Rétrospective Clint Eastwood : Mystic River

Mystic River de Clint Eastwood convoque les fantômes du passé et regarde les reflets d’une Amérique qui s’est créée sous les traits de la violence. Un film où la simplicité du cadre mythologique se marie à la perfection avec la fluidité de la mise en scène et la complexité des êtres qu’il convoque. Un grand polar, pessimiste et ténébreux.

A l’aube d’une histoire de meurtre, tout un quartier est ébranlé et voit une famille sous le joug de la décrépitude. Mais cet acte meurtrier, qui voit la mort d’une adolescente de 19 ans, va réunir trois anciens amis d’enfance, ravivant les souvenirs douloureux d’une innocence disparue aux abords d’une partie de hockey dans les ruelles d’un quartier qui a vu rugir « les loups ». Clint Eastwood, dans sa meilleur forme, donne naissance à un film magistral. Une leçon de cinéma, autant par la structure progressive de son drame dont le champ d’application ne cessera de s’élargir au fil des minutes, que par le biais de la puissance fondatrice de son environnement. Un grand film sur l’Amérique, une Amérique de la classe moyenne et son avenir en pointillé, qui voit les destins s’effriter au fur à mesure.

Alors qu’il dissèque le bien du mal, le faux du vrai, le cinéaste fait de Mystic River une interrogation perpétuelle et dramatique sur les choix de l’Homme et leur rôle dans la construction du parcours de chacun. Chaque personnage est comblé de remords, de douleurs, avec l’unique et même question : « et si c’était moi qui était monté dans la voiture ce jour là ? », interrogation qui fait de Mystic River une oeuvre passionnante sur la culpabilité et l’inévitabilité du destin qui se répercute tôt ou tard. Eastwood évite une nouvelle fois toute forme de moralité, même s’il s’avère parfois cinglant et symbolique sur l’origine et le traumatisme fait aux enfants. La justice est une nouvelle fois une institution, qui éclaire sur la véracité des faits mais n’est en aucun cas un outil pour sauver des traumas. Et c’est là tout l’enjeu du film: nos stigmates, nos secrets, nos peurs.

C’est très impressionnant de voir comment le film arrive à retrancher les personnages dans leur propre solitude, où le pessimisme devient roi et le suspense dévastateur. Malgré ce climat de portrait familial, les protagonistes se retrouvent chacun face à leur propre miroir et leur propre doute. Mystic River décrit parfaitement cette notion de mauvais choix, qui n’est jamais sans aucune réponse, mais au contraire, entraîne lui-même d’autres choix encore plus néfastes. L’accalmie n’existe jamais, ni dans la justesse personnelle, ni dans la vengeance sanguinolente, c’est un inépuisable trou sans fond, qui voit les ténèbres s’approcher. C’est alors que l’on retrouve également toute la noblesse du cinéma d’Eastwood: cette mise en scène élégante, invisible dont la principale volonté est de décrire l’humanité ou ce qu’il en reste tout du moins. La violence ne résout jamais rien et pourtant, l’Amérique continue à écrire son Histoire sur ce sol jonché de sang.

Dans cette Amérique des bas quartiers,  où la loi du silence est de mise, habitée par d’innombrables âmes en peine qui tentent désespérément de partir vers un avenir meilleur, Clint Eastwood construit ses grandes figures du monde contemporain, incarné incroyablement par ce trio d’acteur, des personnages à l’ampleur autant intime qu’universelle où le mal ne se dessine pas seulement au travers des actes, aussi violents qu’ils soient, mais plus par la lecture des cicatrices qui circulent dans le passé et l’inconscient de chacun.

Bande Annonce – Mystic River

Synopsis: Jimmy Markum, Dave Boyle et Sean Devine ont grandi ensemble dans les rues de Boston. Rien ne semblait devoir altérer le cours de leur amitié jusqu’au jour où Dave se fit enlever par un inconnu sous les yeux de ses amis. Leur complicité juvénile ne résista pas à un tel événement et leurs chemins se séparèrent inéluctablement.
Jimmy sombra pendant quelque temps dans la délinquance, Sean s’engagea dans la police, Dave se replia sur lui-même, se contenta de petits boulots et vécut durant plusieurs années avec sa mère avant d’épouser Celeste.
Une nouvelle tragédie rapproche soudain les trois hommes : Katie, la fille de Jimmy, est retrouvée morte au fond d’un fossé. Le père endeuillé ne rêve plus que d’une chose : se venger. Et Sean, affecté à l’enquête, croit connaître le coupable : Dave Boyle…

Fiche Technique – Mystic River

Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Brian Helgeland
Musique : Clint Eastwood
Photographie : Tom Stern
Décors : Henry Bumstead
Montage : Joel Cox
Sociétés de production : Warner Bros. et Malpaso Productions
Durée : 137 minutes
Genre : Drame Polar
Dates de sortie : 15 octobre 2003 (FR)

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