Le Tombeau des Lucioles fait son retour en édition Blu-ray Steelbook chez Kazé

Le sublime Tombeau des Lucioles est de retour non pas dans une nouvelle édition restaurée mais dans sa version Blu-ray de 2013 repackagée par le même éditeur dans un sympathique mais dispensable boitier steelbook.

Synopsis : Japon, été 1945. Les bombardiers américains arrosent Kobe de bombes incendiaires. Un jeune adolescent et sa petite sœur perdent leurs parents. Ils se réfugient dans leur famille proche mais cruelle. Leur quête désespérée d’un monde meilleur les amènera à traverser les ruines du Japon ensanglanté par la fin de cette guerre.

Réminiscences des anonymes

Le Tombeau des Lucioles aura fait couler bien des larmes et noué bien des gorges. Plus de trente ans après sa sortie, le film du studio Ghibli réalisé par Isao Takahata continue de faire son effet tant sur les spectateurs que sur la critique toujours prête à s’y replonger corps et plume.

Que pourrait-on ajouter de plus sur le film aujourd’hui ? Et si on posait plutôt cette question : qu’est-ce qui permet au Tombeau des Lucioles de rester une œuvre toujours aussi efficace aujourd’hui ? Au-delà de la tragédie attendue dès les premières images qui nous introduisent via des flashbacks au récit ayant mené le personnage principal à son triste sort, il s’agit probablement du point de vue adopté sur le réel et la vie qui s’en dégage même après la mort.

Un décor paraît désespéré, une sortie à la plage semble franchement anodine, et il en est hélas de même pour un jeune SDF décédé dans une gare au milieu de passants non concernés et d’employés habitués à ces drames. L’un d’entre eux récupère une vieille boite de bonbons et la jette au loin. De cet objet considéré comme un déchet, apparait à l’écran une forme de réminiscence. La vie a passionnément côtoyé cette boite de métal somme toute banale pour beaucoup. De même qu’elle a animé un abri abandonné. Elle a aussi encadré, comme l’exposent d’autres souvenirs au fur et à mesure du récit, des événements comme cette sortie à la plage avec une mère bien en vie et heureuse, qui, malgré son décès, subsiste à travers une réplique qu’elle aimait déclarer.

Si de nombreuses critiques françaises ont vanté le caractère réaliste du film, ils en ont parfois oublié à quel point le réalisme conséquent du film est à la source d’une sentimentalité, d’une expérience poétique du monde elle aussi très réaliste. L’inanimé porte l’énergie des souvenirs, les objets sont marqués par des histoires passionnées ou tragiques d’individus, le territoire japonais bombardé comme celui de la reconstruction ont été façonnés par les souvenirs, les gestes, les paroles et passions les vivant, individuellement ou collectivement.

Ici le cinéma, plus que la nature morte en peinture, ne capte pas seulement le mouvement de la vie, de ses passions à sa vanité, mais la réveille pour rendre à l’humanité ses regards et sourires oubliés, sa dignité et sa force d’esprit disparus dans le souvenir historicisé de tragédies collectives marquées à l’encre sur le papier des vainqueurs, sans pensées pour les vaincus qui, comme les lucioles, se sont éteints dans le tombeau de l’anonymat.

EXTRAITLe Tombeau des Lucioles, quand la lumière s’éteint dans l’anonymat.

Le Tombeau des Lucioles en Blu-ray Steelbook

Le Tombeau des Lucioles fait son retour dans une édition Blu-ray Steelbook chez l’éditeur d’animation, Kazé. Comme pour Perfect Blue, il s’agit ici d’un repackaging du disque Blu-ray déjà sorti chez l’éditeur. Vous retrouverez donc le même Blu-ray disc sorti en 2013, « réemballé » dans un steelbook, en compagnie du DVD du film.

Le master vidéo du film réussit toujours à convaincre tant au niveau sonore que visuel, et ce, même si certaines couleurs semblent aujourd’hui un peu plates et qu’une certaine douceur propre à l’âge du master peut être remarquée. Notons évidemment que ce dernier est dépendant des conditions de conservation du matériau numérisé et restauré.

Vous trouverez ensuite les mêmes compléments : une interview du réalisateur revenant sur sa conception du dessin animé ou encore sur l’aspect personnel du récit, un entretien avec l’équipe qui s’avère être un florilège de témoignages de membres de la production (réalisateur, directeur artistique…) présentés en voix-off sur des extraits du long métrage, et enfin des clips promotionnels, comprenant notamment la bande-annonce.

L’indispensable Tombeau des Lucioles fait ainsi son comeback HD dans une édition franchement dispensable pour ceux qui auraient acquis l’édition Blu-ray en 2013, ainsi qu’en 2017 dans sa prestigieuse édition limitée comprenant un steelbook en forme de Candy Box (la fameuse boite à bonbons suscitée), la nouvelle à l’origine du métrage, un DVD occupé par les bonus présents sur le Blu-ray ainsi qu’un livret constitué par des visuels et storyboards du long métrage, le tout pour 39,95€ à sa sortie. On pouvait donc en attendre plus pour la ressortie d’un tel film, surtout au prix peu attractif de 29,99€.

Bande-annonce – Le Tombeau des Lucioles

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

BD25 – 1080p HD – AVC – 1.85 – 16/9 – Langues : japonais et français PCM Stéréo – Sous-titres français – Japon – Film d’animation / drame – Durée : 88mn

COMPLÉMENTS

Interview d’Isao Takahata

Entretien avec l’équipe

Videos promotionnelles

Ressortie en Blu-ray Steelbook + DVD le 6 avril 2021 – prix indicatif public : 29,99€

Note édition
Note des lecteurs3 Notes
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Kwaïdan (1964) de Masaki Kobayashi : le temps suspendu des spectres

Si sa durée et son rythme peuvent représenter une épreuve exigeante pour le public d’aujourd’hui, "Kwaïdan" n’a en revanche rien perdu de sa poésie et de son enchantement des sens. Une œuvre inclassable et envoûtante.

C’est un navet ? C’est un étron ? Non, c’est Supergirl !

Pourtant rompu aux films mettant en scène des outsiders et des femmes fortes, Craig Gillespie rate complètement le coche avec son "Supergirl" qui n'arrive jamais à n'être plus qu'un banal épisode "filler" laid et inconséquent dans un univers étendu DC pourtant en pleine croissance. Désespérant.

On l’appelait Robin des Bois : la dette de sang

Robin des Bois n'a jamais été héroïque. Michael Sarnoski le prouve avec un Hugh Jackman bouleversant dans un film de rédemption âpre, loin de toute adaptation romanesque. Un récit à deux vitesses, violent puis contemplatif, qui gratte sous la légende pour retrouver l'homme, et ce qu'il doit à ses morts.

Soudain : soudain l’aurore, Hamagushi et l’humanité absolue

"Soudain", chef-d'œuvre signé Ryûsuke Hamaguchi (Oscar pour "Drive My Car"), adapte une correspondance bouleversante. Virginie Efira et Tao Okamoto, récompensées à Cannes, portent ce film de trois heures quinze sur la maladie, l'amitié et le soin comme acte politique.

André is an Idiot : le dernier cri d’un condamné

On connaît tous un André. Ce type qui blague sur tout, qui vit à fond, qui remet au lendemain ce qu'il devrait faire aujourd'hui. "André Is an Idiot", prix du public à Sundance 2025, raconte comment cet homme-là a appris, trop tard et avec humour, ce que mourir veut vraiment dire.

Ipcress, danger immédiat (1965) de Sidney J. Furie et Élémentaire, mon cher… Lock Holmes (1988) de Thom Eberhardt : les multiples visages de Michael...

Film d'espionnage sous forme d'anti-James Bond ou farce loufoque parodiant Sherlock Holmes : Michael Caine est à l’aise dans tous les registres. Un trésor vivant du cinéma britannique !

Eega, la mouche vengeresse : l’amour revient toujours

Un homme tué par son rival amoureux revient en mouche domestique pour se venger. Entre les mains de S.S. Rajamouli, ce pitch impossible devient l'un des films les plus singuliers et les plus rafraîchissants du cinéma contemporain. Sortie en 2012, "Eega, la mouche vengeresse" constitue l’œuvre pivot d'une filmographie qui donnera naissance au monumental dyptique "La Légende de Baahubali" et la merveille "RRR".

Torso (1973) de Sergio Martino : tripes et nichons en 4K

Au carrefour du giallo et du slasher, Torso de Sergio Martino marqua son époque par sa violence exacerbée et son lot généreux de scènes érotiques. Succès important à sa sortie en 1973, le film s’est depuis lors vu certifier un label « culte ». Pur divertissement coupable ou grille de lecture plus subtile qu’on ne le pense ? Ou vous laisse juger, mais cette magnifique édition vaut en tout cas le détour.