Coffret Brisseau : Trois films majeurs du cinéaste en DVD/Blu-ray

Bénéficiant d’une nouvelle restauration 2K, trois films emblématiques de Jean-Jacques Brisseau sortent pour la première fois en éditions Blu-ray, chez Carlotta. C’est l’occasion rêvée de nous replonger dans l’œuvre de l’un des cinéastes les plus singuliers du cinéma français.

Un Jeu Brutal (1982) : ce film annonce avec éclat ce que sera l’œuvre de Jean-Claude Brisseau. On retrouve son univers cinématographique pour le moins atypique, faisant la part belle à l’émotion, à la souffrance et au mysticisme, ainsi que la singularité de ce style associant l’âpreté à la délicatesse, le minimalisme à une attention exacerbée pour les lumières et les corps. 

Synopsis : Près d’un grand ensemble, pendant l’été, une jeune fille est assassinée. Le professeur Tessier, biologiste connu pour ses recherches, abandonne celles-ci pour se retirer en province. Au chevet de sa mère, il se voit arracher la promesse de s’occuper de sa fille Isabelle, paralysée des membres inférieurs. Mais les retrouvailles entre le père et la fille sont rudes, Isabelle refusant de se réfugier derrière sa condition d’infirme…

Sans morale, on ne peut distinguer le bien du mal, la beauté de la laideur, on ne peut déchiffrer le monde et mener à bien son existence. Si le propos, tel qu’il est, peut faire craindre un film affreusement moraliste, Brisseau a au moins le mérite de ne pas s’enfermer dans la posture du donneur de leçons : il donne de la variété à ses effets de mise en scène, à son approche cinématographique, afin de tendre vers une finesse bienvenue.    

On s’en rend compte notamment lorsqu’il potentialise les possibilités du médium cinématographique, en jouant notamment sur les ruptures de ton et les codes cinématographiques (passage du thriller au mélodrame, de la violence des meurtres à une poésie contemplative). Il travaille astucieusement la notion du regard (regard que l’on porte sur soi, sur l’autre ou sur la nature environnante) pour charger ses images d’une véritable dimension symbolique : on perçoit les corps et leur langage de vérité, on entraperçoit la nature et la force qui l’anime. À travers l’œil de la caméra, notre regard gagne soudainement en lucidité. C’est ce que nous dit l’apparition fantomatique qui vient clore le film : en troublant notre représentation du réel par du fantastique, il nous fait accéder aux vérités et aux beautés cachées. Le déchiffrage du monde est en cours…    

Bande annonce :

Suppléments : LEÇONS DE CRUAUTÉ (20 mn) : Le cinéaste Jean-Claude Brisseau se remémore le tournage de Un jeu brutal, sur l’itinéraire croisé d’un père et de sa fille, et évoque le travail d’observation et de simplification qu’impliquent l’écriture et la mise en scène d’un film

Caractéristiques : BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p ENCODAGE AVC • Version Française DTS-HD MA 1.0 / Audiodescription Dolby Digital 2.0 • Sous-Titres Sourds et Malentendants • Format 1.37 respecté • 4/3 – Couleurs • Durée du Film : 91 mn

De Bruit et de Fureur (1987) : avec ce film, Jean-Claude Brisseau est le premier à s’intéresser au malaise des banlieues, et son approche est purement cinématographique !

Synopsis : Bruno a 14 ans. À la mort de sa grand-mère, il revient vivre à Bagnolet chez une mère totalement absente. Dans une classe où tous ont les mêmes difficultés scolaires, il fait la rencontre de Jean-Roger, terreur du C.E.S. C’est par lui que le jeune garçon va être mis en contact avec les membres pervers et violents de la bande de Mina…

Brisseau préfère, en effet, interpeller son spectateur en détournant son film du sérail dans lequel on l’attendait : il ne s’agit pas de reproduire fidèlement le réel, et de s’inscrire dans un registre purement documentaire, mais bien d’utiliser les possibilités du médium cinématographique pour développer une réflexion plus existentielle. Il se réapproprie ainsi les codes du western et de la tragédie (la citation de Shakespeare, mise en exergue, suggère même une dimension mythique) pour aborder différemment le rapport à la loi et à la morale : la cité, à l’instar d’une ville du far west, est un endroit dépourvu d’autorité (parent absent, Etat impuissant…) où l’enfant est libre de ses choix moraux. Il n’y a pas de déterminisme social ou de fatalité, il peut tout aussi bien suivre le chemin de la voyoucratie que de l’honnêteté. Mais pour goûter au bonheur, il lui faudra sans doute partir : la cité étant, comme l’affirme le père de Jean-Roger, un lieu perpétuellement en “guerre”.

Car le cinéaste demeure très pessimiste sur le sujet : il faudrait un véritable miracle pour que les choses changent. C’est d’ailleurs ce “miracle” que l’enfant demande constamment au fantôme qu’il aperçoit, un miracle qui n’arrivera jamais car la violence du réel finit toujours par rattraper les doux rêveurs. Le recours au fantastique permet, en tout cas, d’aborder finement la question du sens que l’on veut donner à son existence. L’apparition spectrale de cette femme évoque évidemment cette mère qui manque cruellement dans la vie de Bruno, dont la présence se limite à des post-it collés sur le mur. Et sans repères, nous dit Brisseau, il faut presque un “miracle” pour voir où se trouve la porte qui mène au fameux “ascenseur social”. Un miracle qui devient sans doute réalité, à la fin, puisque Jean-Roger semble prendre conscience des efforts à fournir pour pouvoir s’en sortir. Un miracle toutefois au goût bien amer, puisqu’il survient seulement après les larmes et le sang. La souffrance était peut-être le tribut à payer pour gagner en clairvoyance…

Bande Annonce :

https://www.dailymotion.com/video/xwl0rf

Suppléments :  . LA CHUTE ET L’ENVOL (25 mn) : Ancien professeur dans un C.E.S à Bagnolet, le cinéaste Jean-Claude Brisseau revient sur son expérience passée et sur la représentation de la violence à l’écran, et justifie son refus de traiter un tel sujet sous le seul angle naturaliste.

. MORCEAUX CHOISIS (27 mn) : Télécommande à la main, Jean-Claude Brisseau commente les scènes d’ouverture de son film De bruit et de fureur.

Caractéristiques : BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC • Version Française DTS-HD MA 1.0 / Audiodescription Dolby Digital 2.0 • Sous-Titres Sourds et Malentendants • Format 1.37 respecté • Couleurs • Durée du Film : 95 mn

Noce Blanche (1989) : Il s’agit, en quelque sorte, du film « grand public » de Brisseau, celui qui fit de Vanessa Paradis une vedette du grand écran.  Mais c’est surtout un film qui reste fidèle au style de son auteur, en confrontant la réalité avec les idéaux, l’identité sociale (vie en province, milieu scolaire…) avec celle que l’on mûrit à l’intérieur de soi (fantasme, intérêt mystique, quête existentielle).  

Synopsis : François, 49 ans, marié, est professeur de philosophie dans un lycée de Saint-Étienne. Mathilde, 17 ans, est l’une de ses élèves, un personnage solitaire et énigmatique. Ses absences répétées ont conduit les enseignants à ne plus l’accepter en cours. François s’intéresse à la jeune fille et accepte de lui donner des cours particuliers. Le professeur et son élève vont bientôt tomber follement amoureux l’un de l’autre…

Comme à son habitude, Brisseau va opposer la vérité mystique à la vacuité du réel, afin de nous interroger sur le sens que l’on veut donner à l’existence. Mais contrairement à ce qu’il a pu faire précédemment (Un Jeu Brutal, De bruit et de fureur), il ne se laisse pas aller à l’onirisme ou au fantastique, donnant à Noce Blanche l’allure d’un film un peu plus “classique”. Tout réside en fait dans la manière de filmer Mathilde ou les moments amoureux : alors que l’essentiel du film se déroule dans un réalisme social des plus désenchantés, l’image va soudainement s’illuminer à l’approche de l’amour. Ainsi, la nature va devenir idyllique lorsqu’une balade se fera romantique, les corps vont échapper à la pesanteur du milieu lorsque les sentiments vont apparaître.  

Même si, parfois, Brisseau se montre trop didactique, il parvient à délivrer subtilement son propos en laissant parler ses images (isolement des corps dans l’espace ou dans le cadre, pour exprimer la scission avec le reste du monde…) ou en multipliant les bonnes idées scénaristiques (le parallèle fait entre la philosophe Simone Weil et le personnage interprétée par Vanessa Paradis). La seule défaillance notable sera le changement de registre qui s’opère à mi-parcours, quand la romance va s’effacer au profit d’un thriller aussi impromptu que peu convaincant. Fort heureusement le final va de nouveau privilégier le pouvoir évocateur de l’image, en conjuguant superbement la passion à la mélancolie. 

Bande annonce

Suppléments : . ENTRETIEN AVEC LUDMILA MIKAËL (23 mn) : L’actrice Ludmila Mikaël revient sur sa rencontre avec Jean-Claude Brisseau et sur l’importance de ce film dans sa carrière.

. ENTRETIEN AVEC JEAN-CLAUDE BRISSEAU (54 mn) : Le cinéaste parle de la genèse et du tournage de Noce blanche, et revient sur sa méthode de travail.

. SCÈNES COMMENTÉES PAR BRUNO CREMER (39 mn) : L’acteur Bruno Cremer commente le début du film Noce blanche.

. SCÈNES INÉDITES (15 mn)

Caractéristiques : BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC • Version Française DTS-HD MA 1.0 / Audiodescription Dolby Digital 2.0 • Sous-Titres Sourds et Malentendants • Format 1.37 respecté • Couleurs • Durée du Film : 92 mn

Date de sortie en version restaurée 2K : 04 septembre 2019 chez Carlotta 

 

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Festival

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