolby Digital Plus 7.1, Polonais (voiceover) Dolby Digital 5.1. Sous Titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Cantonais et Mandarin, Danois, Néerlandais, Finnois, Grec, Hongrois, Norvégien, Italien, Coréen, Suédois, Polonais, Roumain.

Bonus du DVD, du Blu-ray™et du 4K UHD : Les monstres ancrés en nous. Reliés ensemble: le double nous La redéfinition d’un genre: l’horreur selon Jordan Peele La dualité du nous.
– Devenir red
SCÈNES COUPÉES (Je ne suis même pas près de toi/ La saison du lapin/ Ça déchire grave / Bois flotté / Le P est muet / Je veux rentrer à la maison)
Nous allons tous mourir
En haut comme en bas: Grand pas de deux
Bonus exclusifs au Blu-ray™ et au 4K UHD : SCÈNES DÉCORTIQUÉES : -Le massacre de sept secondes -C’est un piège -Je veux retrouver ma petite fille

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.
Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…

La trilogie du « Docteur Mabuse » de Fritz Lang : quarante ans d’une saga criminelle allemande

Réunis dans un magnifique coffret, les trois films que l’immense Fritz Lang a consacrés au génie du crime permettent de réaliser à quel point ils furent le reflet de leurs époques troublées respectives. Car ces œuvres ne sont pas seulement des films noirs paranoïaques qui inspireront une multitude de cinéastes – jusqu’à aujourd’hui. Ils traduisent l’idée que le chaos génère le mal et que, s’il adopte bien des visages, le mal n’en demeure pas moins intemporel.