Pattaya, un film de Franck Gastambide

Il est beaucoup de films que l’on voit en se disant qu’il s’agit d’une suite inappropriée… et il y en a certains, plus rares, que l’on aurait préféré être une suite assumée. Non pas que Les Kaïra ait été une comédie mémorable, on ne peut pas nier aux trois acolytes de la web-série Kaïra Shopping d’avoir su caricaturer les petites frappes de leurs cités HLM avec un second degré assez pertinent.

Synopsis : Afin de financer leur voyage dans une station balnéaire thaïlandaise, Franky et Krimo n’ont pas de meilleure idée que d’inscrire un nain de leur quartier à un concours de boxe. Mais leur ruse va inévitablement se retourner contre eux, transformant leurs vacances de tourisme sexuel en folles aventures.

Les Kaïras se dorent la pilule au soleil 

Quand, près de quatre ans plus tard, l’un des trois décide d’en réaliser la suite et que les deux autres ne le suivent pas, il aurait mieux fallu que le projet soit mis de côté et retravaillé dans l’attente de la reformation du trio. Mais non, Franck Gastambide est têtu et n’a pas hésité à remplacer ses anciens compères avec une nonchalance très douteuse. Le premier des deux, c’est Medi Sadoun, qui  semble très sollicité depuis Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, puisqu’on l’a vu récemment dans Joséphine S’arrondit et bientôt dans La Dream Team au côté de Gérard Depardieu. Nécessitant son quota de « reubeux » pour rendre sa satire sociétale cohérente,  c’est Malik Bentalha qui se charge d’occuper ce rôle. Le second c’est Jib Pocthier, que l’on retrouvera bientôt dans Les Visiteurs : La Révolution. Devant son refus, et puisque le scénario comporte un nombre incalculable de moqueries envers les personnes de petite taille, il a fallu que Anouar Toubali, un autre nain aperçu dans Les Kaïra, vienne le remplacer. C’est donc avec une troupe de rechange que Gastambide met en boite son scénario qui se construit sur le même schéma que beaucoup de suites, celui du dépaysement (on pense forcément aux récents, et très mauvais, Babysitting 2, Les Profs 2 ou encore Les Tuche 2). Mais qu’aurait gagné ce Pattaya à être Les Kaïra 2 ? Hormis d’être porté par une troupe de comédiens dont la symbiose a déjà fait ses preuves, c’est surtout cette introduction lourdingue, basée sur les explications d’une insupportable voix-off, qui nous aurait été épargnée si nous nous étions retrouvés face à des personnages déjà connus. Après une demi-heure, on finit (enfin !) par se libérer de cette mise en place plombante et fermer les yeux sur ce casting de rafistolage pour entrer dans le lourd du sujet… sauf que, pas de chance, c’est cette première demi-heure qui offrait les situations les plus drôles.

La délocalisation du décor dans cette ville thaïlandaise, haut lieu du tourisme sexuel à présent considéré comme « le paradis des cailleras », a au moins pour avantage d’élargir le potentiel satirique d’un film qui, en s’enfermant dans des blocs d’immeubles (et même si la ville de Melun était dans Les Kaïra une belle source de décalage), s’assurait de tourner rapidement en rond. Pattaya s’assure ainsi un humour décomplexé et politiquement incorrect. Les meilleures idées comiques sont sans doute les nombreuses parodies et autres clins d’œil à la culture populaire, avec surtout la télé-réalité en ligne de mire, et les quelques caméos bien pensés, qu’il s’agisse de Fred Testot ou Cyril Hanouna mais aussi de Seth Gueko et Rim’K dont la présence satisfera les amateurs de rap à qui s’adresse le film. Dans un esprit peu raffiné, très inspiré par certaines comédies américaines, le scénario enchaine sans vergogne les blagues les plus graveleuses sur les nains, les gros, les travelos et tant d’autres sujets si faciles à attaquer. Ce n’est donc pas un hasard si le passage qui se veut le plus drôle du film est un gag scatologique littéralement explosif. Sauf que, là encore, la tonalité comique s’appauvrit rapidement et le réalisateur n’a pas d’autre choix, pour maintenir l’attention du spectateur jusqu’au bout, de faire profiter à sa dernière demi-heure d’une accélération notable du rythme. On en retiendra surtout une scène de fête sur la plage pleine d’énergie. On peut ainsi remarquer que Franck Gastambide a fait, en moins de quatre ans, beaucoup de progrès en termes de mise en scène mais a encore des efforts à faire du côté de l’écriture.

En plus de s’essouffler trop vite, l’humour gras, à force de ne taper que sur les mêmes cibles, dérape souvent dans le pire mauvais gout notamment machiste et homophobe. Au-delà de cet esprit outrancièrement irrévérencieux –qui attirera les spectateurs fatigués d’un cinéma populaire français trop lisse-, l’un des plus gros soucis de ce film est finalement d’être incapable de tirer un autre profit de son changement de décor que l’exploitation de ses paysages exotiques. Etre allé poser sa caméra à l’autre bout du monde pour aller y jouer avec exactement les mêmes clichés que ceux présents dans les banlieues françaises et en limitant les autochtones à un gang de boxeurs nains est en effet un gros gaspillage cinématographique. Même si le talent de transformiste –à défaut de talent d’acteur- de Gad Elmaleh est mis à profit pour rendre rigolo son personnage de gourou au look calqué sur Fu Manchu, il n’apporte pas grand-chose à ce scénario dont le niveau ne s’élève jamais au-delà du niveau intellectuel de ses personnages. A propos des personnages principaux justement, le plus flagrant, et sans aucun le plus avilissant de ce Pattaya, est que son réalisateur-scénariste semble à présent trop déconnecté de l’univers urbain qu’il caricature pour le faire sans tomber dans une représentation aussi désuète que méprisante. Et pourtant, c’est à ceux là même qui sont réduits à leur illettrisme et leur vulgarité qu’est destiné cette comédie. En cela, Pattaya s’inscrit dans cet esprit communautariste qui avilie le cinéma français contemporain et semble rendre légitime les discours les plus haineux d’un coté comme de l’autre du spectre idéologique.

Désireux de pousser jusqu’au bout l’esprit trash de sa satire de la jeunesse des banlieues, en mettant de côté le second degré de son premier film, Franck Gastambide fait preuve d’une telle fainéantise dans l’élaboration de son projet qu’il est légitime de se demander s’il n’a pas financer son film de potes uniquement pour aller profiter du soleil de Thaïlande.

Pattaya : Bande-annonce

Pattaya : Fiche technique

Réalisateur : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Stéphane Kazandjian
Interprétation : Franck Gastambide (Franky), Malik Bentalha (Krimo), Anouar Toubali (Karim), Ramzy Bedia (Reaz), Gad Elmaleh (Le Marocain)…
Musique : Kore, Eric Neveux
Photographie : Renaud Chassaing
Montage : Laure Gardette
Producteurs : Eric et Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Cinéma, Gaumont, D8 Films
Distribution: Gaumont Distribution
Durée : 97 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 24 Février 2016
France – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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