Accueil Blog Page 802

Nos pires Voisins, de Nicholas Stoller : Critique du film

Nos pires voisins : Un duel au niveau du caniveau

Synopsis : À première vue, les jeunes parents que sont Mac et Kelly Radner vivent le parfait rêve américain, avec leur adorable petite Stella et une maison fraîchement (et difficilement) acquise dans un charmant quartier résidentiel. Ce qui n’empêche pas les jeunes trentenaires de se considérer toujours aussi hype et cool. Quand ils découvrent que leurs nouveaux voisins ne sont autres que les membres fervents et débridés d’une confrérie étudiante, menés par le charismatique Teddy, ils essaient d’abord de s’assurer leur sympathie et leur respect, en tirant le meilleur de cette situation quelque peu inconfortable. Mais la fiesta et les frasques incessantes des étudiants poussent le couple à se montrer plus virulent pour protéger leur territoire et leur tranquillité, et ce qui n’était que des enfantillages dégénèrent rapidement en un conflit épique de générations. 

Mac (Seth Rogen) et Kelly Radner (Rose Byrne) sont un couple de trentenaire, dont la vie vient d’être chambouler avec la naissance de leur fille Stella. Ils viennent d’acquérir une maison dans une banlieue tranquille, jusqu’à ce qu’une confrérie étudiante s’installe juste à côté de chez eux. Teddy Sanders (Zac Efron) en est le président et Pete (Dave Franco), le vice-président. Le premier rêve de marquer l’histoire de la confrérie et de voir sa photo trôner au Hall of Fame. Mac et Kelly vont dans un premier temps, sympathiser avec les jeunes étudiants, avant que leurs fêtes incessantes, deviennent une source de conflit. La guerre entre ces deux générations est déclarée.

Nos pires voisins est une comédie inégale, qui marche sur de vrais moments de folies, mais manque d’un scénario moins basique, de seconds rôles intéressants et d’une réalisation efficace. Seth Rogen joue son rôle habituel, de gros rigolo trop cool. Mais avec une différence qui a son importance, il est marié et père de famille. Sa femme est Rose Byrne, aussi cool que lui. Deux adolescents, qui se retrouvent coincé entre leur passé de fêtards et ce présent de parents responsables. Cette transition difficile, sert de ressort à l’histoire. Elle est accentuée avec l’arrivée de jeunes étudiants, qui leur permet, pour un temps, de rester jeunes, en apparence.

Le conflit des générations avec le duel Seth Rogen/Zac Efron, est mal exploité. Le premier fait son show habituel, pas de surprise et pour ceux qui l’apprécient, ça passe. Le second fait sa tête de con, du début à la fin. A aucun moment, il n’est ambigu, c’est un con et il restera un con, trop simpliste.

Dès le début, on ne peut que prendre parti pour Seth Rogen et Rose Byrne. Les «vieux» sont sympas, les jeunes sont de sales cons arrogants et irrespectueux, point. Pour légèrement contrebalancer ce fait, les Radner ont comme amis, un couple divorcé stupide, Ike Barinholtz et Carla Gallo. Deux acteurs (trices), très énervants et sans subtilités. L’inverse existe aussi chez les étudiants avec le vice-président Dave Franco, aussi prétentieux que Zac Efron, avant de se montrer plus «adulte», dans les études et son avenir.

Cette tentative d’équilibre, démontre surtout que le réalisateur Nicholas Stoller, ne sait pas trop sur quel pied danser. Car au lieu, de faire évoluer ses personnages, il se contente de leur donner des acolytes, ne permettant pas de vraiment prendre parti dans cette rivalité. Ce qui ne marche pas. A ne pas vouloir jouer à fond, la carte gentille face aux méchants. Nicholas Stoller n’exploite pas ses seconds rôles, comme Christopher Mintz-Plasse, qui se contente d’avoir juste une grosse bite (pardon), ou Dave Franco qui a la capacité d’entrer en érection à tout moment (oui, ça ne vole pas très haut, vraiment pas).

Malgré tout, la puissance comique de certaines scènes, sauvent l’ensemble. Celle des airbags est énorme, elle frappe au moment où on ne s’y attend pas, et elle se révèle très efficace. Tout comme le dialogue qui s’instaure entre Seth Rogen et Rose Byrne, au moment de devoir lui tirer le lait… Celle des sosies des Robert de Niro, de même et d’autres encore. Le film fonctionne par scènes et non dans sa narration.

On peut aussi être étonné de l’absence d’autres voisins révoltés par la présence de la bruyante confrérie. Leur cas est réglé en une scène, vite fait, mal fait. L’absence d’un scénario cohérent de la part d’Andrew J. Cohen et Brendan O’Brien, plus connus comme des producteurs : 40 ans, toujours puceau, Ricky Bobby, roi du circuit et Funny People. C’est l’école Judd Apatow. Ils manquent d’expérience et cela se ressent dans ce bordel pas vraiment organisé, où ils se font plaisir en tapant sous la ceinture, sans grande subtilité.

C’est divertissant, parfois ennuyant et décousu. Mais par la grâce de moments vraiment drôles, on en sort content, même s’il ne restera pas dans les annales. De l’humour facile, qui manque de saveur.

Fiche technique : Nos pires voisins

Titre original: Neighbors
USA – 2014
Réalisation : Nicholas Stoller
Scénario : Andrew J. Cohen et Brendan O’Brien
Distribution : Seth Rogen, Zac Efron, Rose Byrne, Dave Franco, Christopher Mintz-Plasse, Lisa Kudrow, Craig Roberts, Carla Gallo, Ike Barinholtz
Photographie : Brandon Trost
Montage : Zene Barker
Musique : Michael Andrews
Production : Evan Goldberg, Seth Rogen et James Weaver
Sociétés de production : Good Universe et Point Grey ¨Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Genre : comédie
Durée : 96 minutes
Date de sortie : 6 août 2014

Auteur : Laurent Wu

 

 

Need for Speed, de Scott Waugh : Critique film

Critique de Need For Speed

Synopsis : Suite à la mort de son père, Tobey Marshall doit gérer son garage automobile avec l’aide de Pete, Monarch, Finn et Benny, dans lequel il finira la construction de la Ford Shelby GT 500 pour Dino. Lors d’une course avec Pete et Dino, ce dernier tue Pete, mais niera avoir été présent lors du drame, ce qui entraînera l’emprisonnement de Tobey. Deux ans plus tard, Tobey sort de prison et est prêt à tout pour prouver la culpabilité de Dino et gagner la De Leon, une course de voiture illégale, en mémoire de Pete…

Vroum, Vroum!

Need For Adrénaline 

Comme l’indique son titre, Need For Speed traite du besoin pathologique qu’ont certains de rouler très (trop ?) vite, ce besoin de se faire des shoots réguliers d’adrénaline au volant, de rouler au mépris des règles communes de circulation, au mépris de ceux qui ont le malheur de se trouver sur leur route. En ce sens, Need For Speed peut trouver plusieurs niveaux de lectures, qui varieront en fonction de l’addiction du spectateur lui-même à la vitesse. Certains y retrouveront les rodéos urbains qui sévissent encore aujourd’hui dans certaines villes, on pourra même penser au phénomène des go-fast, ces acheminements de drogue à grande vitesse, dans de puissantes voitures à travers toute l’Europe. D’autres seront consternés par un si haut niveau de bêtise…

Un film sans cervelle 

On pourra tenter de « philosopher » autour de Need for Speed, en y voyant un film de gladiateurs routiers, qui font de la route leur arène, de jeunes rebelles qui remettent en cause l’ordre établi en refusant de respecter les règles élémentaires de sécurité routière quitte à, ultime défi, mettre en jeu la vie des autres conducteurs. Sauf que, jouer les rebelles sans avoir un minimum de pensée, d’idéal vers lequel tendre, de références idéologiques bref : être rebelle pour être rebelle, ça s’appelle être un petit con. Ce film est rempli d’abrutis qui prennent leur pied avec de jolies filles en petites tenues, de grosses voitures très chères, qui se moquent éperdument de provoquer des accidents graves, se foutent ouvertement des forces de l’ordre, qui éclatent de rire quand ils font voler le caddie d’un SDF et considèrent les autres usagers de la route comme autant d’obstacles sur leur route et qui leur permettront de tester leur adresse derrière un volant.

Des poursuites qui bégaient 

Alors on aurait pu espérer que, comme dans Bullitt, dont on voit quelques images d’entrée, Need For Speed nous contenterait au moins avec des images de course jouissives. C’est certain, ça va vite et pour une fois cette vitesse n’est pas exagérée avec des mouvements de caméra qui trompent le spectateur. Sauf que c’est tout, rien d’autre à se mettre sous la canine vorace, à par un pauvre vol plané filmé au ralenti, mais pourquoi donc ?! La mise en scène n’est en fait pas à la hauteur, les voitures sont certes magnifiques, mais pas mises en valeur par un Scott Waugh qui n’a pas décidé de se lâcher derrière sa caméra. On a donc une succession de courses interchangeables, pas désagréables mais excessivement répétitives et finalement, il n’y a guère que le bruit des moteurs (merci aux preneurs de son), qui permette de vraiment s’impliquer.

Mais des acteurs qui assurent 

Finalement, les acteurs arrivent peut-être à sauver le tout du naufrage, Imogen Poots (Beautiful Ruins) en tête, blondinette bourrée de charme et ressemblant étrangement à Rosanna Arquette. Aaron Paul (Exodus) semble à l’aise dans son rôle, traînant une sorte de flegme désabusé et face à lui l’excellent Dominic Cooper (Fleming, The Man Who Would Be Bond) confirme un réel talent, cette fois dans un rôle d’infâme salopard arrogant. Quant au légendaire Michael Keaton, presque en roue libre ici, il reste pourtant sous-exploité, coincé derrière un bureau il n’exprime qui infime partie de son immense talent et c’est navrant. On attendait aussi une bande-originale à la hauteur de celles de la série de jeux vidéos, du Linkin Park à gogo (qui vient d’ailleurs de sortir un album!) enfin, une bande-originale musclée et à la hauteur du vrombissement des moteurs. Mais rien de tout ça, la musique de Nathan Furst (tâcheron musical du cinéma hollywoodien) est oubliée avant même d’avoir été écoutée et ne colle pas du tout à l’univers du film, elle parviendrait presque à le plomber un peu plus.

Un film contesté 

On peut comprendre que Need For Speed est un film qui fait débat, qui est contesté par la Ligue Contre La Violence Routière, car il fait l’apologie de la vitesse sur des routes ouvertes, première cause de mortalité sur les routes. Mais avec un peu de recul, on se rend compte que ceux qui sont influencés par ce film, manquent en fait d’éducation routière et sont déjà probablement des fous du volant, bien avant de voir NFS. Ceci dit, le film en lui-même n’est pas une immense réussite et défile aussi lentement que les voitures y vont vite. Son idéologie serait donc beaucoup plus digeste, si on avait devant les yeux un grand film qui ne se contente pas de parier sur notre admiration pour les grosses et belles voitures.

Fiche technique – Need For Speed

U.S.A. – 2014
Réalisateur : Scott Waugh
Scénario : George Gatins, John Gatins et George Nolfi
Casting : Aaron Paul (Tobey Marshall), Dominic Cooper (Dino Brewster), Imogen Poots (Julia Bonet), Ramon Rodriguez (Joe Peck), Michael Keaton (Monarch), Dakota Jackson (Anita Coleman)
Décors : John Hutman
Musique : Nathan Furst
Photographie : Shane Hurlbut
Production : John Gatins, Patrick O’Brien et Mark Sourian
Sociétés de production : Electronic Arts et DreamWorks SKG
Durée : 2h05
Genre : Action

Auteur de l’article Freddy M.

 

Baby Balloon, de Stefan Liberski : Critique du film

Baby BalloonTeenage movie, rock mais pas assez…

Bici est une jeune femme ronde et pleine de talents qui chante dans un groupe de rock. Elle dissimule son mal-être derrière un tempérament de feu et une présence scénique indéniable. Secrètement amoureuse de Vince, le guitariste de la bande et son ami d’enfance, elle jubile lorsqu’un moment intime naît enfin entre eux. Une erreur selon Vince qui fréquente bientôt Anita, une jolie fille revenue du Pérou où elle était bénévole pour une association humanitaire. Tour à tour perdue, découragée, en colère ou combative, Bici essaie d’abord d’éloigner l’importune avant de réaliser que celle-ci n’est pas la véritable cause de ses tourments…

L’obésité en filigrane

Ambre Grouwels, dans le rôle de Bici, parvient à incarner la fille extravagante, coincée dans ce corps en surpoids et montrée du doigt par tous. Elle réussit à s’accepter dans son univers musical et grâce à ses performances remarquables sur la scène. Mais que ce soit par les remarques constantes de sa mère ou le rire étouffé d’une simple vendeuse lors d’essayage de robes, les autres lui rappellent son poids et sa différence apparente.

Avec des plans intimistes, au plus près de son visage, la caméra suit sa manière de vivre et son parcours. Toujours habillée et maquillée de manière pop-colorée (évoquant Lady Gaga ou Beth Ditto), le spectateur entre facilement dans sa personnalité de feu. Mais elle ne sera jamais vue par les autres de la manière dont elle se voit, et le film tend à nous montrer qu’on peut s’accepter et réaliser ses rêves si on se sert de cette différence comme une force.

Contraste de ton et de fond

Dans cette Belgique industrielle, au paysage d’usines fumantes et de baraques en briques dégradées, on sent l’emprisonnement de Bici. Des plans répétitifs de ce fond grisâtre et morose marque un contraste évident avec son caractère volcanique. Ainsi, seule la musique pop rock sert d’exutoire pour ces jeunes à la recherche d’un autre horizon, moins brumeux.

Le film garde tout du long un ton ironique pour parler de malheurs bien réels. Malheureusement, les sujets plus sérieux, comme l’obésité, les disparités sociales, la mort du père de Bici sont évoqués sans être approfondis. Un malaise alors s’installe face aux demi-mots et aux moments de crises qui tournent vite à l’humour cynique.

Un scénario sans enjeux

Dès le début, on ressent que l’intrigue va se tendre. Un amour impossible, non partagé par Vince, mais qui persiste naïvement du côté de Bici. Quand arrive Anita, belle, mince et travaillant dans l’humanitaire, on comprend vite que malgré ses tentatives, Bici ne fera pas le poids aux yeux de Vince. Son seul objectif est alors de lui imposer ses sentiments, en tentant d’éliminer Anita de manière mesquine et tout aussi ridicule. Elle s’acharne dans ses chimères adolescentes et doit passer par des coups de folie pour se rendre finalement compte que c’est détachée du groupe, seule, qu’elle réalisera ses rêves de chanteuse.

Tout le film est ponctuée par des moments lourds ou rien de se passe. Ceci est lié à un scénario mal ficelé ; on en vient à et à ne plus comprendre Bici. Le spectateur se perd dans ses moments de déraisonnements et dans sa quête désespérée d’un amour ridicule. Ses choix sont insensés et poussés à l’extrême, comme cette tentative échouée de suicide. On se détache également d’elle, lorsque surgit son côté sombre guidé par sa jalousie, qui la pousse à la vengeance et au sadisme. A côté, la fin semble se démarquer de tous les événements précédents, dans une sorte de « happy end » improbable.

Des personnages faibles et exagérés

Malheureusement, les jeux d’acteurs tombent facilement dans l’exagération et enferment leurs personnages dans des clichés, entre le vieux producteur raté et lourd, la mère historique et étouffante, l’admirateur de Bici collant et aveugle, et le meilleur ami beau gosse mais immature. Ils gravitent autour de Bici, sans réels buts ou causes intéressants. Elle-même rentre facilement dans l’archétype de « la grosse » en étouffant ses sentiments dans la boulimie.

Une bande-annonce délaissée

Associé à cet univers pop rock et décalé, le groupe Bici & The Bitches, nous charme et nous guide entre les hauts et les bas de Bici. La bande originale est prenante, créée spécialement pour le film, en s’inspirant de groupe des années 80 (B-52’s – The Lobster). Merveilleusement interprétée par les acteurs eux-mêmes : César Domboy à la guitare, Allan Hoffmann à la basse, Valentin Vesmeire à la batterie et  Ambre Grouwels, chanteuse avant d’être actrice. Mais elle n’est pas assez omniprésente pour un film dont l’enjeu central aurait du être les premiers pas d’un groupe dans l’industrie musicale.

Alors que le sujet de l’obésité aurait pu devenir touchant, l’enjeu ne décolle qu’à la fin et l’histoire devient dans l’ensemble gonflante. La musique, qu’on croyait le thème principal reste un écho, un simple fil conducteur. Mais l’enjeu dramatique reste focalisé sur la romance naïve et impossible de Bici, et sa carrière musicale n’est mise au premier plan qu’à la fin. Dommage !

Fiche Technique – Baby Balloon 

Réalisation: Stefan Liberski
Scénario : Stefan Liberski, Dominique Laroche, Marc Vermeesch
Genre : Comédie romantique, Drame
Pays d’origine : Belgique
Durée : 1h28
Sortie : 30 juillet 2014
Interprètes: Ambre Grouwels (Bici), César Domboy (Vince), Pauline Parigot (Anita), Allan Hoffmann (Giant), Valentin Vesmeire (Luc), Philippe Rebbot (Mitch), Isabelle De Hertogh (Felicie)
Production : Jacques-henri, Olivier Bronckart
Montage : Damien Keyeux
Son : Allan Hoffman, César Domboy, Stefan Liberski
Photo : Claire Mathon
Distributeur : Pyramide

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Ping Pong Summer, de Michael Tully : Critique du film

Critique Ping Pong Summer

Synopsis : Été 1985. Radford Miracle et sa famille posent leurs valises à Ocean City, Maryland pour les grandes vacances. Jeune adolescent solitaire mais sympathique, Rad est obsédé par le ping-pong, le hip-hop… et Stacy Summers, la fille populaire sur laquelle il a flashé dès son arrivée. Sportif médiocre, piètre danseur et a priori peu dragueur, cet été sera pourtant le sien : celui ou il va gagner son surnom de Radical Miracle.

Fan des années 80

C’est le projet de toute une vie que Michael Tully porte enfin à l’écran. Un film qu’il a lui-même écrit, et qu’il porte en lui depuis vingt ans, à la fois autobiographie, déclaration d’amour aux années quatre-vingt mais aussi parodie des films et de l’ambiance qui régnait à l’époque. En suivant les aventures de Rad Miracle, c’est un peu la jeunesse de Tully, mais aussi celle de tous les personnages cultes des films d’adolescents des années 80 que l’on revit.

Esthétique eighties

Tout le film peut se vivre comme un hommage à cette période où jeunesse rimait encore avec insouciance, et où la vie d’un adolescent durait parfois le temps d’un été, avec ses moments de joie et ses drames, ses amourettes qui durent toujours et ses amitiés que l’on n’oubliera jamais. Entre la comédie loufoque tendance Little Miss Sunshine et le film d’initiation façon Karaté Kid, Ping Pong Summer passe ses influences à la moulinette pour en ressortir un produit unique, délicieusement et délibérément kitsch, une comédie de l’été fraîche et parfois franchement absurde.

Du cinéma des années quatre-vingt, Tully garde la réalisation un peu vieillotte. Cela peut surprendre, gêner même parfois, d’autant que la mise en scène manque parfois cruellement de punch. Reprendre le principe du film tourné à l’époque, pourquoi pas. Dans les costumes, dans les coupes de cheveux d’un autre âge, tout déborde de nostalgie. Mais encore aurait-il fallu adapter ces codes, les mettre à jour, en tirer la substantifique moelle, pour reprendre l’expression consacrée. Ici, on se retrouve face à un produit un peu bancal, tiré en arrière par cette caméra qu’on croirait prisonnière d’un autre âge.

La vie, la vraie, sauce 80

C’est un peu le point noir du film, ce qui est d’autant plus dommage que le reste est plutôt réussi. Au delà de cette esthétique complètement loufoque, le scénario et le casting sont une réussite totale. On est dans le classique pur, presque caricatural, et dans le cliché assumé. Entre le gentil héros, son nouveau meilleur pote, son amour d’été et son grand rival, toute la troupe est réunie pour revivre une aventure comme on n’en vit plus depuis… 1989 en fait. Parmi les personnages adultes, mention spéciale à l’excellente Léa Thompson, revenue de Retour vers le futur avec (pour le coup) trente ans de plus, et Susan Sarandon, en guest star hilarante. À ce titre, petit bémol envers l’affiche française du film : cette dernière, bien que jouant un rôle important, n’est absolument pas au centre du film.

Malgré une réalisation un peu molle, Ping Pong Summer est le parfait film estival, empreint de nostalgie du passé et bel hommage rendu à la culture de l’époque. Loufoque, drôle et tendre à la fois, le film de Michael Tully se déguste comme un sorbet bien frais.

Fiche technique – Ping Pong Summer

Américain – 2014
Genre : Comédie
Réalisation : Michael Tully
Scénario : Michael Tully
Distribution : Marcello Conte (Rad Miracle), Léa Thompson (Mme Miracle), John Hannah (Mr Miracle), Helena Seabrook (Michelle Miracle), Susan Sarandon (Randi Jammer), Emmi Shockley (Stacey Summers), Myles Massey (Teddy Fryy), Joseph McCaughty (Lyle Ace)
Directeur de la photo : Wyatt Garfield
Compositeur : Michael Montes
Monteur : Marc Vives
Producteur : Brooke Bernard, Ryan Zacarias, Jeffrey Allard, Michael Gottwald, Lori Krein, Billy Peterson, George Rush
Production : Normadic Independence Pictures, Compass Entertainment, Epic Match Media,, Indie Entertainment, Pin Pong Summer LLC
Distributeur : Potemkine Films

Auteur de la critique : Mikaël Yung

Power : Saison 1- Critique de la série

Power, une série sexe, drogue et péripatéticiennes

Synopsis : Propriétaire d’un night-club new-yorkais très populaire, James « Ghost » St. Patrick entend développer son empire. Seulement sa double-vie à la tête d’un des réseaux de drogue les plus importants de la ville pourrait devenir un handicap. Vouloir mettre un terme à sa carrière de criminel risque de mettre en danger son mariage, sa famille et ses affaires. 

James St. Patrick dit « Ghost » (Omari Hardwick) est à la tête d’un réseau de drogue avec son complice de toujours, Tommy Egan (Joseph Sikora). Mais le temps est venu de quitter la rue, en ouvrant un night-club, qui lui servira à blanchir son argent et devenir un honnête citoyen, riche et puissant. Mais on ne quitte pas la rue si facilement, ni on enterre son passé sous les liasses de billets verts qui s’entassent dans son coffre. Encore plus, quand l’amour de son enfance, Angela Valdes (Lela Loren) refait surface dans sa vie, mettant son mariage avec Tasha St. Patrick (Naturi Naughton) en péril. Tout comme une mystérieuse tueuse, qui se met à éliminer les membres de son réseau. Son empire vacille, son cœur aussi. Il va devoir faire face à ses ennemis, tout en gérant son night-club.

La chaîne Starz est capable du pire : Spartacus & Black Sails, comme du meilleur : Boss & Party Down. Power se situe plutôt du mauvais côté, tout en essayant de pencher du bon côté. Une série pleine de paradoxes, mais qui peut se résumer facilement, en un long clip hip-hop, qui ravira les amateurs de bling-bling.

Curtis Jackson dit « 50 cent », produit cette série, qui est à l’image de son rap et de ses clips, de la forme, sans fond. Pourtant, il s’est associé avec Courtney Kemp Agboh, qui est aussi le showrunner. On lui doit : The Bernie Mac Show & The Good Wife, mais aussi : The Beauty and The Beast & Hawaï 5-0. Comme la chaîne Starz, elle est capable du pire, comme du meilleur. L’association de la chaîne et de ces deux producteurs, sonnent comme une évidence. Ils ne pouvaient que se retrouver, tant leurs univers sont proches.

Après la diffusion du pilote, les médias US ont comparé la série aux Sopranos, c’est très exagéré. Omari Hardwick a beau être sympathique, mais il n’a ni la carrure, ni le charisme de James Gandolfini. Tout comme l’écriture et le casting, est très loin de l’exigence de ce classique de HBO.

Mais le personnage de James St. Patrick, fait penser à Stringer Bell. Bien sur, on est aussi très loin du talentueux Idris Elba et de l’excellence de The Wire. C’est dans le parcours de celui-ci, que les deux personnages se rejoignent. James St. Patrick réussissant, ce que Stringer Bell voulait faire. Quitter la rue et son rôle de caïd, pour celui de riche propriétaire, se mêlant aux puissants politiciens et magnats de sa ville. On peut considérer James St. Patrick, comme le fils de Stringer Bell, celui qui a su réussir, là ou son père a échoué.

Sauf que la série n’a pas l’exigence de son aînée. Les différents personnages, comme les trames sont très simples. On est pas là pour réfléchir, mais pour admirer les courbes somptueuses de Naturi Naughton, Lela Loren et Lucy Walters, qui se dénudent à chaque épisode et pas qu’une fois. On pourra d’ailleurs noter, qu’elles sont exhibitionnistes, tout comme leurs partenaires Omari Hardwick et Joseph Sikora, puisqu’ils passent leurs temps à s’envoyer en l’air, en plein jour, avec les volets et rideaux ouverts. Les voyeurs des bâtiments alentours, ont du se régaler. C’est peut-être un détail, mais cela arrive si souvent, que cela en devient agaçant. Certes, cela ravit l’œil, mais cela n’apporte rien aux intrigues, cela confirme la superficialité de l’ensemble, encore plus dans cet univers fait de luxure, de drogues et de péripatéticiennes.

En dehors de la prestation correcte d’Omari Hardwick, le reste du casting n’est pas très enthousiasmant. Joseph Sikora est une sorte d’Eminem croisé avec Macklemore, ce qui lui vaudra une vanne durant un épisode, sûrement le seul moment drôle de la série. Mais en dehors de cela, il est assez fade, bien loin de ses prestations dans Banshee et True Detective. Le manque de profondeur psychologique et la simplicité des dialogues, n’aident pas vraiment à rendre les personnages attachants.

Naturi Naughton ne vaut que pour sa plastique, qu’elle montrait déjà en long et en large dans le biopic sur Notorious Big. Elle est totalement improbable en mère de famille, plus convaincante en allumeuse vénale. Lela Loren, est un peu plus intéressante. Certes, elle use aussi de sa plastique, mais offre un peu plus d’émotions que sa rivale. Après, ce n’était pas trop difficile, vu que la première ne montre rien (sauf ses courbes, je le rappelle). Lucy Walters est au niveau de Naturi Naughton, pas besoin d’en dire plus. Un trio sexy mais qui tourne à vide. Curtis Jackson ne sait pas oublier. Il a un petit rôle, mais qui a son importance. Le générique en noir et blanc, mélange luxe et violence, sur un de ses sons.

Au final, Power a le mérite de ne pas se prendre pour ce qu’il n’est pas, et d’être une simple série divertissante. La réalisation est impeccable et le final, même s’il a ses défauts, donne envie de voir la seconde saison. En cette période estivale bien calme, elle se démarque. Pas pour ses qualités, mais pour sa simplicité, aussi rafraîchissante, qu’un pepsi frais sous un parasol, sur la plage, les doigts de pied en éventail et l’esprit vide.

Fiche technique : Power

USA – 2014
Showrunner et créatrice : Courtney Kemp Agboh
Réalisateurs : Anthony M. Hemingway, George Tillman Jr, John David Coles et Kari Skogland
Scénaristes : Courtney Kemp Agboh, Lauren Schmidt, Randy Huggins, Raphael Jackson Jr et Damione Macedon
Distribution : Omari Hardwick, Lela Loren, Naturi Naughton, Joseph Sikora, Curtis Jackson, Lucy Walters, Adam Huss, Andy Bean, Luis Antonio Ramos, Sinqua Walls, Vinicus Machado, Leslie Lopez, Greg Serano
Producteurs : Curtis Jackson, Courtney Kemp Agboh, Dadid Knoller, Mark Canton et Randall Emmett
Production : CBS Television
Chaîne de diffusion : Starz
Saison 1 – 8 épisodes de 58 minutes

Auteur : Laurent Wu

Hasta Mañana : Critique du film

Critique Hasta Mañana

Synopsis : Orphelin depuis son jeune âge, Léo grandit au foyer des Cigales. Fragile, il s’est réfugié dans l’écriture et rêve d’être lu par son idole de toujours, le réalisateur Claude Lelouch. Il passe ses journées avec Nino, jeune adolescent de 12 ans qui réside lui aussi au foyer. Ils sont inséparables, comme deux frères. Mais un jour Nino disparaît avec la nouvelle que Léo vient de terminer. Il n’a laissé qu’un mot expliquant les raisons de sa fugue : trouver Claude Lelouch et lui apporter l’histoire… Au fil de son périple, Nino envoie des lettres à Léo, lui contant l’évolution de son aventure. Mais Léo commence à se douter que les raisons de la fugue de son ami, sont d’une autre nature…

Le cinéma n’est pas une question d’argent

Olivier Vidal et Sebastien Maggiani sont deux réalisateurs résidant à Montpellier, le dernier venant tout juste d’obtenir son bac. Cependant, il débute le cinéma à 13 ans pour son premier court métrage sur la maladie de Cutis laxa, une maladie de vieillissement de la peau précoce. Faisant déjà preuve d’une maturité incroyable, il continue sur sa lancée et commence à coréaliser des films avec Olivier Vidal, un réalisateur tout aussi talentueux qui a commencé en 2002 avec Au loin…l’horizon, avec le regretté Mouss Diouf. En 2012, commence le projet Hasta Manana, produit par SoFilms Indépendants, en partie sous forme de kickstarting (financement libre), et s’offrant de surprenants guests.

Dans ce premier long métrage, les réalisateurs nous proposent une histoire dans un foyer pour enfants. L’un d’entre eux Léo, un véritable cinéphile, écrit chaque jour une nouvelle. Il possède notamment des posters de nombreux films de Claude Lelouch, son idole, comme Les uns et les autres et Le voyou mais aussi des posters de 2001 de Kubrick, Léon de Besson ou encore Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. Son ami, Nino, avec lequel il est inséparable, s’éprend de liberté et décide d’apporter sa nouvelle à Claude Lelouch.

Ce premier film agit comme une véritable révélation, que ce soit pour les auteurs comme pour les acteurs. La mise en scène est d’une grande maturité et permet une immersion totale dans ce groupe d’adolescents aussi fragiles que courageux. Même si cette réalisation souffre de certains aspects répétitifs avec un style caméra à l’épaule mal exploité, on ne boudera pas notre plaisir. Ainsi, nous ne pouvons que féliciter ces jeunes réalisateurs talentueux, qui vont évidemment émerger et à qui nous souhaitons le meilleur.

La distribution est d’ailleurs très prometteuse pour les jeunes adolescents, surtout les matures et professionnels Amir Ben Abdelmoumen et Antoine Gautron, jouant respectivement Nino et Léo, les deux amis inséparables. Nous avons aussi des révélations, comme Delphine Depardieu (la nièce de Gérard) et Alysson Paradis, la sœur de Vanessa Paradis, ainsi que des guests apparaissant lors de caméos bien conçus, tels que Jean Pierre Castaldi en aveugle (très drôle), et Claude Lelouch.

Nous avons également ici un scénario très émouvant où nous nous identifions de manière immédiate. L’histoire des personnages est sincère et touchante, tout autant que le film en général. L’émotion se construit de manière très fluide, dans un récit bien construit. Nous pouvons enfin croire à nouveau au cinéma français, car ce film apporte la fraîcheur dont nous avons tous besoin. Cet aspect à la fois primeur et candide apporte la justesse qu’il faut quand cela semble nécessaire. Grâce à cela, le film touche énormément.

J’ai eu la chance de pouvoir connaître les deux réalisateurs, d’espérer prochainement m’inscrire à la SoFilms Team et de voir le film à leur côté. Ces derniers m’ont raconté les secrets du tournage, la formation du budget et la genèse du projet. De plus, nous avons réussi à convaincre certains passants d’aller voir le film et cela à payer. Les réalisateurs étaient très heureux et moi de même ! Une des mes meilleures expériences cinéma…

Les deux réalisateurs ont réussi à superbement retranscrire des thèmes poussés et travaillés. Nous pouvons reconnaître ainsi le thème de l’amitié, cher aux réalisateurs, l’amitié qui fait grandir, (nous le voyons de belles manière grâce à l’inséparabilité des deux amis quasi fraternels et interdépendants) mais aussi la liberté, d’expression, de mouvement, appréhendées comme essentiel. Et bien évidemment, nous avons l’enfance, surtout l’enfance difficile. Sublimés par l’interprétation des acteurs, cette expérience cinématographique est forte. Le spectateur a droit à une très belle réflexion sur l’enfance, qui peut être la sienne ; nous devons être libres et forts. De ce message parfaitement retranscrit à l’écran, découle toute la beauté du film.

Au final, Hasta Mañana révèle la toute nouvelle fraîcheur du cinéma français avec des acteurs talentueux, en devenir, et des réalisateurs tout aussi talentueux et émergents. Tout ce talent est mis à disposition pour un film sincère et touchant, au thème intelligent et à la réalisation certes parfois bancale, mais largement perfectible. Donc bravo à ce beau travail pour leur tout premier film, que nous vous recommandons vivement.

Fiche technique – Hasta Mañana :

France – 2013
Réalisation: Olivier Vidal, Sébastien Maggiani
Scénario: Olivier Vidal, Sébastien Maggiani
Interprétation: Amir Ben Abdelmoumen (Nino), Antoine Gautron (Léo), Samuel Bousbib (Rodolphe), Mehdi Nebbou (David), Delphine Depardieu (la psychologue), Jean-Christophe Bouvet (le directeur), Xavier Inbona (Tom), Hassane Gassama (Mehdi), Juliette Battancourt (Laura), Grégoire Duez (Quentin)…
Date de sortie: 30 juillet 2014
Durée: 1h22
Genre: Comédie dramatique
Image: Fabrice Richard
Décor: Sébastien Inizan
Costume: Janie Loriault
Son: Stéphane Gessat
Montage: Dominique Petrot
Musique: Sébastien Cortella, Benjamin Raffaelli
Producteur: Alain Depardieu
Production: Adhésive Production
Distributeur: Zelig Films Distribution
Auteur de la critique : Louis Verdoux

Vikings : Saisons 1-2 – Critique Série

Vikings : une série âpre, violente, spectaculaire et purement jouissive

Synopsis: Scandinavie, fin du 8ème siècle. Ragnar Lothbrock, un guerrier viking, est avide de nouvelles conquêtes. Il se met en tête d’explorer l’Ouest par la mer et devient l’instigateur des premiers raids vikings sur les royaumes chrétiens, changeant le destin des deux peuples à jamais. Entre les conflits internes et les conquêtes, Ragnar triomphe de ses ennemis et gagne en notoriété. 

Voyage en terres du nord

Ragnar Lothbrock est un chef de clan. Contre l’avis de celui à qui il doit allégeance, il décide de piller les terres mythiques de l’ouest, à l’existence incertaine, où il y aurait dit-on plein de trésors, sauf que personne n’a encore pu y aller. A l’origine de cette folle ambition, une méthode de navigation révolutionnaire. Avec le soutien de son frère Rollo, il parvient à rallier suffisamment de monde pour mettre les voiles, et sa mission s’avère un succès. Ils reviennent avec de nombreuses richesses, la promesse de vastes terres peu défendues, et des esclaves capturés chez des moines. Parmi eux, Athelstan, que Ragnar choisit comme esclave pour sa demeure. Athelstan découvre avec un mélange d’admiration et d’effroi cet autre monde. Il faut dire qu’entre le moine chrétien et les vikings, c’est un vrai choc des cultures. Le moine doute de sa foi mais sans totalement adhérer à celle des hommes du nord, tandis que Ragnar se montre intéressé par la sienne. Le personnage ouvre ainsi une réflexion sur la religion, de l’intérêt de dépasser les limites de ses propres croyances pour s’ouvrir à d’autres horizons.

Mais la soudaine popularité de Ragnar et ses agissements lui attirent la jalousie et l’inquiétude des hommes plus puissants. Une jalousie qui se retrouve même parmi les siens, comme Rollo qui supporte mal de voir son jeune frère lui voler la gloire. Et tandis que Ragnar doit gérer des conflits internes, les rois d’Angleterre commencent à organiser la défense contre ces barbares païens.

Valhalla Knights

Précisons que réaliser un film ou une série sur les vikings est une tâche rendue difficile par le peu d’informations disponibles sur ce peuple qui pourtant fascine. Ces informations proviennent majoritairement des chrétiens qui en ont répandu une image de barbares sanguinaires ne craignant pas la peur, déferlant sur leurs côtes pour tout ravager. On découvre dans la série l’organisation de ce peuple, les jugements publics, les affaires de meurtres, les règles du pouvoir. Et pour ceux que ça rebute, point de débauche de sexe ou de violence ici comme la plupart des séries historiques, qui ont parfois tendance à en abuser un peu.

Oui les vikings ont des mœurs qui peuvent choquer, mais il faut prendre en compte qu’il s’agit d’une autre culture, et que cela n’en fait pas des monstres pour autant comme on peut le découvrir. Sans avoir les mœurs débridés des romains, les vikings forment des couples solides mais peuvent à l’occasion admettre d’autres partenaires. Ragnar est un bon père de famille, et il peut compter sur l’amitié d’autres personnes. Pourtant, comme ses frères d’arme, il tue sans pitié les habitants des terres qu’il pille, y compris des hommes ou des femmes sans défense, et peut se montrer à l’occasion d’une effroyable cruauté. Une ambiguïté qui concourt à rendre le personnage très charismatique. Mais il n’est pas le seul. Floki, l’adorateur des dieux, guerrier et charpentier à la fois, et à la folie délicieusement attachante. Et surtout Lagherta, femme guerrière diablement classe et sexy, qui séduira plus d’un mâle.

Vikings est une série qui donne une furieuse envie de voyager vers les contrées nordiques, ces falaises et ces eaux entourées de brume. L’image est soignée, et n’hésite pas à ajouter une légère touche de fantastique lors de l’évocation des mythes vikings, les morts qui sont appelés en direction du Valhala ou encore les monstres qui se réveillent lors du Ragnarok. Les cérémonies rituelles sont empreintes d’un fort mysticisme, à l’image des sacrifices, animaux mais aussi humain. Rites que l’on regarde, comme Athelstan, à la fois choqué et captivé. « Vikings » ce sont aussi les fameux drakkars qui fusent vers les terres avant de redresser leurs rames. Ce sont aussi des affrontements, plus stratégiques qu’on ne pourrait le penser, où les guerriers se retranchent derrière leurs boucliers face aux haches ennemies avant de profiter d’une ouverture et de laisser la place à toute leur fureur.

La saison 2 s’avère nettement de meilleure qualité que la première, qui si elle posait les bases, souffrait de quelques imperfections : une intrigue parfois décousue, des dénouements qui se font attendre, un traitement parfois trop soft et une culture qui, malgré les efforts mis en œuvre, peinait à vraiment fasciner, surtout en comparaison de Rome, la série référence, qui offrait d’avantage de détails. Dans la seconde saison donc, c’est comme si les créateurs avaient décidé de gommer tous les défauts et d’amplifier les points forts, offrant un spectacle épique et grandiose. Les combats ont gagné en intensité, la barbarie fusant de chaque camp, mais sans verser dans la boucherie gratuite. Les rites vikings apparaissent encore d’avantage empreints de mysticisme, accompagnée par des chants celtiques. Les paysages sont encore plus magnifiques, champs enveloppés de brumes ou fjords silencieux. Les personnages ont également gagné en intérêt : Rollo offre un nouveau visage, Athelstan est de plus en plus divisé, et le nouveau roi d’Angleterre qui affronte les vikings est bien plus captivant que le précédent. Cultivé et intelligent, il ouvre le dialogue avec Ragnar. Une alliance a pu se former, pour quel avenir ?

« Vikings » est devenue une série incontournable, et si la qualité se maintient, mais il n’y a pas de raisons que cela se passe autrement, la série sera promise à un beau succès. Et nul doute qu’elle a d’ores et déjà gagné sa place au Valhalla.

Fiche Technique – Vikings

Production: Pays d’origine : Canada, Irlande
Langue originale : anglais
Création : Michael Hirst
Réalisation : Ciaran Donnelly, Ken Girotti et Johan Renck
Scénario : Michael Hirst
Casting : Travis Fimmel : Ragnar Lothbrok, Clive Standen : Rollo Lothbrok, le frère de Ragnar,
Katheryn Winnick: Lagertha Lothbrok, la femme de Ragnar,
Jessalyn Gilsig : Siggy Haraldson, l’épouse du comte Haraldson
Gustaf Skarsgård : Floki, le constructeur de drakkar et ami de Ragnar
George Blagden : Athelstan, moine anglo-saxon capturé par Ragnar lors de son premier raid en Angleterre, Donal Logue : le roi Horik, Alexander Ludwig : Bjorn, le fils de Ragnar,
Alyssa Sutherland : la princesse Aslaug, Linus Roache : le roi Ecbert, Maude Hirst : Helga, l’épouse de Floki, Thorbjørn Harr : le jarl Borg, John Kavanagh : le voyant, Jefferson Hall : Torstein
Genre : Drame historique, action
Durée : 42 minutes
Production: Keith Thompson, Steve Wakefield; Bill Goddard (coproduction) ; Justin Pollard (associé)
Sociétés de production: Irish Film Board, Take 5 Productions et World 2000 Entertainment
Sociétés de distribution: Shaw Media (Canada), History (États-Unis), World 2000 Entertainment (Irlande)

•••Bonus: Voici un extrait de la Saison 3, le Viking Ragnar (Travis Fimmel que l’on retrouvera bientôt dans le film Warcraft) est de retour pour un 3eme acte en 2015 sur la chaîne américaine History…

Encore plus sombre, encore plus sanglant, découvrez le premier trailer, dévoilé lors du dernier Comic Con.

Ecoutez la B.O envoûtante…If I Had a Heart : générique d’ouverture de la série TV 2013 …

Auteur de la critique: William

 

Divergente – Critique du film

Critique de Divergente de Neil Burger

Synopsis : Béatrice est une jeune fille de 16 ans. Dans un Chicagopost-apocalyptique où la société est divisée en cinq factions, celle-ci doit choisir son camp entre les Sincères (les honnêtes), les Érudits (les intelligents), les Fraternels (les pacifistes), les Audacieux (les courageux) et les Altruistes (les désintéressés). Après avoir passé le test, il s’avère que, cas rarissime, celui-ci n’est pas concluant car elle présente des aptitudes envers trois des cinq factions (Érudits, Audacieux et Altruistes). Elle est Divergente et doit à tout prix le cacher. Native des Altruistes, elle choisit pourtant de rejoindre les Audacieux, une faction qui pourrait être dangereuse pour elle… 

 Le Gattaca du pauvre 

L’art de piller un héritage 

Divergente rime avec indigente, tant cette histoire d’anticipation qui mange sans vergogne à tous les râteliers du genre, semble avoir été calibrée pour permettre à des adolescents de jouer aux philosophes à peu de frais. Prenez une ville (américaine forcément…), installez-là dans un futur post-apocalyptique et reproduisez-y jusqu’à l’écœurement tous ce que vous avez vu ou entendu sur le sujet résultat : Divergente manque d’inspiration et accouche d’un amas indigeste de références qui ne respectent même pas les œuvres qu’il pille.

Bienvenue À Chicago 

Nous sommes donc à Chicago, dans un futur plus ou moins lointain, la ville est encerclée de murs de protection car au-delà, il y a des méchants. On ne saura jamais ce qu’ils sont, juste qu’ils sont méchants. En ville, la société est divisée en cinq castes basées sur des traits de caractères et sensées apporter un équilibre pacifique à la population. Chaque jeune arrive donc un jour à devoir choisir, lors d’une grande cérémonie, la caste dans laquelle il souhaite vivre, sans retour en arrière possible. Parmi eux il y a Béatrice, qui ne sait pas quel choix faire, car elle est divergente et possède donc un « don » pour plusieurs castes. Sauf que les divergents font peur à la caste des « intellos » qui y voient une menace à leur future prise de pouvoir.

Vamos a la plagiat ! 

Dans ce simple synopsis, on constate que ce film plagie déjà lâchement l’héritage d’illustres prédécesseurs. Passons très vite sur la cérémonie du choix, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la formation des quatre maisons dans Harry Potter, c’en est désolant. On se demande si le système des castes indiennes n’y a pas aussi mis son grain de sel, avec l’interdiction de s’aborder entre castes et l’impossibilité d’en changer. On y retrouve aussi Le Village de M. Night Shyamalan, avec cet extérieur à la ville qui se veut menaçant sans qu’on sache vraiment pourquoi, Shyamalan qui n’avait lui-même rien inventé. Mais finalement, c’est bien envers les plus illustres films du genre que Divergente est le moins respectueux, par son absence de profondeur, de réflexion sur l’avenir et par des facilités de narration qui parviennent même à faire sourire. On pense à Bienvenue À Gattaca, qui déjà traitait du déterminisme social, fondé sur des traits de caractères innés, dans une société dictatoriale.

Une histoire de grosses…ficelles 

C’est maladroit la plupart du temps, de cette maladresse adolescente qui serait presque amusante si elle n’était pas si souvent insultante. Ici, elle prend l’apparence de la caste des « audacieux », sensés être la police de la ville, mais qui sont en fait une bande de jeunes abrutis yamakazis, qui courent sans cesse en riant comme des imbéciles heureux et grimpent sur tout mobilier urbain qui se présente à eux. L’histoire d’amour est, elle, amenée à coups de pelle genre : Tris grimpe à une échelle, un barreau casse et son futur chéri n’a que le réflexe de lui mettre les mains aux fesses pour l’empêcher de tomber, c’est plein de finesse et de bon goût. Neil Burger enfile pendant 139 minutes des perles et des ficelles si grosses qu’elles auraient suffit à empêcher le Costa Concordia de sombrer.

Casting d’ados, par des ados, pour des ados 

Le casting est peut-être un peu moins mauvais, peut-être… Shailene Woodley est jolie comme un cœur mais, après un film comme The Spectacular Now, on espérait mieux de sa part et surtout de ne pas se laisser enfermer dans les films pour ados. Du casting de ce précédent film, on retrouve aussi Miles Teller, pas mal du tout en petit con de service, ce garçon se prépare une belle carrière s’il fait de meilleurs choix. Theo James est là pour jouer les beaux gosses et il faut admettre qu’il le fait bien. Mais par contre, Kate Winslet, qu’est-ce qu’elle fait là ?! Si elle est là d’ailleurs, tant elle semble ne rien avoir à faire de son rôle; qu’une actrice de cet acabit puisse cachetonner à ce point dépasse l’entendement, ou alors on lui aura fait croire que Sophia Coppola était à la réalisation ! Ajoutez une bande qui n’a d’originale que le nom, bourrée de morceaux pop d’ascenseur pour adolescents aux goûts musicaux dignes des toilettes de l’A7, un jour de départ en vacances et vous aurez le film de l’année à avoir le mieux ignoré son potentiel, comme Roxanne le fit avec Cyrano.

Les jeunes n’aiment rien en Burger ! 

Bref, ce film ne peut s’apprécier qu’en ayant jamais vu Dark City, Bienvenue À Gattaca, Zardoz ou encore Soleil Vert, films qui proposaient de profondes réflexions sur la dictature mondiale qui serait en marche, sur ceux qui seront nos nouveaux dieux et sur les déviances qui sont les nôtres aujourd’hui. Au lieu de ça, Neil Burger prend les jeunes d’aujourd’hui pour d’incultes imbéciles, qui ne pourraient apprécier un film sans une potentielle scène de sexe. Neil Burger se plante et démontre qu’il est probablement lui-même cet inculte à qui il pense s’adresser, puisque son seul Dieu est ce dollar qu’il espérait se mettre en poche avec les entrées en salle de son film.

Divergente – Fiche Technique

U.S.A. – 2014
Réalisation : Neil Burger
Scénario : Evan Daugherty et Vanessa Taylor
Casting : Shailene Woodley (Beatrice Prior/Tris), Theo James (Tobias Eaton/Quatre), Kate Winslet (Jeanine Matthews), Ashley Judd (Natalie Prior), Miles Teller (Peter), Jai Courtney (Eric)
Distributeur : Summit Entertainment
Date de sortie : 9 avril 2014
Durée : 2h19
Genre : Science-fiction
Décors : Patrick M. Sullivan Jr.
Costumes : Carlo Poggioli
Montage : Richard Francis-Bruce et Nancy Richardson
Musique : Junkie XL
Production : Lucy Fisher et Douglas Wick
Société de production : Red Wagon Entertainment

Auteur de la critique: Freddy M.

 

Détective Dee 2, de Tsui Hark : Critique du film

Critique Détective Dee 2 de Tsui Hark

Synopsis : L’impératrice Wu règne sur la dynastie Tang aux côtés de l’empereur Gaozong. Elle envoie sa flotte vers l’empire Baekje afin de soutenir cet allié de longue date, envahi par le belliqueux empire Buyeo. Mais, juste après leur départ, les navires sont attaqués par une mystérieuse et gigantesque créature surgie du fond des mers.

Le Sherlock Mandarin

Les fans de cinéma asiatique sont déjà familiers avec le réalisateur Tsui Hark, le créateur de la saga Il Était une fois en Chine, qui avait permis de populariser un certain Jet Li, bien avant son rôle marquant dans L’Arme fatale 4. Ses œuvres, habiles mélanges entre fresque historique et film d’art martiaux, sont instantanément reconnaissables grâce à son style unique. Un style qu’il a réussi à conserver malgré un succès de plus en plus grand en Occident. En 2010, Tsui Hark donnait vie au personnage de Détective Dee, un homme dont les talents de déductions ne sont pas sans rappeler un certain Sherlock Holmes. Quatre ans plus tard, il lui offre un suite aux allures de prequel.

La 3D, grand atout du film

Hark a choisi de passer à la 3D, ce qu’il avait déjà fait lors de son précédent long-métrage, La Légende des sabres volants. Il imprime ainsi à ce Détective Dee 2 une ampleur dépassant celle de son prédécesseur, déjà empreint de majesté. Ce qui ne s’avère trop souvent qu’un gadget (même dans Avatar) permet ici de donner vie à des décors époustouflants et fourmillants de détails, grâce à une profondeur de champ atteignant des sommets. Toute la grandeur de la Chine de la dynastie Tang, une période charnière pour l’Empire du Milieu, est ainsi magnifiquement rendue à l’écran.

Autre avantage du relief, les scènes de combat, dont les chorégraphies sont toujours aussi travaillées et virevoltantes. Dans un style popularisé en occident par Tigre et Dragon, d’Ang Lee, les affrontements défient la gravité, lors de scènes bondissantes plus esthétiques que violentes. Tsui Hark s’amuse beaucoup des possibilités de la 3D, et prend un malin plaisir à multiplier les projections d’armes vers l’écran. Sympathique, bien que dispensable.

La jeunesse de Dee

Le titre Détective Dee 2 peut induire en erreur : il ne s’agit pas tant d’une suite que d’un prequel. Andy Lau absent, Tsui Hark a dû changer son fusil d’épaule, et c’est donc Mark Chao qui reprend le rôle, incarnant un détective plus jeune et inexpérimenté, mais déjà observateur et bien plus spontané. Son duo avec le jeune apprenti médecin Shatuo est un clin d’oeil appuyé au duo Sherlock/Watson, que le réalisateur assume pleinement. Les amoureux du premier volet pourront être décontenancés par ce changement de casting, mais force est de constater que le résultat est plaisant.

Le scénario fait la part belle à un humour absurde et décalé, tout en s’attachant à dépeindre son époque dans une fresque grandiose, sans jamais accuser de longueurs. On revisite ici l’Histoire à travers la jeunesse de son protagoniste, et la galerie de personnages secondaires sympathiques donne un peu de profondeur au script.

Détective Dee 2 est un très bon divertissement complètement barré, irréaliste et jubilatoire, sublimé par une 3D qui lui donne une ampleur supérieure. Les fans de Tsui Hark apprécieront.

Fiche technique – Détective Dee 2

Titre: Détective Dee II : La Légende du Dragon des Mers

Hong-Kongais – 2013
Réalisateur : Tsui Hark
Scénario : Tsui Hark, Kuo-fu Chen, Chia-Lu Chang, Jialu Zhang
Distribution : Mark Chao (Dee), William Feng (Yuchi), Lin Gengxin (Shatuo), Angelababy (Yin), Carina Lau (l’impératrice)
Genre : Action, aventure
Directeur de la photo : Sung Fai Choi
Monteur : Baiyang Yu
Compositeur : Kenji Kawai
Producteur : Tsui Hark, Wang Zhonglei, Kuo-fu Chen, Nansu Chi
Production : Huayi Brothers
Distributeur : Jokers, Le Pacte

Auteur de la critique : Mikaël Yung

The face of love, de Arie Posin : Critique du film

Critique The face of love

Synopsis : Nikki est veuve depuis 5 ans. Un jour, elle tombe sur le double parfait de son mari défunt. Envahie par son trouble, elle décide de le séduire.

Les vertiges de l’amour

Peut-on retomber amoureux de la personne qu’on aime ? Deux personnes peuvent-elles être à la fois exactement la même, tout en étant totalement différentes ? Le film de Arie Posin pose ces questions à travers la romance entre Nikki, veuve depuis cinq ans, et Tom, le sosie de son défunt mari. Le thème du double au cinéma n’est pas nouveau, et il a donné quelques unes des plus belles œuvres du 7ème art. Si The Face of Love n’en fera pas partie, il reste un beau film d’amour, sensible et poétique.

La déchirure

Cela commence plutôt mal. Très mal pour Garett, le mari de Nikki, dont le corps est retrouvé par cette dernière, échoué sur la plage. Mal aussi pour le spectateur, tant cette introduction sonne forcée, presque creuse à force de clichés de mise en scène. L’opposition entre l’ombre et la lumière et les cadrages mettant en avant l’absence, le vide ressenti par la femme éplorée sonnent comme autant d’artifices qui empêchent de vraiment se projeter dans ce drame humain. La mise en scène de Posin se fera plus discrète par la suite, moins grossière et plus lumineuse, et c’est heureux.

L’apparition de Tom, joué par le même Ed Harris, dont la troublante présence est pour beaucoup dans la réussite de l’histoire, est un turning point plutôt maîtrisé. On se prend de curiosité pour cet homme, professeur d’art, dont on ne sait quoi penser, à l’image de l’héroïne du film, qui se verrait bien combler l’absence de l’être aimé par cette copie parfaite, un peu comme on souhaiterait compléter un puzzle par une pièce qui n’est pas tout à fait la bonne, mais presque. Nikki va alors tenter de forcer le destin, et les frontières entre les deux êtres, Tom et Garett, vont progressivement s’effacer, se mêler, se reformer alors que la raison du personnage semble vaciller. Annette Bening est impeccable dans ce rôle de femme obsédée, parfois à la limite de la déraison, mais toujours poignante et plein d’émotion.

Sueurs chaudes

Le scénario fait immanquablement penser à l’un des chefs d’œuvre de Hitchcock, l’excellent Sueurs froides, auquel le film fait un clin d’œil appuyé. Malheureusement, il ne termine pas les promesses entamées par cette première partie prometteuse. Le trouble disparaît trop vite, laissant place à une romance, certes fort jolie, mais somme toute trop classique. Cela manque de force, de tension, d’un retournement de situation, peut-être, qui referait sortir le film de l’ornière. Ce n’est pas le cas, et The Face of love restera un film sympathique, qui aurait pu être un petit bijou, mais pêche par manque de cran.

Une belle romance, sublimée par un duo d’acteurs au sommet, mais qui laisse un goût d’inachevé en bouche lorsque l’on pense à ce qu’il aurait pu être.

Fiche technique – The Face of love

Américain – 2013
Réalisateur : Arie Posin
Scénario : Arie Posin, Matthew McDuffie
Distribution : Annette Bening (Nikki), Ed Harris (Tom/Garett), Robin Williams (Roger), Amy Brenneman (Ann), Jess Weixler (Summer)
Directeur de la photo : Antonio Riestra
Genre: Drame, romance
Montage : Matt Maddox
Compositeur : Marcelo Zarvos
Producteur : Bonnie Curtis, Julie Lynn, Jonathan McCoy
Production : Mockingbird Pictures
Distributeur : Chrysalis Film

Auteur de la critique : Mikaël Yung

 

Mister Babadook, de Jennifer Kent : Critique du film

Régulièrement, le cinéma australien offre quelques petites trouvailles bien senties qui permettent d’élargir le panorama du cinéma de genre mondial, et plus particulièrement du cinéma d’épouvante horreur. Pas assez prolifique en termes de production cinématographique et toujours associée à une image « mad maxienne », l’Australie n’en reste pas moins un pays viscéral qui transcende ses peurs et ses pulsions à travers des films de genre devenus parfois cultes, comme l’ont été le survival Wolf Creek, le torture-prom The Loved Ones, l’animalier Razorback ou l’aquatique The Reef. Il faudra désormais compter sur Mister Babadook dans cette liste tant il rassemble l’essence-même du film de croque-mitaine avec une profondeur psychologique remarquable.

Synopsis: Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu’elle n’arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé ‘Mister Babadook’ se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le ‘Babadook’ est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations…

Auréolé d’une formidable renommée dans tous les festivals par lesquels il est passé (dont la Mecque Sundance), Mister Babadook a profité de ses bonnes critiques pour être acquis par Wild Bunch, qui nous fait l’honneur d’une distribution française. C’est surtout à l’occasion de sa présentation au Festival de Gérardmer -l’un des plus remarquables d’Europe- que le film a conquis l’ensemble des spectateurs présents, en raflant le Prix du Jury, le Prix du Jury Jeunes, le Prix de la Critique internationale et le Prix du Public. Le Grand Prix du Jury, la récompense suprême du festival, lui a échappé car nombreux sont ceux qui estiment que Mister Babadook comprend trop de similitudes avec le Mamá d’Andrés Muschietti, le vainqueur de l’édition précédente. A tort par ailleurs. De fait pour éviter une ressasse de l’année dernière, c’est l’inclassable Miss Zombie du japonais Hiroyuki Tanaka qui fût récompensé par le jury de Gérardmer. Qu’à cela ne tienne, le film de Jennifer Kent a fait l’effet d’une bombe partout où il est passé et il s’agit certainement de la meilleure récompense qui soit pour un étonnant premier film.

De la difficulté d’être une mère veuve

S’étant déjà frotté à l’épouvante par le biais de son premier court métrage Monster, Mister Babadook peut être vu comme la version longue de son court qui raconte également l’histoire d’une mère et de son fils harcelé par un monstre. A ceci près que Mister Babadook est peut-être plus psychologique, plus traumatisant et offre un nouvel élan au « boogeyman movie ». A la suite d’un tragique accident de voiture, Amelia se retrouve mère veuve avec son fils Samuel de sept ans, un enfant turbulent en proie à des troubles comportementaux, dont une sorte d’hyperactivité incontrôlable et une violence gratuite envers les autres. Seule et travaillant dans une maison de retraite, la mère n’arrive plus à gérer les crises de son fils et ses comportements toujours plus agressifs. C’est à cet instant de sa vie qu’un livre pour enfants va l’amener à affronter ses plus grosses peurs. Selon les dires de Jennifer Kent, Mister Babadook est un film à multiples interprétations. Il est vrai qu’on peut y voir plusieurs messages dominants dont la difficulté de surmonter un deuil et celui d’être une mère.

Le croque-mitaine, qui donne son nom au film, n’apparaît finalement que comme une forme de représentation mentale des troubles et des peurs d’Amélia. Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est que le récit prend la moitié de l’intrigue pour pleinement développer les personnages, qui en ressortent aussi crédibles qu’attachants. C’est l’histoire d’un fils qui aime sa mère et d’une mère qui ne sait pas comment réagir, dépressive et perdue par la perte de son mari et d’un fils qu’elle ne sait plus contrôler. Tout est amené avec une certaine subtilité. Jamais les personnages ne viendront à exprimer leurs sentiments par le biais de dialogue mais chaque plan amène à interroger la relation que chacun a avec autrui. Ce plan furtif où la mère décide de tourner le dos à son fils en se mettant au bord du lit révèle parfaitement la difficulté de cette dernière à vivre avec son fils. Le premier film de Jennifer Kent traite donc de la question de surmonter ses plus grandes peurs pour arriver à vivre. Il est aidé par un duo très juste, dont Noah Wiseman, cet enfant relativement bluffant tant il opère un véritable changement dans son personnage, passant de l’être incontrôlable à l’enfant typiquement œdipien.

mister-babadook-Essie-Davis-Noah-Wiseman

En prenant son temps, le film se démarque des standards du genre par une ambiance à la fois onirique et macabre qui permet de voir comment réagissent au sein de cet univers des personnages profonds et extrêmement intéressants. La folie n’est jamais très loin et très souvent le film cherche à nous faire douter des potentiels troubles de la mère, ou du fils, ou bien de savoir si le Babadook existe réellement en tant qu’esprit démoniaque. Depuis le début, Jennifer Kent a sans cesse déclaré être davantage intéressée par l’écriture des personnages que par la fonction « chair fraîche » typique du film d’horreur mainstream. Tout ce qui pourrait sembler prévisible ne l’est pas et la réalisatrice cherche à contrecarrer les codes du genre. Il était tellement simple de faire du collègue de travail l’amant d’une mère en quête d’amour et donc logiquement, le victime d’un monstre qui ne laisserait pas sa place à un nouveau « père » mais le récit n’accorde son importance qu’à ce tandem mère-fils, et au fond seule la mère semble voir un semblant de signe affectif et de désir dans l’importance que lui porte son collègue. Vous ne verrez rarement une telle horreur psychologique autre part que dans Mister Babadook, comme ce plan où la mère prend seule du plaisir dans le lit marital, tandis que son fils vient l’interrompre sans l’ombre d’un soupçon. C’est typiquement ce genre de plan qui permet d’en révéler énormément sur le personnage sans le dire. Ce qui manque à Amelia, c’est tout simplement un homme. De même, l’enfant va peu à peu acquérir le statut de la victime, et filmer de manière frontale un étranglement sur mineur est aussi rare que cruel dans le cinéma contemporain. Mister Babadook ose les choses et tant mieux.

babadook-critique-epouvante

Inutile de s’attendre à des jump-scares prévisibles et des effets chocs, Jennifer Kent préfère miser sur une ambiance troublante. En faisant de Mister Babadook un monstre invisible agissant dans l’ombre des petits instants de la vie, elle renvoie à notre propre condition humaine déstabilisée par les difficultés de la vie. Cette longue silhouette noire armée de griffes métalliques a un petit côté Freddy Krueger mais travaille encore plus le mental à travers des plans tout droit sortis de cauchemar. En faisant de la demeure familiale un endroit où la peur peut survenir d’une zone d’ombre, de sous le lit, du plafond, le film s’avère aussi terrifiant que Conjuring de James Wan qui nous scotchait sur le fauteuil quand l’ombre d’une porte était l’endroit le plus terrifiant de la maison. Malgré un budget faible qui voit toute l’intrigue se dérouler dans ce huis-clos qu’est la maison familiale, il y a une vraie volonté de travailler l’esthétisme du film et Jennifer Kent ne se gêne pas pour offrir quelques plans tout droits sortis de l’expressionnisme allemand, de la trilogie d’appartement de Polanski ou plus étonnamment des films de Méliès, le Babadook s’incorporant jusque dans la magie du célèbre réalisateur du Voyage dans la Lune.

La photographie est d’une élégance formelle à base de bleus obscurs, de noirs omniprésents et de couleurs très froides en général. Rajoutée à cela, une mise en scène qui passe d’un environnement clinique à quelque chose de bien plus ténébreux. Et que dire de ce travail sur le livre Babadook, composé par l’illustrateur Alexander Juhasz, véritable bijou de terreur. Cette scène où Amelia retrouve le livre est tout simplement une des meilleures du film, tant le livre révèle enfin une terreur insoupçonnée et présage d’une relation destructrice de la mère avec son fils, ou l’inverse. Ce que nous apprend le dénouement du film, c’est qu’au fond Mister Babadook est davantage une métaphore enfouie de la difficulté d’oublier le deuil, le croque-mitaine se terrant dans la cave au milieu des souvenirs du père disparu tragiquement. Il continuera à y loger tant que le deuil n’aura pas été fait mais paradoxalement, la mère et son fils continueront à le nourrir, entretenant le croque-mitaine au sein de la maison, représentation du mental troublé de la mère. Le final est à deux doigts de tomber dans la farce grotesque mais s’avère plutôt démonstratif du traitement psychologique du boogeyman dans le film.

S’attirant une renommée déjà culte dans les festivals par lesquels il est passé, Mister Babadook passionnera les amateurs de films en dehors des standards du genre horrifique. Une telle précision dans l’écriture est à saluer, et même les premiers spectateurs ont cru à cette histoire de Babadook, l’associant à une vieille légende australienne. Huis-clos éprouvant malgré quelques maladresses, on lui pardonnera ces quelques erreurs pour un premier film aussi ambitieux dans le traitement de ses personnages, l’installation réussie d’une ambiance macabre et certains plans de toute beauté. Même s’il était à un cheveu de tout rafler à Gérardmer, Mister Babadook est assurément le vainqueur de cette édition du festival et très certainement l’un des films de genre les plus remarquables de cette année. En reprenant un langage horrifique qui revient aux origines de l’expressionnisme allemand et par la déconstruction de tous ces effets saturés et codifiés du film d’épouvante, Jennifer Kent crie au monde qu’il convient d’apporter un vrai vent de fraîcheur (et d’intelligence) au genre. Pas étonnant que la critique ait été si sensible à cette histoire de croque-mitaine australien.

Fiche Technique: Mister Babadook

Titre originale: The Babadook
Australie
Réalisation: Jennifer Kent
Scénario: Jennifer Kent
Interprétation : Essie Davis (Amelia), Noah Wiseman (Samuel), Hayley McElhinney (Claire)Daniel Henschall (Robbie), Barbara West (Madame Roach), Ben Wispear (Oskar), Tiffany Lyndall-Knight (La Maman du supermarché), Tim Purcell (le Babadook)
Genre: Epouvante-horreur
Durée: 1h33
Image: Radek Ladczuk
Décor: Alex Holmes, Jennifer Drake
Costume: Heather Wallace
Montage: Simon Njoo
Musique: Jed Kurzel
Producteur: Pete Best, Julie Byrne, Kristina Ceyton, Jan Chapman, Jeff Harrison, Kristian Moliere, Jonathan Page, Michael Tear
Production: Causeway Films, Smoking Gun Productions
Distributeur: Wild Bunch
Festival: Prix du Jury, le Prix du Jury Jeunes, le Prix de la Critique internationale et le Prix du Public au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.
Prix du Meilleur Film d’horreur étranger aux Golden Trailer Awards.

 

 

Fastlife de Thomas Ngijol : Critique du film

Fastlife de Thomas Ngijol : Un premier essai solo inachevé

Franklin Ebagé (Thomas N’Gijol) est un homme immature et arrogant. Il vit encore sur son lointain passé glorieux, ce qui exaspère son amie Pauline (Karole Rocher) et son agent Lionel (Julien Boisselier). Il n’a plus que le soutien de son ami Samir (Yasit Ait Hamoudi), créateur de la ligne de vêtements « Swagg DeBonhommes », qui rencontre autant de succès, que Franklin. Celui-ci se retrouvant avec un seul et unique sponsor, les poulets fermiers Jeno (Olivier Marchal). Malgré tout, il croit toujours en sa capacité à se qualifier pour les JO. Il va se battre pour accéder à son rêve, envers et contre tous.

Après une première réalisation réussie, en binôme avec son ami Fabrice Eboué Case départ. Thomas N’Gijol se lance seul dans l’aventure. Un premier essai moyennement réussi, qui se veut une critique de la starisation excessive, mais se révèle au final, une comédie inoffensive, bien loin de ses prétentions.

Thomas N’Gijol ; révélé par le biais du Jamel Comedy Club, est doué pour la scène, pour les punchlines assassines ou il n’épargne personne. Sa carrière cinématographique est moins réussie. Certes, Case Départ fut une bonne surprise, mais Le crocodile du Botswanga, fut une catastrophe, même si sa performance était sympathique.

Il a choisi d’être seul derrière la caméra, mais pour l’écriture, il s’associe avec Mohamed Issolah, un réalisateur et scénariste de courts-métrages, mais qui comme lui, manque d’expérience. On retrouve le manque de vécu à l’écran. Pire encore, l’exigence qui fait de Thomas N’Gijol, un des meilleurs humoristes actuels, est absente.

La platitude de la réalisation, l’absence de rythme, de personnages secondaires forts et d’un scénario bancal, rend le film quelconque. Une comédie qui ne vit que par le regard pathétique et la mauvaise foi de Thomas N’Gijol, parfois illuminé par la folie d’une scène, comme la rencontre avec Olivier Marchal, ou celle avec Kaaris au studio.

De trop rares moments, qui ne suffisent pas à en faire un film, ni même un sketch, la désastreuse vidéo de rap de Thomas, à peine sauver par une chute de scooter, en est le parfait exemple. L’amateurisme de l’ensemble, d’un casting léger, comme les dialogues, en fait un film du dimanche soir sur TF1.

Faut-il vraiment parler du cas Kaaris ? Artiste minable aux textes aussi insipides, que sa prestation. Il est à l’image du héros. Une comète qui ne fera pas long feu, aussi bien au micro, que devant la caméra. Par contre, on appréciera Olivier Marchal et la folie de son personnage. Un rôle loin des flics torturés qui l’ont fait connaître du grand public. Karole Rocher aussi à contre-emploi, elle aussi cantonné aux rôles de femmes flics physiques. Même si elle reste une femme forte et à son moment violence physique ridicule. Elle est moins convaincante, son couple ne fonctionne pas vraiment avec Thomas N’Gijol, alors qu’ils le sont vraiment hors écran, ça arrive. Yasit Ait Hamoudi, le bon copain bedonnant, mais transparent. Julien Boisselier, l’agent quelconque, n’apporte pas grand chose. On notera le caméo de Fabrice Eboué, qui nous sort sa plus belle tête de con, pour le plaisir de nous faire sourire.

Une comédie banale, loin de l’irrévérence de son auteur, qui semble avoir perdu de sa verve avec le succès. C’est surtout un one man show de Thomas N’Gijol, si on l’apprécie, ça passe tout juste. Mais si ce n’est pas le cas, il vaut mieux éviter de se retrouver devant, au risque de s’ennuyer fermement.

Synopsis : Franklin Ébagé est un athlète franco-camerounais, coureur du 100 mètres. Après avoir décroché une médaille d’argent aux Jeux Olympiques, il y a quelques années, sa carrière bat de l’aile. À 34 ans, il est cependant toujours obnubilé par l’envie de briller à n’importe quel prix.

Fiche technique – Fastline

Fastlife – 2014
France
Réalisateur : Thomas N’Gijol
Scénario : Thomas N’Gijol et Mohamed Issolah
Distribution : Thomas N’Gijol, Karole Rocher, Julien Boisselier, Yasit Ait Hamoudi, Olivier Marchal, Kaaris, Olivia Biffot
Photographie : Michel Amathieu
Musique : Guillaume Roussel
Producteurs : Eric et Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Cinéma et EuropaCorp
Distribution : EuropaCorp
Durée : 91 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 16 Juillet 2014

Auteur de la critique : Laurent Wu