Palo Alto : Critique stéréotypée, aiguë et troublante de la jeunesse américaine
Un nouveau membre de la famille Coppola rejoint le cercle assez fermé du cinéma. Il s’agit de Gia Coppola, petite fille de Francis Ford, le réalisateur du désormais culte, Le parrain. Gia nous offre, pour sa toute première réalisation, une critique de la jeunesse américaine avec quatre adolescents, Teddy, April, Fred et Emily. Nous suivons leur parcours à la découverte du monde et de ses limites où l’alcool, la drogue et le sexe trompent leur ennui.
Cependant, nous pouvons tout d’abord faire un rapprochement totalement justifié avec une, si ce n’est la meilleure œuvre de sa tante, Sofia Coppola, Virgin suicides, qui critique également la jeunesse américaine avec une adolescente souffrante et dépressive à laquelle nous pouvons rattacher April, le personnage joué par la juste et sublime Emma Roberts. Toutefois, la comparaison s’arrête là, le film étant une adaptation d’une nouvelle de l’acteur James Franco, jouant à merveille, comme d’habitude le rôle assez ingrat d’un professeur de football attiré par ses joueuses lycéennes, en particulier April, qui est au premier abord séduite, mais appréhende au final la partie incestueuse de leur relation, et renonce à cette idylle. Les autres personnages, surtout Fred et Teddy, joué respectivement par Nat Wolff (honorable) et Jack Kilmer, le fils de Val Kilmer, un acteur pépite, qui décollera assurément dans les années à venir. A noter le caméo du papa Val Kilmer, jouant le beau-père de April.
Gia Coppola ne cherche pas la facilité avec son premier long métrage malgré la comparaison inévitable avec la technique scénique de sa tante, dont elle s’inspire sur beaucoup de points. Nous retrouvons en premier plan le spleen des ados des classes aisées, thème récurant dans les longs métrages de Sofia Coppola. Cependant, Gia a aussi son propre tempérament en essayant honorablement de renier difficilement ses envahissantes influences familiales. A partir de là, plutôt que de s’inspirer de son aînée, elle crée un pont qui passe par Virgin Suicides bien évidement mais aussi à des films de son grand père Francis Ford, où l’exemple le plus approprié serait Outsiders, même si le contexte est différent.
Nous en restons au final intrigué, quelque fois abasourdi ou repu, notamment lorsque le récit devient malheureusement trop stéréotypé pour être apprécié. Les scènes de soirées enchaînent les clichés, plus abrutissants les uns que les autres, envers la future génération. Nous noterons également la lourde inclusion de scènes de sexe brut, ou celles où la beuverie est un loisir et la drogue, une banalité.
Synopsis: Piégés dans le confort de leur banlieue chic, Teddy, April, Fred et Emily, adolescents livrés à eux-mêmes, cherchent leur place dans le monde. Ils ont soif de sensations fortes et testent leurs limites. L’alcool, les drogues et le sexe trompent leur ennui. Ils errent sans but dans les rues ombragées de Palo Alto incapables de voir clair dans le tourbillon confus de leurs émotions. Sauront-ils éviter les dangers du monde réel?
Fiche technique: Palo Alto
États-Unis – 2013
Réalisation: Gia Coppola
Scénario: Gia Coppola d’après: le recueil de nouvelles homonyme de: James Franco
Interprétation: Emma Roberts (April), Jack Kilmer (Teddy), Nat Wolff (Fred), James Franco (Mr B.), Val Kilmer (Stewart), Zoe Levin (Emily)..
Date de sortie: 11 juin 2014
Durée: 1h40
Genre: Drame
Image: Autumn Durald
Décor: Sara Beckum Jamieson
Costume: Courtney Hoffman
Montage: Leo Scott
Producteur: Vince Jolivette, Miles Levy, Sebastian Pardo, Adriana Rotaru
Big Bad Wolves, c’est le petit film israélien que personne n’attendait vraiment dans nos salles, cette année. Prévu pour le 2 juillet, le film de Aharon Keshales et Navot Papushado a vu sa popularité grandir au fur et à mesure des projections en festival.
Synopsis: Une série de meurtres d’une rare violence bouleverse la vie de trois hommes : le père de la dernière victime qui rêve de vengeance ; un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi ; et le principal suspect – un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police.
Et il faut que reconnaître que Tarantino déclarant Big Bad Wolves comme étant son film préféré de l’année, on fait difficilement mieux comme phrase d’accroche sur l’affiche. Présenté pour la première fois au Festival du Film de Tribeca en avril 2013, le film a été programmé dans plus d’une vingtaine de festivals, recevant par la même occasion une pluie de récompenses dont celui des Meilleurs Réalisateurs au prestigieux Festival Fantastique de Sitges. Il faut dire que ces deux jeunes réalisateurs avaient réalisé auparavant Rabies (2010), un véritable exercice de style dans le genre comédie horrifique qui avait reçu un accueil ravi dans les festivals. Et puis, nous n’allons pas faire la fine bouche devant ce genre de film qui apporte un véritable vent de nouveauté, l’Israël n’étant pas particulièrement producteur de films de genre, de films tout court par ailleurs.
Big Bad Wolves : Des loups affamés de vengeance
Le générique démarre par une somptueuse séquence où l’on voit des enfants jouer à cache-cache sur un terrain abandonné tandis que la caméra exerce des mouvements amples et sinueux autour des personnages et des décors. Une musique sombre et oppressante accompagne ce ballet de mouvements et ôte tout mot de la bouche des enfants. Une poésie innocente qui se transforme vite en jeu macabre où une jeune blondinette tout de rouge vêtue, véritable copie du Petit Chaperon Rouge, disparaît soudainement. A partir de cet instant, tout le film va jouer avec ces références à l’enfance, à ces jeux. Souvent les deux réalisateurs nous renverront au conte du Petit Poucet, évidemment celui du Petit Chaperon Rouge, au cache-cache ou le square des enfants. Plein de lieux remplis d’innocence qui contrastent avec les thèmes macabres du film : l’autojustice, la pédophilie, le meurtre, la torture, etc. Après la disparition de la fillette, l’enquête en cours ne mène à rien, seulement à donner quelques coups de poing aux potentiels suspects. Le film s’intéresse alors à un policier, Micki, aux méthodes peu orthodoxes qui se retrouvera malgré lui pris au piège par internet et l’instantanéité des vidéos publiées en ligne. On le voit alors amocher un pauvre gaillard sans défense tandis qu’il se fait filmer par un jeune qui traînait par là. A partir de là, à l’instar de La Chasse de Thomas Vinterberg, le récit suit ce pauvre personnage battu, Dror, qui tente tant bien que mal de continuer à vivre dans une société qui le rejette, le pousse à bout alors qu’il est tout juste cité dans l’affaire comme « rodant dans les parages ». Père de famille et enseignant, tout porte à croire qu’il pourrait s’agir de lui avec son visage d’ange mystérieux, ses lunettes d’écoliers et ses cheveux gominés. Les jours passent et un coup de fil macabre retentit. Toujours persuadé de la culpabilité de l’enseignant, le policier fait la découverte macabre du corps de la fille, dans une mise en scène horrible et terriblement explicite. L’arrivée du père de la fille, Gidi, sur les lieux du crime va compléter ce trio de personnages. Le film va alors véritablement démarrer.
Résumé comme cela, Big Bad Wolves semble très sombre, à la limite de la noirceur et de l’ambiance glaciale de l’oppressant thriller Prisoners de Denis Villeneuve ou plus magistralement de Memories of Murder de Bong Joon-ho. Mais c’était sans compter l’humour corrosif de ces réalisateurs qui n’hésitent pas à passer d’une séquence cruelle à un instant de décalage inattendu mais dont l’irruption brutale apporte une touche de loufoquerie et d’humour noir. Je pense au lendemain de la découverte du corps où le policier Micki est mis à pied. C’est la journée « amenez votre enfant au travail » et son supérieur lui fait passer un savon tandis que son fils observe la scène et intervient pour apporter son sel. C’est l’enfant qui corrige l’adulte, très symbolique mais surtout très décalé. On ne sait jamais si la scène est sérieuse ou volontairement grotesque et c’est là toute la subtilité de l’écriture du film. Le film a tendance à jouer sur ces deux faces, l’une où le film retranscrit une ambiance froide et glauque, l’autre où le film flirte avec le grotesque et l’humour macabre. De fait, lorsque le trio du film se retrouve enfin dans la maison de campagne à commencer les festivités, la torture laisse parfois place à des dialogues dignes des frères Coen tandis que tout est méticuleusement appliqué pour nous faire prendre conscience des maux de la société contemporaine, de la notion de Bien et de Mal tout en nuance. L’absurdité de certaines séquences contraste agréablement avec le ton du film mais il est regrettable de voir les réalisateurs s’embourber petit à petit dans un parti-pris polémique et volontairement ambigu.
Le film se fait le pamphlet d’une société israélienne où la violence ne semble être que l’unique solution pour résoudre les conflits. A l’inverse, il montre qu’une part d’humanité peut s’élever là où on ne l’attendait pas. Malheureusement, Big Bad Wolves joue avec les codes et apporte la panoplie du pédophile idéal. A la fin du long métrage, on en vient à se dire « tout ça pour ça ». Tout semblait prévoir un film d’une férocité corrosive avec une telle précision. Le problème est que le film laisse place à deux interprétations, selon le type de public. La première étant celle que la torture était justifiée puisque quoiqu’il arrive, le coupable était donc bien le premier suspect, représentation caricatural du pédophile dans l’imaginaire collectif. La seconde étant celle où l’on pourrait éventuellement croire que le coupable allait faire une révélation cruciale et donc sauver l’ultime captive. Difficile de répondre franchement avec ce dénouement. Aussi bien les partisans de la première comme de la seconde interprétation auront raison. Au fond, le film interroge sur la notion de « Loup » dans notre société, celle qui sommeille en chacun de nous et nous conduit aux pires atrocités. Big Bad Wolves est le récit d’un pays qui laisse un héritage indésirable et macabre, celui d’un pays qui a pratiqué et pratique encore la torture comme un loisir infâme. Cela se ressent d’ailleurs particulièrement lorsque le père de Gidi, devenu tortionnaire, s’en mêle et apporte ses conseils à son fils pour faire avouer Dror. Dérangeant. Ici donc, tous les personnages s’avèrent être des loups, capables seulement de montrer les crocs et d’utiliser les griffes, les condamnant de ce fait à un destin tragique. Le long métrage israélien a néanmoins le mérite de ne proposer aucun manichéisme dans le traitement de ses personnages. A noter qu’aucun personnage féminin -hormis les enfants et les voix au téléphone- n’est présent à l’écran. Comme une manière de souligner que le mal uniquement symptomatique de l’homme.
Big Bad Wolves a néanmoins le mérite d’avoir un trio d’acteurs incroyables, dont Tzahi Grad imposant et charismatique à souhait avec son fort timbre de voix et sa peine empathique. Un trio qui fonctionne dans un presque huis-clos où chacun va tenter de raisonner, déraisonner et convaincre l’autre de son crime, de sa culpabilité, du mal qu’il se passe dans ce sous-sol. Chaque ligne de dialogue fait preuve de symbolisme, de familiarité et de rigueur rendant chaque conversation d’une justesse incroyable. L’humour noir de certaines séquences ne semble jamais tomber comme un cheveu sur la soupe bien que la plupart des situations rocambolesques arrivent de manière impromptue. C’est ce qui fait d’ailleurs la force et le ton du film. La mise en scène est un véritable exercice de style. Chaque mouvement de caméra est d’une fluidité remarquable et on sent que les deux israéliens à la tête du film raffole des travellings (avant, arrière, vertical, horizontal, diagonal, tout y passe !). Certains hermétiques à cette esthétisation de la violence auront à redire mais le tout est soigné, avec une lumière des plus agréables laissant entrevoir quelques beaux moments de poésie dans ce ballet macabre.
En fin de compte, Big Bad Wolves s’impose comme un élève assidu du cinéma des frères Coen et du film noir coréen. Il est cependant dommage que le film ne confirme qu’à moitié ses bonnes intentions la faute à un dénouement de très mauvais goût qui sent la farce à plein nez. C’est d’autant plus frustrant que pendant tout le film, le récit savait maintenir la tension tout en faisant monter crescendo le suspense. Quelques mauvaises notes en fin de concert et on quitte malheureusement la salle avec la cruelle sensation d’avoir assisté à un film avec tellement de potentiel mais qui n’a pas su aller jusqu’au fond des choses. Big Bad Wolves est paradoxalement un film inconfortable mais qui a le mérite de faire réagir et dont le propos suscitera de nombreuses discussions à sa sortie. L’ambiguïté de son dénouement est aussi bien son obstacle que sa plus grande qualité, pouvant être prêtée à confusion, et être multi ou mal interprétée. Pour ces deux jeunes réalisateurs israéliens, il s’agit d’un deuxième essai esthétiquement sublime mais fondamentalement bancal. Ce conte de fées contemporain a tout de même le mérite de bousculer les conventions. C’est déjà ça.
Fiche Technique : Big Bad Wolves
Titre original: מימפחדמהזאבהרע
Réalisateur: Aharon Keshales – Navot Papushado
Acteurs: Doval’e Glickman, Dvir Benedek, Kais Nashif, Lior Ashkenazi, Menashe Noy, Nati Kluger, Rotem Keinan, Tzahi Grad
Scénariste: Aharon Keshales, Navot Papushado
Compositeur: Haim Frank Ilfman
Directeur De La Photographie: Giora Bejach
Monteur: Asaf Korman
Genre: Comédie, Policier, Thriller
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date De Sortie: 2 juillet 2014
Festival: L’Etrange Festival 2013
Black Sails fait un double pari risqué : la piraterie n’est pas forcément synonyme de succès, la saga Pirates des Caraïbes faisant office d’exception, et reprendre les personnages du roman mythique de Stevenson aurait de quoi énerver bon nombre de puristes, pourtant, bien que le premier épisode laisse un peu sur sa faim, la série gagne en qualité et réussi à éviter les plus dangereux écueils. Il ne faut toutefois pas se laisser avoir par le pilote qui nous présente un très bel abordage dans la pure tradition du genre, la majorité de l’action se passe sur le sable. Les pirates ne passent pas leurs temps à couler des navires et amasser un butin, ils vivent, complotent, boivent, se battent, s’amusent et vont assouvir leurs pulsions laissée de côté en mer. C’est tout l’intérêt de Black Sails, ne pas tenter de copier ses ancêtres du grand écran en jouant sur le spectaculaire et l’action, mais en préférant une approche plus réaliste, presque naturaliste, de la flibuste. Un soin particulier est apporté aux décors, aux accessoires et aux dialogues : les opérations passées sous silences au cinéma comme nettoyer la coque du bateau, calculer une trajectoire et vendre son butin (qui n’est pas toujours d’or et de bijoux), tout cela est montré avec une finesse et une précision du détail quasiment de l’ordre du documentaire. Ainsi une poursuite en mer durera plusieurs jours et un abordage s’étirera sur une bonne dizaine d’heures. Rarement l’univers de la piraterie aura été aussi crédible et vivant. L’action prend le temps qui lui faut pour démarrer, ce qui peut sembler un peu longuet, mais lorsqu’elle se lance, on sait exactement pourquoi et les enjeux derrière tout cela. On s’éloigne de l’ambiance des récits d’aventures souvent naïve pour quelque chose de plus sombre, de plus crade.
Avant l’île au trésor
Il serait alors facile de comparer Black Sails a Game of thrones, et si les intentions de faire une série sombre et violente n’est sûrement pas étrangère au succès de la série phare d’HBO (le sublime générique réussissant presque à concurrencer la carte vivante de Westeros), la série se démarque de son hypothétique modèle en superposant à son fond réaliste un certain lyrisme apporté à ses personnages. Le roman de Stevenson regorgeait de figure malicieuses, effrayantes ou machiavéliques, leurs donner une jeunesse un passé, aurait pu détruire cette aura de mystère qui entourait Flint et son équipage tandis que l’on suivait les aventures du jeune Jim Hawkins. La première apparition de John Silver sous les traits d’un minet aux yeux bleu n’était pas rassurante, mais les acteurs réussissent finalement à donner une humanité aux salauds qu’ils seront 20 ans plus tard, restant fidèle aux modèles de bases, tout en apportant chacun leur originalité, comme Toby Stephen (le méchant de Meurs un autre jour) qui arrive finalement à jouer entre la raison et la folie qui tiraille le capitaine Flint. Les auteurs ajoutent à cette galerie quelques figure majeures de l’histoire de la piraterie comme Charles Vane et Jack Rackham, même Barbe Noire aura son mot à dire dans ce joyeux bordel. Reste la question des personnages féminins. L’erreur aurait été de tomber dans le cliché de la femme pirate et badass qui aurait alors mit à mal le réalisme voulu, mais ne pas mettre de femmes du tout aurait transformé l’ensemble en anthologie de la virilité exacerbée.
Les femmes sont donc peu nombreuses à Nassau, mais elles ont leurs rôles à jouer, et surtout loin d’être des cruches, elles n’en sont pas pour autant des coupes. Au milieu de ce festival de tronches burinées, elles gèrent le commerce, manipulent, se défendent, prennent leur destins en main…et assument même leur bisexualité, sans attendre forcément le retour ou l’arrivée d’un homme qui les prendrait dans leurs bras comme un trophée facilement accessible (ce qui pour une série américaine n’est pas vraiment courant).
Black Sails ne se contente pas d’être un simple prologue à l’île au trésor, elle présente un univers dense et reste assez pudique par rapport à son modèle. Les personnages du roman apparaissent petit à petit (et on finit par trouver amusant de chercher à deviner qui deviendra qui), et l’écriture fait finalement peu de référence aux écrits de Stevenson, préférant d’abord voguer là où le vent l’emmène…
Synopsis : Vingt ans avant les événements du roman L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson, durant l’âge d’or de la piraterie, le légendaire capitaine Flint et son équipage se retrouvent au centre d’une guerre de pouvoir pour le contrôle de l’île de Nassau, refuge de tous les flibustiers des Caraïbes. Opposé à d’autres légendes des mers tel Jack Rackham, Charles Vane et Anne Bonny, Flint risque également la mutinerie due à la méfiance grandissante de son équipage envers ses plans de plus en plus dangereux…
Fiche Technique : Black Sails
Genre : Drame, historique, Aventure
Créateur(s):John Steinberg, Robert Levine, John Wirth
Avec: Toby Stephen, Luke Arnold, Hannah New, Jessica Parker Kennedy, Mark Ryan, Zach McGowan
Production : Michael Bay, John Steinberd, Robert Levine
Pays d’origine : États-Unis
Date: 2014
Chaîne d’origine: Starz
Épisodes : 8
Durée: 50 minutes
Statut : en cours (saison 2 annoncée)
Small Soldiers de Joe Dante : Les résines de la colère
Quand des figurines sont dotées de puces électroniques militaires dernier cri, la guerre ne peut qu’éclater entre soldats et Gorgonites, et elle sera violente pour tout ce qui est fait de résine! L’humanité est-elle à l’abri pour autant?
Mené tambour battant par un Chip Hazard charismatique (merci la voix rauque de Tommy Lee Jones), l’aventure prend rapidement une tournure épique grâce à des effets visuels particulièrement soignés. Stan Winston est dans la place et cela se ressent, il n’y a qu’à voir ces animations au top pour des figurines douées de conscience, et aux déplacements plus vrais que nature. Pour en revenir au voice acting, Sarah Michelle Gellar et Christina Ricci sont aussi de la partie, elles sont survoltées et nous gratifient de leur voix hystérique tout au long de certaines des séquences les plus drôles du film. Et comment ne pas évoquer la présence d’une partie des 12 salopards d’Aldrich, de nouveau réunis plus de 30 ans après (Ernest Borgnine, Clint Walker, George Kennedy, Jim Brown. Richard Jaeckel était prévu lui aussi, le destin en a décidé autrement, il décèdera durant le tournage et sera remplacé par Bruce Dern).
L’histoire en elle-même n’est pas forcément mémorable. Heureusement, la distribution assure le show en y croyant dur comme fer. Gregory Smith, qui sera le fils de Mel Gibson et le frère d’Heath Ledger dans The Patriot deux ans plus tard, campe brillamment l’ado en difficulté, amoureux éconduit, victime d’un conflit paternel en prime. Une toute jeune Kirsten Dunst s’entraîne à faire des bisous à un gamin avant d’embrasser Spidey, on fait ce qu’on peut pour tisser sa toile. Les autres s’en sortent bien aussi, Kevin Dunn en tête. Et puis comment ne pas avoir une pensée pour l’excellent Phil Hartman, au destin si tragique à l’heure où le film débarquait en salles. Face à des jouets qui en imposent tant, les acteurs sont donc loin de faire pâle figur(ine).
Dans Small Soldiers, les références à d’autres œuvres au travers de scènes, d’une musique, d’une réplique, sont nombreuses. Parfois le résultat est trop appuyé (Frankenstein). Joe Dante parvient aussi à davantage de subtilité pour des films comme Apocalypse Now, Piranhas ou encore Gremlins (ces deux derniers étant ses propres progénitures). Un paquet d’autres clins d’œil sont à découvrir tout au long de l’heure cinquante du film, plutôt bien rythmée dans l’ensemble.
La véritable prouesse de Small Soldiers est de faire décrocher un paquet de sourires. Nous attendions à un film à budget honorable avec un rendu de série Z, et ce n’est pas exactement ce que nous obtenons ici. Retomber en enfance tout en offrant plusieurs niveaux de lecture, tel est le programme proposé par le géniteur de l’Aventure Intérieure. De la petite histoire gentillette pour enfants au film d’action burné et à la punch line acérée, en passant par une satire de l’Amérique, de la société de consommation façon World Company et enfin de la guerre, dans tout ce qu’elle présente de plus néfaste, take your pick!.
La bande son quant à elle, est excellente (du Led Zeppelin, du Queen, du Wagner…). Pour ne rien gâcher, Jerry Goldsmith nous balance quelques thèmes franchement sympathiques, une reprise mémorable de « When Johnny Comes Marching Home » en prime ! Pour couronner le tout, Small Soldiers se pare d’humour par palettes, grâce à son lot de situations rocambolesques, nous montrant des figurines en mode A-Team ayant fabriqué des engins militaires sur un skateboard et tant d’autres choses. Grâce à une foultitude de dialogues parsemés de pépites aussi, en VO tout du moins, à l’image de la « guerre psychologique », ou encore la rencontre entre Archer, le Gorgonite, et Alan, le jeune héros: « Archer: what’s your name? » Alan: « Alan. Now shut up ! » Archer: « greetings, Alannowshutup ».
Small Soldiers propose donc un divertissement léger, fun, et rempli de figurines hargneuses. Une aventure à suivre seul ou en famille. Merci Mister Dante ! A ce que j’ai pu voir, toi aussi tu t’es bien amusé avec tes GI, Joe !
Synopsis: Alan Abernathy est un adolescent trop remuant pour la petite bourgade de l’Ohio où il habite. Expulsé du lycée pour une innocente plaisanterie, il aimerait se racheter aux yeux de son père, marchand de jouets. Un jour où son père part en voyage d’affaires, il prend sur lui de renouveler un stock de jouets désuets. C’est ainsi qu’il obtient une douzaine de figurines d’action : un commando d’élite super-musclé et une tribu de monstres patauds, les Gorgonites. Comment pouvait-il se douter que ces charmants jouets étaient programmés pour s’entretuer et semer la panique ?
Fiche Technique : Small Soldiers
Réalisateur: Joe Dante
Scénario: Gavin Scott, Adam Rifkin, Ted Elliott, Terry Rossio
Interprétation: Gregory Smith, Kirsten Dunst, Kevin Dunn, Phil Hartman, Tommy Lee Jones (voix), Ernest Borgnine (voix)
Durée: 1h48
Budget: 40M $
Directeur de la photographie: Jamie Anderson
Musique: Jerry Goldsmith
Effets spéciaux animatronic: Stan Winston
Production: Amblin Entertainment, Dreamworks Pictures, Universal Pictures
Distribution (France): United International Pictures
2 Jours 1 Nuit : Une fresque sociale à fleur de peau portée par le talent de Marion Cotillard
Ça commence par un visage. Fatigué. Endormi. Abattu. Ce visage, c’est celui de Sandra, modeste employée d’une entreprise de panneau solaire qui va être confrontée à la sauvagerie et l’âpreté du monde contemporain lorsqu’elle apprend son licenciement, obtenu suite à un vote effectué par ses collègues de travail, devant choisir entre son renvoi ou une prime. Bénéficiant d’un sursis d’un weekend, 2 jours et 1 nuit (les frères Dardenne ont toujours opté pour des titres évocateurs et simplistes), celle-ci va, a l’instar d’un Henry Fonda dans le mythique 12 Hommes en Colère, tenter de rallier à sa cause ces mêmes collègues ayant voté pour son renvoi.
Un personnage principal féminin, une thématique sociale forte, un minimalisme de la production apparent : nous sommes bien dans un film des frères Dardenne. Tandem de réalisateurs belges connus pour figurer dans la courte liste des doubles récipiendaires de la Palme d’Or, au même titre que Francis Ford Coppola ou Emir Kusturica, ils demeurent en compagnie de Mike Leigh ou plus indirectement Abdellatif Kechiche, les chefs de file du cinéma social européen et aussi les maîtres de la représentation du vrai.
Point de sous-entendu philosophique, mais plus la propension, la dextérité que ces cinéastes ont de capter l’instant présent, de saisir le vrai. Le cinéma des Dardenne est un cinéma brut, dépouillé de tout vernis ou artifices, un cinéma qui ne glorifie pas ou ne soumet pas au misérabilisme ses personnages. Un cinéma qui dresse des personnes, face à l’adversité d’un monde devenu impitoyable, gangrené par la crise économique, les difficultés, la peur et l’incertitude. En somme un cinéma poussant jusqu’à son paroxysme l’aspect social.
Un aspect maintes et maintes fois étudié dans leur filmographie mais jamais répété. Que ça soit l’errance d’une jeune femme à la recherche de travail dans Rosetta, les problèmes relatifs à l’insertion dans Le Fils, la précarité et les choix désespérés qu’on est prêt à faire pour en sortir dans L’Enfant, ou la filiation dans Le Gamin à Vélo, cette thématique rend compte d’une certaine manière de la vision du cinéma qu’entretiennent ces deux réalisateurs. Une vision qui se veut davantage contemplative que lucrative et qui de fait, privilégie un style intimiste, un style personnel doublée d’une simplicité et d’une profondeur paradoxale et très loin des figures attendues du cinéma social ou musiques larmoyantes et intrigues complexes sont légions.
Deux Jours, Une Nuit, perpétue cette image d’un monde où règne l’adversité et où la vie est un combat tant celui auquel se confronte Sandra parait sans issue !
Ce quasi chemin de croix auquel elle doit se plier, ce devoir de mendiante dont elle doit s’acquitter, cet espoir de susciter par sa demande la compassion et non pas la pitié, illustre les ravages de la crise économique, événement ayant fait resurgir des sentiments aussi primaires que l’égoïsme, la haine et le mépris et ayant conduit à la situation où elle se retrouve empêtrée.
Pourtant l’espoir subsiste. C’est bel et bien l’espoir, l’espoir de continuer pour réussir à conserver son emploi, l’espoir de voir ses collègues accepter en guise d’humanité l’abandon de cette prime qui leur est résolument nécessaire, qui pousse Sandra dans ses derniers retranchements, qui l’oblige à tout tenter. Un espoir également apporté par le rôle de Fabrizio Rongione, qui à l’instar du spectateur que nous sommes, veut y croire, comptabilise les voix obtenues et celles qui reste à obtenir, veut croire que l’égoïsme peut s’effacer face à l’humanité revendiquée par Sandra. Pour incarner cette femme, presque droguée au Xanax et toute droite sortie de dépression, les frères Dardenne, ont une fois de plus réussi à trouver la personne au diapason de ce plaidoyer sur la dignité : Marion Cotillard !
Encore raillée outre-Atlantique pour sa mort grotesque dans le dernier volet de Batman, Cotillard opère ici rien de moins qu’une renaissance tant la prestation qu’elle dégage est désarmante de sincérité. Cette sincérité est grandement due au traitement de son personnage. Cette fois-ci, point de costumes grimés Dior, de maquillage tape à l’œil ou démarche envoutante, la Sandra que joue Cotillard n’est qu’un personnage de plus sur l’autel du désespoir érigé par les Dardenne. Jean délavé, et simple débardeur sur le dos, presque mise à nu, Marion Cotillard peut ici exprimer son talent, qui indéniablement devrait être mieux reconnu dans son pays tant celui-ci est grand !
Un talent qui jusqu’à un final quoique surprenant et décevant, ne faiblit pas et rend incroyablement humaine cette nouvelle incursion des frères Dardenne dans le milieu social.
Synopsis: Un jour, un chef d’entreprise demande à ses employés de choisir entre leur prime annuelle de mille euros ou virer une de leurs collègues, Sandra. Cette femme qui fait parfaitement son travail ne supporte pas l’injustice qu’on lui fait. Sans formation, elle ne peut pas se permettre de perdre son emploi. Soutenu par Manu, son mari, elle va alors tenter de convaincre ses collaborateurs de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse rester dans l’entreprise. Elle ne dispose que d’un week-end pour les persuader. Si certains de ses collègues acceptent sans hésiter, d’autres, aux fins de mois difficiles, renâclent et refusent de l’aider…
Fiche Technique : Deux jours, une nuit
Réalisateurs: Jean-Pierre et Luc Dardenne
Scénaristes: Jean-Pierre et Luc Dardenne
Casting: Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Pili Brise-lames, Simon Caudry, Catherine Salée, Baptiste Sornin, Timur Magomedgadzhiev, Philippe Jeusette, Christelle Cornil, Serge Koto, Olivier Gourmet
Nationalité: Français, Belge
Genre: Drame
Date de sortie: 21 Mai 2014
Producteurs: Jean-Pierre et Luc Dardenne, Denis Freyd
Producteur exécutif: Delphine Tomson
Directeur de la photographie: Alain Marcoen
Chef décorateur: Igor Gabriel
Costumière: Maira Ramedhan-Levi
Éditeur: Marie-Hélène Dozo
Grace de Monaco : Une fresque biographique scintillante et lénifiante !
« Fenêtre sur Four », « Délicieuse catastrophe », « Royal navet » ; autant d’expressions qui frôlant l’oxymore, attestent du dégoût généralisé de la presse mondiale pour Grace de Monaco, la dernière œuvre d’Olivier Dahan, réalisateur français adepte du béret et qui depuis son film La Môme, est devenu le porte-étendard des éloges panégyriques féminins, comprenez un hommage à une illustre personne la plupart du temps exagéré.
Mais, face à autant de paroles assassines, la réelle question est de savoir si ce lynchage public en bonne et due forme est justifié ou s’il symbolise l’élitisme et l’égo surdimensionné des critiques, soucieuses de faire bonne figure en détruisant de temps à autres le film d’un réalisateur inégal ?
Car, Olivier Dahan, après sa comédie footballistique lourdingue Les Seigneurs, est clairement une cible à abattre aux yeux des critiques. Il a besoin de se ressourcer, de revenir à ce qui a fait sa renommée, à savoir le biopic quasi canonisant tout en évitant la déconvenue occasionnée par Diana, d’Olivier Hirschbiegel, qui souhaitant lui aussi lever le voile sur une personnalité iconique, s’est lamentablement planté en livrant une fiction lénifiante et bourrée de pathos !
Mais cette fois, point d’hommage à une princesse britannique mais bien à une actrice de renom devenue princesse monégasque : Grace Kelly !
Native de Philadelphie et issue d’une riche famille ne la souhaitant pas voir vivre son rêve de comédienne, celle qui joue sous la houlette des plus grands de l’époque tels qu’Hitchcock ou Zinnemann s’est vite forgée une renommée s’exportant au-delà des frontières américaines et qui se fraie un chemin jusque sur les plages monégasques un beau jour de l’année 1956. Une renommée qui trouve son point d’orgue lorsque celle-ci se marie avec le Prince Rainier III, Prince Souverain de Monaco, permettant alors de cristalliser en une union le rêve de millions de petites filles à devenir des princesses (Merci Disney au passage).
Et pourtant, chaque conte de fée recèle de nombreuses facettes. Il y a les paillettes et les avantages liés au rang et au statut mais surtout le protocole. Un protocole bien difficile à suivre lorsqu’Alfred Hitchcock de par son projet de film amène ce feu artistique qu’elle accepte d’éteindre mais qui la consume encore. Une voie qui lui manque et qui, couplée à des problèmes maritaux et une situation politique tendue (la menace d’annexion de la France) la font douter et la confronte à une question, qui constitue le cœur du film : comment passer le reste de sa vie dans un lieu où elle ne peut pas être soi-même ?
Une image et un questionnement, qui bien qu’intéressant souffrent d’une gestion très maladroite. En effet, avec Grace de Monaco, Dahan, peu soucieux de se voir attribuer l’étiquette d’historien et relater les événements tels que l’Histoire les dicte ( l’historien Jean des Cars, spécialiste de la famille royale monégasque, a d’ailleurs déclaré après visionnage du film qu’ « historiquement, politiquement, sociologiquement et humainement, il n’y a pas une scène ni une réplique qui soit conforme à la réalité ni même à la vraisemblance. »), opte pour une mise en scène s’affranchissant du protocole des biopics et propose ainsi une fiction inspirée de faits réels qui ne cherche pas à réinventer la réalité mais bel et bien à la repeindre.
Repeindre oui, car Dahan préfère l’étiquette d’artiste à celle d’historien. Tel un Picasso de la pellicule, celui-ci cherche par les libertés qu’il prend avec l’Histoire, à dresser de manière assez fidèle le portrait caché de cette Princesse méconnue en mettant a disposition de Nicole Kidman la palette d’émotions que ressent Grace, entre peur, incertitude, déception et enfermement. Grace de Monaco, ce sont des émotions, qui de par leur surexploitation laisse transparaître le réel défaut du film : la vacuité de son scénario. Personnages la plupart du temps assez creux et réduits à des stéréotypes, baisse de régime due à l’improvisation ou encore mélange hasardeux entre film d’espionnage, film de conspiration, récit familial et drame scintillant, le film est un peu tout à la fois, sans jamais donner une ligne directrice.
Tout juste, pouvons-nous nous extasier devant la représentation des années 1960, qui parfaitement retransmise, évite au film de sombrer dans les limbes de la nullité. Et, comme pour imprimer nos rétines d’une dernière image choc, Dahan prend un malin plaisir à transformer Grace Kelly en héroïne aguicheuse avec un regard de braise et pose suggestive ; comme si dans un dernier baroud d’honneur, celui-ci cherchait à rendre son œuvre aussi flamboyante qu’une chandelle romaine !
Synopsis : Lorsqu’elle épouse le Prince Rainier en 1956, Grace Kelly est une star de cinéma, promise à une carrière extraordinaire. Six ans après, alors que son couple rencontre de sérieuses difficultés, Alfred Hitchcock lui propose de revenir à Hollywood, pour incarner Marnie dans son prochain film. Mais c’est le moment ou la France menace d’annexer Monaco, ce petit pays dont elle est la Princesse. Grace est déchirée. Il lui faudra choisir entre la flamme artistique qui la consume encore ou devenir définitivement : Son Altesse Sérénissime, la Princesse Grace de Monaco.
Ce film est présenté en Ouverture du Festival de Cannes 2014.
Fiche Technique : Grace de Monaco
Nationalité: France, USA, Belgique, Italie
Réalisateur: Olivier Dahan
Interpréte: Nicole Kidman (Grace Kelly), Tim Roth (Rainier III), Frank Langella (Tucker), Paz Vega (Callas), Parker Posey (Madge), Milo Ventimiglia (Rupert Allan), Robert Lindsay (Onassis), Derek Jacobi (Fernando D’Aillieres), Roger Ashton-Griffiths (Hitchcock), André Penvern (De Gaulle) …
Genre: Drame, Biopic
Sortie en salles: 14 mai 2014
Taille: 1h42
Budget: 30 M€
C.B.S. a eu du flair en s’emparant des droits Dôme (titre original: Under the Dome), un roman d’horreur de Stephen King, un gros succès d’édition.
L’auteur a depuis longtemps l’habitude de voir ses ouvrages adaptés soit sur grand, soit sur petit écran. Les augures étaient plutôt bons pour cette nouvelle série Under The Dome, C.B.S. laissant filtrer ce qu’il fallait d’indices pour attirer le chaland. La première vraie bonne surprise a été l’apparition du nom de Dean Norris dans le rôle de Big Jim Rennie. Même s’il n’a pas la surcharge pondérale adéquate (aspect important du personnage dans le roman), cet acteur a une « gueule » idéale de grand prédateur. Une autre rumeur rassurante annonçait que le King lui-même serait associé au scénario, les fans du roman et de son auteur pouvaient donc dormir tranquilles…
Jusqu’à ce qu’une légère odeur de roussi commence à se répandre dans l’air, mettant en alerte les sens des moins sceptiques quant à la réalisation de ce projet : il allait y avoir plus d’une saison, d’Under The Dome ! Certes, le roman est long, mais de là à en faire une adaptation télévisée de plus d’une saison, si courte soit-elle, sentait l’exploitation d’un filon avant même la diffusion du premier épisode. Puis il y a eu cette interview du King, dans laquelle il annonçait une fin pour la série différente et meilleure que celle du livre. Il reniait donc son propre travail (un comble) et semblait sacrifier son bébé au plus offrant.
Il en fallait pourtant pas plus pour refroidir ceux qui, pleins d’illusions, ont aimé le livre, Under The Dome et rêvaient de voir ses personnages prendre vie. Les illusions ont tenu environ la moitié du premier épisode, diffusé en juin 2013 et qui respectait à peu près le roman. Dès l’épisode 2, tout a été oublié, ne restaient plus qu’un dôme et quelques personnages, le reste du livre passé à tabac par des scénaristes sans scrupules pour ce qui fut un succès de librairie, jetant à la poubelle une bonne partie de l’histoire. Mais ce qui frappe quand on achève cette première saison, à part ce refus d’en voir une deuxième, c’est surtout la façon dont les caractères des personnages ont été affadis, édulcorés, passés à l’eau de javel. L’intention aurait été louable s’il avait été question de les rendre ambiguës mais non, ils ont juste perdu de leur saveur.
Cette férocité qui marque souvent les œuvres de Stephen King est passée au recyclage du politiquement correct. Les personnages les plus violents sont transformés en agneaux. Certaines scènes atroces passent par pertes et profits. Big Jim et son fils Junior, duo infernal habité par une soif de violence et de pouvoir, deviennent presque sympathiques et à la fin de cette première saison, Junior (le psychopathe du livre) n’a encore tué personne. Pour qui a lu le livre, le traitement infligé aux personnages de Junior (Alexander Koch pourtant très prometteur dans le rôle), Big Jim ou même Barbie, tient de la simple profanation. D’un roman d’horreur, faisant du Dôme, un accessoire de terreur qui s’installe dans la petite Ville de Chester’s Mill, dans le Maine, on se retrouve avec une série fantastique de consommation courante.
La saison 2 d’Under The Dome débutera aux Etats-Unis le 30 juin 2014 et retrouvera probablement un public qui n’a pas dû lire le livre et donc pas pu faire la comparaison. Les autres, ceux qui ont perdu tout espoir dans cette suite, iront lire le nouveau roman du King et prieront pour qu’on arrête de les adapter, ou alors qu’on confie les futurs projets à des metteurs en scène eux-mêmes fans du plus grand et prolifique écrivain contemporain. Cette série ne pourra finalement être approuvée que par ceux qui n’ont jamais lu et ne liront jamais le livre, ou alors ils ne l’ont pas compris.
Synopsis: Les habitants d’une petite communauté se réveillent un matin, coupés du monde et piégés dans la ville à cause d’un immense dôme transparent. Certains tenteront, de manière dissimulée, de tirer profit de cette situation inquiétante et inexpliquée, afin de prendre le pouvoir. Mais une résistance va s’organiser autour d’un vétéran de la guerre en Irak, pour empêcher ces personnes malveillantes de parvenir à leur fin.
Fiche technique : Under The Dome
Basée sur un roman de Stephen King et développée par Brian K. Vaughan
Saison 1: 13 épisodes de 43 minutes, diffusée sur CBS à partir du 14 Juin 2013
Interprète: Mike Vogel, Rachelle Lefevre, Natalie Martinez, Britt Robertson, Alexander Koch, Dean Norris, Nicholas Strong, Colin Ford, Jolene Purdy et Aisha Hinds.
Auteur de la critique Under the Dome Saison 1 : Freddy M.
MacKenzie explose nos rétines, avec Les poings contre les Murs, une œuvre viscérale, ultra-réaliste du milieu carcéral, un intense uppercut d’émotion, propulsé par un casting hors normes, la puissance de jeu de Jack O’Connell crève littéralement l’écran.
Synopsis : Eric est un jeune délinquant violent prématurément jeté dans le monde sinistre d’une prison pour adultes. Alors qu’il lutte pour s’affirmer face aux surveillants et aux autres détenus, il doit également se mesurer à son propre père, Nev, un homme qui a passé la majeure partie de sa vie derrière les barreaux. Eric, avec d’autres prisonniers, apprend à vaincre sa rage et découvre de nouvelles règles de survie, mais certaines forces sont à l’œuvre et menacent de le détruire…
Violence crasse et Rédemption
David McKenzie, réalisateur britannique remarqué et récompensé pour My name is Hallam Foe (2007), du prix (Hitchcock d’Or au Festival Britannique de Dinard en 2007) et du (Prix du Jury au Festival International du Film Policier de Beaune en 2014) pour son dernier long-métrage, Les Poings contre les murs,un drame hyper réaliste. David McKenzie a choisi une approche épurée, sans musique accompagnatrice; l’univers carcéral y est montré dans toute sa bestialité. Filmé à la manière d’un documentaire, le cadrage proche des personnages permet de ressentir cette violence omniprésente, cette animalité, cette dureté des âmes prisonniers d’un microcosme particulier où les magouilles, trafic en tous genres et rapports de force et de domination sont les nouvelles lois.
MacKenzie s’est dit inspiré par Un condamné à mort s’est échappé (Robert Bresson, 1956) et L’Evadé d’Alactraz (Don Siegel, 1979), bien qu’Éric ressemble plus à Bronson, comme dans le film éponyme (Nicolas Winding Refn2009). Eric ne craint personne, pas même la prison, une forte tête qui va rencontrer son père, enfermé dans le même univers.
Le genre film carcéral au cours des années 2000 a vu naître quelques œuvres de bonnes factures, comme l’excellent Dog Pound (2010) de Kim Chapiron, Le Prophète de Jacques Audiard, R de Tobias Lindholm et Michael Noer.Un genre traité sous différents angles. Cette fois ci, David McKenzie, s’intéresse au jeune Éric, 19 ans, un dur à cuire qui retrouve ce père inconnu, Nev, incarcéré depuis 5 ans.
Tout l’attrait du film,Les poings contre les Murs (Starred Up), réside dans cette relation déchirante faite d’amour et de haine entre un père et un fils, un angle encore jamais traité dans le film carcéral. La relation père/fils est particulièrement bien ficelée, l’opposition du fils s’exprime par le refus d’être protégé par ce père qu’il ne connait pas et dont il suit les traces pourtant…
Les poings contre les Murs traite des conséquences sur l’âme prisonnière de l’enferment légalisé aussi bien du côté des prisonniers que du côté des geôliers sans tomber dans une vision manichéenne. Un autre axe abordé dans ce film est la réinsertion, à travers ce rôle attribué à un éducateur bénévole, Olivier (Rupert Friend). Le scénariste Jonathan Asser s’est servi de son expérience pour écrire le rôle de ce personnage, qui tente d’aider le jeune homme à exprimer et canaliser cette haine cachée.
Tourné dans une ancienne vraie prison à Belfast (Ulster), Les poings contre les Murs exsudent une violence crasse, une puissance même si le film a quelques défauts : un scénario trop simple, une multitude de personnages aux rôles fort peu développés, alors qu’il y avait matière. Sortir des codes classiques du genre aurait pu en faire un film audacieux. Cependant malgré ses défauts, Les poings contre les murs est un film poignant, sombre, interprété avec brio par des acteurs habités par leurs rôles.
Éric incarné par Jack O’Connell, un acteur remarqué dans la série Skins et dernièrement dans 300 – naissance d’un empire(Noam Murro, 2014), dégage un déferlement d’émotions jusqu’à la scène finale. Jack O’Connell attire la caméra. Sa puissance de jeu est incroyable : il se met dans la peau de son personnage face à un excellent Ben Mendelsohnremarqué en psychopathe dans Animal Kingdom (2010) de David Michôd.
Une œuvre choc, ultra réaliste, implacable et touchante : l’histoire d’un animal sauvage et d’une rédemption orchestrée avec talent… Un film coup de poings à voir et revoir…
Les poings contre les Murs : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=62kCfi9T7KE
Les poings contre les Murs : Fiche Technique
Titre original: Starred Up
Réalisation: David Mackenzie
Scénario: Jonathan Asser
Interprétation: Jack O’Connell (Eric), Ben Mendelsohn (Nev), Rupert Friend (Oliver), Sam Spruell (Hayes), Peter Ferdinando (Spencer)…
Image: Michael McDonough
Décor: Tom McCullagh
Costume: Susan Scott
Montage: Jake Roberts, Nick Emerson
Producteur: Gillian Berrie, Brian Coffey
Distributeur: Wild Side Films, Le Pacte
Durée: 105 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 4 juin 2014
Synopsis: Si vous aimez les jeux de pistes, les vieilles Porsche, les sœurs qui n’en sont pas, les pères pas vraiment morts, les lacs et leurs secrets: bienvenue au club.
Fraîchement diplômé de la FEMIS en 2009 en section scénario, Vincent Mariette n’a pas tardé avant de se lancer dans l’écriture et la réalisation de courts métrages. Et il n’a pas chômé puisqu’en trois ans, il a officié sur cinq courts métrages dont trois en étant également le réalisateur. Il a acquis la notoriété au sein de la profession avec Les Lézards, nommé aux Césars cette année. Ce huis-clos beau et amusant a contribué à la popularité de Vincent Macaigne, l’un des espoirs français les plus charismatiques du moment et a surtout conforté le réalisateur dans son envie de continuer et de se montrer toujours plus ambitieux. Sorti flatté et grandi d’un accueil critique ravi, Vincent Mariette se lance dans la réalisation de son premier long métrage, une version développée d’un travail de fin d’études. Tristesse Club est une sorte de road-trip dépressif farfelu au casting ravissant qui sonne comme une vieille chanson de Michel Houellebeck.
Déjà présent dans les premiers projets de Vincent Mariette, Vincent Macaigne et Noemie Lvovsky retrouvent le réalisateur sur ce premier long, accompagné de deux nouveaux, Ludivine Sagnier qu’on n’avait pas revue depuis Amour et Turbulences et Laurent Laffite, éternel abonné des comédies mais ici dans un rôle à contre-courant. Jamais il n’a été aussi juste et bon dans ce personnage de Léon, un salaud d’une beaufitude déconcertante, tirant sans cesse la tronche et coincé dans la pire des galères. Avant d’évoquer les ressorts scénaristiques, il faut rester un instant sur ces acteurs tous plus bons les uns que les autres. Laurent Laffite développe véritablement son personnage, et l’emmène dans une constante évolution amenant un vrai sentiment d’empathie. Son frangin Bruno, interprété par l’irrésistible Vincent Macaigne donne un ton juste qui oscille entre l’éternel mélancolique et le blasé touchant. Vincent Mariette qui l’a rencontré lors d’un festival lui avait proposé le rôle des Lézards car il avait été impressionné par cette puissance contenue dans son phrasé, sa gestuelle et ce « quelque chose de phénoménal » chez Macaigne. On ne doute pas que cette amitié va continuer après ce film. Cette vraie-fausse bromance entre ces deux personnages singuliers se verra perturber par l’arrivée d’une sœur inconnue jouée tout en sensualité, subtilité et douceur par une Ludivine Sagnier charmante. Un trio de joyeux gais lurons qui ont tous une profonde tristesse ancrée en eux, rendant le film aussi loufoque que mélancolique.
Car derrière ce road-trip quasi-statique à la recherche d’un père disparu, Tristesse Club est un film qui n’est jamais à mourir de rire. C’est davantage un long métrage qui trouve ses qualités dans ses subtilités, ses dialogues, ses retournements de situations, ses rencontres avec des personnages atypiques. Il n’y a pas la « punchline » qui fera pouffer de rire la salle, mais davantage le ridicule d’une situation qui provoquera des sourires aussi gênés que malicieux. Vincent Mariette aborde un cinéma du détail, de la subtilité. Il n’insiste jamais sur les éléments qui seraient susceptibles d’apporter une bonne tranche de rire. Il suffit de voir l’arrivée de ce trio familial dans la maison d’une des maîtresses de leur père, jouée par une Noémie Lvovsky aussi insensée que suicidaire.
La maison renferme un cadre d’une sobriété totale, très cosy au sein duquel se dégage des tableaux mettant en scène des pénis sculptés en plâtre. De fait, la plus dépressive des discussions prend une tournure ridicule avec ce détail visible mais jamais focalisé dans le cadre, et c’est cela qui apporte une vraie tournure comique au film. Comme cette obsession du réalisateur pour les animaux empaillés. Des chiens, des chats et même un dodo, cet oiseau préhistorique disparu. Les personnages se bloquent sans cesse dans une sphère du mensonge où l’autre sait mais se tait, préférant tempérer et ne jamais décevoir. Lorsque les révélations éclatent, c’est là que le film tient ses moments les plus émouvants.
A force d’osciller entre le rire et le drame, Tristesse Club prend le risque de ne jamais trouver le ton juste. Un public non averti ressortira de la séance avec un goût d’amertume même si le titre est d’une incroyable justesse tant il symbolise le chagrin et le ton léger. Il est vrai que le film donne l’impression d’une suite de sketchs lié par un fil narratif mais qui peut s’avérer découpé en quatre, cinq courts métrages. Peut-être cette manie du format court qu’il vient seulement de quitter pour le long, qu’il ne maîtrise pas encore. De même que le film manque cruellement de rythme mais se voit compensé par l’interprétation des acteurs qui portent véritablement le film. Tout en contemplation, Tristesse Club prend le temps de poser son regard sur cet environnement savoisien et ses personnages perdus. Un parti-pris qui en déstabilisera certains.
A l’inverse, cette obsession de tout vouloir réguler dans le cadre se ressent dans une mise en scène parfaitement maîtrisée, stylisée sans jamais être prétentieuse. Vincent Mariette a toujours affirmé sa reconnaissance pour le cinéma de Noah Baumbach ou Wes Anderson et cela se ressent dans de très nombreux plans, notamment certains travellings amenés en douceur qui voit la caméra reculer de manière à peine perceptible tandis que l’action au centre est particulièrement mouvementée. Un joli effet de mise en scène que les puristes apprécieront. Si l’ombre de Wes Anderson plane au-dessus du film, la symétrie n’est pas de l’ordre de Vincent Mariette qui s’avère être l’élève ayant encore beaucoup à apprendre du maître et surtout de ses expériences. Une lumière envoûtante ajoute cependant un vrai cachet au film tandis que la bande-son offre quelques très bons morceaux mélancoliques au synthé. Tout ce travail technique contribue à la construction de l’univers du film qui tend aussi bien vers le drame familial que le buddy movie. Un récit au ton léger mais au propos rigoureux qui invoque une réflexion sur la famille, la mort, le passé. Tous les personnages ne sont au fond qu’une bande de ratés, de dépressifs touchants avec qui l’on a envie de partager un moment et de les accompagner dans cette éprouvante réconciliation.
Lorsque l’on quitte le Tristesse Club au détour d’un plan final sublime, on ressort bousculé de cette prise de risque d’un cinéma français qui bouscule les codes et ose la subtilité à la lourdeur d’une comédie populaire normée. Cette comédie douce-amère est la suite d’une production française qui revendique son existence avec des réalisateurs comme Guillaume Brac (Un monde sans femmes), Sebastien Betbeder (2 automnes 3 hivers), Justine Triet (La Bataille de Solférino) ou le génial Antonin Peretjatko (La Fille du 14 Juillet). Des films sensibles, poignants, parfois terriblement drôles, parfois pas mais qui donne l’impression d’une nouvelle vague d’un cinéma de genre qui manquait cruellement à la France. Tristesse Club est un petit film déconcertant mais également un petit objet filmique plaisant qui témoigne d’un amour insatiable pour le cinéma. C’est fait avec suffisamment de cœur et de passion pour y jeter un coup d’œil. Vincent Mariette parle déjà d’un projet d’écriture en cours. On ne peut qu’être confiant à l’avenir pour ce petit gars, jeune espoir du cinéma français.
Fiche Technique : Tristesse Club
France – 2014
Réalisation: Vincent Mariette
Scénario: Vincent Mariette, Vincent Poymiro
Interprétation: Ludivine Sagnier (Chloé), Laurent Lafitte (Léon), Vincent Macaigne (Bruno), Noémie Lvovsky (Rebecca), Dominique Reymond (Claude), Anne Azoulay (Florence), Philippe Rebbot (Yvan), Délia Espinat-Dief (Lola)…
Grenre: Comédie dramatique
Date de sortie: 4 juin 2014
Durée: 1h30
Image: Julien Roux
Décor: Sidney Dubois
Costume: Carole Gérard
Son: Nicolas Waschkowski, Claire Cahu, Vincent Verdoux
S’il y a bien un film à aller voir dans cette pleine saison bourrée de blockbusters de plus ou moins bonne qualité, c’est bien cet Edge of Tomorrow de l’inattendu Doug Liman dans le registre. Il faut dire que ces films d’espionnage (La Mort dans la Peau) ne reçoivent généralement pas l’aval de la critique comme en témoigne le médiocre Mr & Mrs Smith ou l’immangeable Jumper.
Doug Liman a tout du réalisateur à la sauvette capable du correct comme du très mauvais, mais il trouve avec Edge of Tomorrow un matériau formidable pour faire allusion à une culture vidéo ludique toujours plus présente dans la culture populaire, ainsi qu’un incroyable sujet de scénario qui fait rêver Hollywood depuis Un Jour sans Fin, l’éternel recommencement d’une journée.
Egde of Tomorrow : Restart : Un jour, cent fins
A l’inverse du récent X-Men : Days of Future Past qui traitait du voyage dans le temps et des conséquences dans le future avec l’incohérence la plus totale, Edge of Tomorrow a le mérite de ne traiter que le passé et son recommencement, ce qui permet d’éliminer d’office de nombreuses erreurs de cohérence scénaristique. Le film s’appuie avant tout sur le livre d’Hiroshi Sakurazaka, All You Need isKill, petite pépite de science-fiction japonaise selon les lecteurs.
Si la bande-annonce a déjà de bons éléments pour susciter le déplacement, il y a toujours cette crainte qu’Hollywood avec ses gros sabots ne s’approprie le matériau original pour n’en tirer qu’un film coûteux, désaxé, sans saveur et sans lien avec l’œuvre originale. Mais Edge of Tomorrow s’avère être une agréable surprise et un divertissement de très bonne facture agrémenté d’un scénario intéressant et de très nombreuses références vidéo ludiques. Il faut dire qu’avec sa caractéristique de recommencer sans cesse une journée, le film renvoie clairement au bouton « restart » d’un jeu vidéo qui permet de recommencer un niveau en prenant conscience de ses erreurs pour ne plus les commettre. Edge of Tomorrow tire son essence d’un niveau, tout ce qu’il y a de plus classique dans n’importe quel jeu vidéo, avec sa dose d’obstacles, d’ennemis à abattre et d’objectifs à remplir. Dans ce scénario autant que dans son traitement de l’action, les gamers y trouveront de nombreuses références à des jeux vidéo actuels, tel Gears of War ou Vanquish pour ma part. Certaines séquences sont typiquement calquées sur des genres vidéo ludiques précis, que ce soit la scène en avion à Paris qui renvoie à du rail-shooting ou plus généralement l’ensemble du film qui fait très Third Person Shooter.
Ces références crèvent l’écran mais permettent également au film d’exister pour ce qu’il est, un film de science-fiction et d’action efficace et maîtrisé. En ce qui concerne la mise en scène, on pourra pester contre l’aspect épileptique de certains moments du débarquement rendant l’ensemble parfois illisible. Difficile à dire si le cinéma dans lequel avait lieu la projection est responsable ou si la 3D du film est vraiment de mauvaise qualité mais il convient de recommander la simple version numérique du film. De plus, le film gère plutôt mal ses séquences en plein obscurité, certaines séquences de nuit étant totalement brouillonnes. Doug Liman a fait le pari d’omettre une vraie bande-son, un choix décrié par certains mais qui permet au contraire d’avoir affaire à un titanesque travail sonore sur les bruitages, rendant le film très immersif.
Edge of Tomorrow reste généreux en termes d’action, survolté et boosté à l’adrénaline, en particulier la séquence de débarquement très impressionnante. Sans aller jusqu’à la comparer avec celle du chef d’œuvre de Steven Spielberg comme certains l’ont fait. Du saut de l’hélicoptère jusqu’aux multiples morts à répétitions sur le champ de bataille, il s’agit là sans conteste de l’une des meilleures séquences du film. L’arrivée à Paris étant également très efficace. Sur ce point, le film en a vraiment dans le ventre et s’avère être le meilleur blockbuster de cette saison. De l’action débordante qui ravira assurément le public. Si Doug Liman et son équipe ne l’ont pas encore ouvertement mentionné en conférences et interviews, Edge of Tomorrow tombe dans le timing parfait des commémorations des 70 ans du débarquement. Le film se fait donc l’éloge et l’hommage d’une guerre désormais lointain souvenir mais qui continue de hanter. Dans ce sens, et les internationaux apprécieront, le conflit ne prend pas place aux Etats-Unis mais bel et bien en France ainsi qu’à Londres. Une approche moins américano-centrée qu’à l’accoutumée qui a le mérite d’exister et d’être mentionnée.
Il faud également compter sur la présence d’un personnage incarné par Emily Blunt au doux surnom de « l’Ange de Verdun », qui fait piqûre de rappel pour Jeanne d’Arc, La Pucelle d’Orléans. Beaucoup noteront également le plan vif et bref de notre président actuel. Bien que joué par un casting exclusivement anglo-saxon, toute l’intrigue se déroule en et aux alentours de la France. Pour ce qui est du scénario, si les raisons du conflit restent plutôt floues malgré quelques brèves explications, il faut dire que le concept du redémarrage fonctionne à plein régime et Doug Liman agit comme un vrai réalisateur de blockbuster insufflant suffisamment de souffle à son film sans oublier d’y apporter une dose d’humour vraiment appréciable et une romance inévitable, quoique aseptisée. L’aspect répétition du film pet susciter des craintes mais il est parfaitement géré grâce à un travail de montage qui joue parfaitement l’équilibre sans s’avérer redondant. Au contraire, Doug Liman joue justement avec ces répétitions sans cesse pour apporter une dose amusante de second degré. A la tête de Edge of Tomorrow, on retrouve un Tom Cruise en très grande forme et aux excellents choix de carrière depuis son retour sur le devant de la scène avec M-I : Protocole Fantôme. Un très bon acteur, attendu avec impatience dans le prochain Mission Impossible de Christopher Mc Quarrie (qui officie ici sur Edge of Tomorrow en tant que scénariste).
L’introduction du film est plutôt inattendue car le personnage de Tom Cruise nous est présenté comme un lâche, juste bon à communiquer auprès de la population pour les pousser à s’engager. Ce qui rend son personnage plus intéressant puis qu’une vraie évolution lui sera apportée tout le long du film. A ses côtés se trouve une Emily Blunt inhabituelle dans ce genre de film et plus particulièrement de rôle de badasse malgré l’intéressant mais bancal Looper. Plus cantonnée aux comédies romantiques qu’au film d’action nerveux, Emily Blunt s’avère néanmoins être un très bon choix et joue les durs à cuire à cent pour cent. Un duo qui porte véritablement le film sur leurs épaules, le rendant d’autant plus jouissif. Car au fond, les enjeux de ce scénario sont ce qu’il y a de plus simplistes, profiter du pouvoir de redémarrage pour contrecarrer les plans de l’ennemi et gagner la guerre. Il n’y a pas plus de profondeur et malgré quelques tentatives pour pimenter la relation entre les deux personnages. Si le scénario s’avère bien exécuté, il n’en fait pas pour autant de Edge of Tomorrow un divertissementi ntelligent, de par une réflexion totalement absente du film.
Mais le film reste au-dessus de la moyenne dans le genre et est suffisamment efficace pour se regarder avec grand plaisir. Pour conclure cette pré-saison des blockbusters avant l’été, Edge of Tomorrow est assurément le divertissement idéal et efficace de ce mois de juin. Si le film manque de profondeur et la fin expédiée voire frustrante, Edge of Tomorrow est généreux en termes d’action, comportant quelques bonnes lignes de dialogues, des acteurs qui s’impliquent et s’appliquent à l’ouvrage, et suffisamment bien écrit pour rendre le film très sympathique, se démarquant de récentes séquelles et autres reboots. Le montage est par ailleurs remarquable, tant il aurait pu s’avérer casse-gueule. Doug Liman nous prouve qu’il en a dans le ventre et qu’il est capable du meilleur avec ce blockbuster d’une efficacité redoutable.
Synopsis : Dans un futur proche, des hordes d’extraterrestres ont livré une bataille acharnée contre la Terre et semblent désormais invincibles: aucune armée au monde n’a réussi à les vaincre. Le commandant William Cage, qui n’a jamais combattu de sa vie, est envoyé, sans la moindre explication, dans ce qui ressemble à une mission-suicide. Il meurt en l’espace de quelques minutes et se retrouve projeté dans une boucle temporelle, condamné à revivre le même combat et à mourir de nouveau indéfiniment…
Fiche Technique : Edge of Tomorrow
États-Unis – 2013
Réalisation: Doug Liman
Scénario: Dante Harper, Joby Harold, Alex Kurtzman, Christopher McQuarrie, Roberto Orci d’après: le roman All You Need Is Kill de: Hiroshi Sakurazaka
Interprétation: Tom Cruise (Major Bill Cage), Emily Blunt (Rita Vrataski), Brendan Gleeson (Général Brigham), Jeremy Piven (Colonel Walter Marx)
Décor: Neil LamontDate de sortie: 6 avril 2014
Durée: 1h53
Genre: Science-Fiction
Budget: 175 M$
Image: Dion Beebe
Costume: Kate Hawley
Montage: James Herbert
Musique: Christophe Beck
Producteur: Jason Hoffs, Tom Lassally, Jeffrey Silver, Gregory Jacobs, Erwin Stoff
Production: Warner Bros, Village Roadshow Pictures, 3 Arts Entertainment, Translux et VIZ Media
Maps To The Stars : Un pamphlet cynique et violent sur le star-system hollywoodien
On pensait David Cronenberg perdu pour la cause cinématographique. Une perdition, une quasi errance symbolisée par l’épuisement narratif dont il fait preuve depuis quelques années, et qui le voit réitérer de manière plus ou moins informelle ses succès d’antan, et ce, avec des résultats plus ou moins divers. Et à l’heure où bon nombre de cinéphiles restent encore pantois face à la fable hypnotico-financière offerte par Cosmopolis, cela serait oublier qu’avant de livrer des analyses comportementales hypnotiques et malsaines, Cronenberg a fait ses armes dans le domaine de la SF.
Un genre qui a bien des égards, parait surprenant tant ce dernier a pris un malin plaisir dans ses derniers films à sonder l’esprit humain, entre aliénation, folie et violence, le tout avec beaucoup de froideur et de classicisme. Surprenant oui mais pas impossible, car cette volonté de représenter l’homme face à des sentiments aussi destructeurs trouve tout son sens dans la science-fiction car ce genre en plus d’embrasser tous les thèmes chers a Cronenberg, permet d’en témoigner par le gore, l’effroi et d’imprimer ces sentiments à la fois dans le cerveau que sur la rétine. Car, l’œuvre de Cronenberg, reste une œuvre trash, malsaine, violente, qui doublée d’une réelle réflexion, saisit le spectateur par son manque de retenue et de culpabilité. Une œuvre qui ne glorifie ou ne soumet pas au misérabilisme ses personnages, et qui les aborde de manière naturelle.
Une œuvre qui se caractérise aussi par la forte place qu’y occupe la folie ! Qu’elle serve à caractériser la violence dont fait preuve Viggo Mortensen dans History of Violence, à définir la trame de fond comme dans A Dangerous Method ou à poser le décor d’une Amérique, puissance boursière engoncée dans une sphère de violence, d’esseulement et d’avidité a l’instar de Cosmopolis, Cronenberg n’a jamais caché son amour pour ce sentiment, tant ce dernier habite tous les personnages de ses films et donne à ces derniers des pics de cynisme incroyables.
Une œuvre qui encore mise à mal par le trop injustement décrié Cosmopolis, logorrhée verbale politico-financière, avait plus que jamais besoin d’un déclic, d’un renouveau ! Et Maps to the Stars permet d’opérer cette renaissance tant attendue, tant Cronenberg a su choisir le parfait écrin pour sublimer la folie ambiante de son cerveau dérangé : Hollywood !
Ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? Dès la tag-line, présente sur l’affiche du film, le cadre est donné : Cronenberg, fidèle à son habitude, ne prendra pas de gants et dressera un pamphlet aux odeurs de brûlot sur le star system hollywoodien, machine à fric malsaine, cynique et dérangée au possible. Une industrie qui érige en code moral le faux-semblant et qui dépeint de manière sombre, crue et quasi hypnotique le quotidien de ces personnes tentant désespérément de s’y frayer un chemin.
Des personnes aussi différentes qu’une star sur le retour, un gourou des stars, un jeune acteur drogué, une pyromane schizo-poète ou un jeune chauffeur de limousine qui baise sur la banquette arrière ; et qui reflètent les différentes névroses propre au succès que peut offrir La Cité des Anges en transformant cette analyse chirurgicale comportementale en film choral, un genre de film rassemblant différents personnages réunis autour d’un ou plusieurs thèmes majeurs, mais évoluant chacun dans des sous-intrigues qui viennent au gré du scénario à se croiser.
Un genre de film, qui assez peu présent dans la filmographie de Cronenberg, ne s’en révèle pas moins inventif. Car, après avoir exploré les névroses et les combats intérieurs auxquels s’adonnent ses personnages la plupart du temps solitaires, il est amusant de voir les différentes facettes que revêtent ces figures clichées. Car entre le gourou des stars campé par un John Cusack dément, l’actrice sur le retour interprétée par une Julianne Moore désarmante de sincérité et de folie ; les personnages sont encore une fois le meilleur atout de ce voyage d’une froideur étonnante aux confins de la démence !
En clair, Maps to the Stars, adroit mélange d’horreur, de cynisme, d’humour noir, d’hypnose, parvient à cristalliser toutes les attentes qu’un film de Cronenberg peut susciter et permet d’opérer la renaissance de son auteur, qui a l’instar de Martin Scorsese, a dû attendre son plus vieil âge pour sortir sa meilleure œuvre !
Synopsis: Stafford Weiss est un psychothérapeute des stars d’Hollywood. Sa femme est la manageuse de leur fils de 13 ans, une star de la télé sortie de cure de désintox. Leur fille vient de sortir d’hôpital psychiatrique. Elle va se lier d’amitié avec un chauffeur de limousine qui rêve de devenir une star de cinéma. Quant à Havana Segrand, elle est une comédienne sur le déclin mais qui pourrait effectuer son come-back avec le rôle de sa propre mère mystérieusement décédée dans un incendie.
Fiche Technique : Maps to the Stars
Pays: Canada, États-Unis, France, Allemagne
Réalisateur(s): David Cronenberg
Scénariste(s): Bruce Wagner
Interprète: Julianne Moore (Havana), Robert Pattinson (Jerome), Mia Wasikowska (Agatha), John Cusack (Stafford), Sara Gadon (Clarice), Carrie Fisher (elle-même), Olivia Williams (Christina), Evan Bird (Benjie), Niamh Wilson (Sam)…
Date de sortie: 21 mai 2014
Budget: 15 000 000 $
Genre: Drame
Durée: 1h 51
La Crème de la Crème : Campus, et Commerce du Sexe
Synopsis : Dan, Kelliah et Louis sont trois étudiants d’une des meilleures écoles de commerce de France. Ils sont formés pour devenir l’élite de demain et sont bien décidés à passer rapidement de la théorie à la pratique. Alors que les lois du marché semblent s’appliquer jusqu’aux relations entre garçons et filles, ils vont transformer leur campus en lieu d’étude et d’expérimentation. La crème de la crème de la jeunesse française s’amuse et profite pleinement de ses privilèges : tout se vend car tout s’achète… mais dans quelle limite ?
Kim Chapiron, c’est un peu « the boy next door » des enfants terribles du cinéma français. C’est ce gamin qui a eu la chance d’être le voisin de palier de Mathieu Kasovitz. C’est cet étudiant qui n’aura même pas obtenu son bac et qui voit La Haine se réaliser dans son quartier. Ses rencontres avec Kasovitz et Cassel vont lui donner envie de devenir réalisateur. 33 ans et désormais trois longs et deux fois plus de courts métrages à son actif, Kim Chapiron ne chôme pas depuis qu’il a fondé avec Romain Gavras, le collectif Kourtrajmé. Son jeune âge fait qu’il s’intéresse de très près à la jeunesse et la génération actuelle. Il prend un certain recul et traite avec justesse les maux de la génération Y. Avec Sheitan en 2006, il se fait un vilain plaisir de donner un rôle démesuré à son pote Vincent Cassel dans un thriller horrifique bruyant qui laisse déjà entendre que ce petit Kim allait marquer les esprits. Quatre ans plus tard sort un véritable uppercut carcéral, remake de Scum d’Alan Clarke, un film de prison hostile et terriblement désenchanté sur ces ados emprisonnés et les moyens que la société se donnent pour les réintégrer au quotidien. Il ressort de ce dernier film, un travail documentaire poignant où le réalisateur n’éloigne jamais la fiction de la réalité. Boulimique de travail, Kim Chapiron avait passé des mois dans ces prisons pour s’imprégner des ambiances, des univers, des gens et donner de véritables épaisseurs à ses intrigues et surtout à ses personnages.
Avec La Crème de La Crème, Kim Chapiron revient en France et s’intéresse toujours autant à ces jeunes, les décideurs de demain, cette élite empêtrée dans l’ambition et la décadence. Mais ce qui le fascine surtout, c’est cette notion d’amour que la nouvelle génération semble avoir oublié. L’effet internet, dira-t-on.
The Social Network ? Il est vrai que le film lui est souvent comparé. A tort forcément car si Kim capte une époque, un mode de vie, une atmosphère actuelle, il n’en fait que son décor pour mettre en avant trois personnages intellos et ambitieux qui cherchent à savoir ce qu’est finalement l’amour à l’heure où ils sont capables de créer un véritable marché sexuel universitaire. La réussite de ce marché ne prouve qu’une chose, on paye, on vient, on baise, on part et on recommence. « Ma première idée avec ce film était d’évoquer le discours amoureux de la jeunesse d’aujourd’hui, dans un contexte où le divorce et la sexualité sont banalisés ». Oui, oui c’est de cela que le film parle. Certes, l’intrigue se passe -semble-t-il- au sein de HEC (LA business school de France) mais jamais le film ne prend le risque de citer l’école. Entre autres, parce que l’école a refusé que l’équipe du film y pose ses caméras mais également car ce n’est pas l’école ou la réussite en son sein qui l’intéresse, c’est avant tout voir comment ces jeunes dopés aux techniques managériales arrive à se saisir du rapport au sexe d’aujourd’hui pour en faire un véritable marché. Kim Chapiron intègre plein de petits trucs qui permettent de saisir le changement des rapports humains. Il lance son film sur la présentation de l’école puis enchaîne sur un étudiant en pleine masturbation, rivé sur son écran et le tout en 3D. Le sexe, presque aussi vrai que le vrai. Avec nostalgie, on retrouve Chatroulette et ses branleurs compulsifs ou ses jugements hâtifs sur le physique et rien d’autres que le physique. Au fond c’est ça le problème et le film y répond bien, c’est qu’au sein de la génération Y que Kim Chapiron appelle finalement Génération Youporn, le physique a détrôné toute personnalité et pour certains le sexe est devenu une denrée rare, d’où création d’un marché.
Cela ne veut pas dire que La Crème de la crème porte un regard pessimiste sur cette génération -et le plan final en témoigne largement. Cela montre juste que le cinéaste ressent les mêmes peurs à l’égard de cette génération. C’est aussi l’occasion pour lui de lancer quelques piques à ces écoles qui construisent l’élite de demain. Au final, il s’agit d’un lieu clos, presque à part de la société, qui a ses rituels, son folklore, son langage. Les personnages observent les soirées de l’école et découvrent des codes, des stratégies, des techniques qu’il faut identifier, analyser et contrôler pour créer ce marché. Ces situations donnent lieu à des dialogues incroyablement bons où le sexe est assimilé aussi facilement à des termes économiques. Il faut dire que les acteurs y sont plutôt bons. Dan, Kelly et Louis sont jeunes et brillants. Certains reconnaîtront Thomas Blumenthal, qui a fait ses débuts dans Les Choristes et qu’on va retrouver dans Babysitting, d’une justesse et d’une retenue effarante. Son personnage est en total décalage dans la vie et se retrouve incertain sur tout. Il n’est jamais sûr de vouloir agir comme il fait, de vouloir tomber amoureux. Même ses goûts musicaux sont en décalage avec la génération d’aujourd’hui, quand les étudiants écoutent Justice ou Brodinski, lui chantent Berger ou Fugain. Alice Isaaz vient juste de se créer un honnête CV de cinéma avec les sorties respectives de La Cage Dorée ou Fiston. Tout comme Thomas Blumenthal, son personnage est en décalage avec la société, de par son orientation sexuelle et s’avère frustrée, presque en colère de voir que son marché tourne, réduisant à néant tous ses espoirs en la notion d’amour. Jean Baptiste Lafarge était déjà présent dans Les Yeux de sa Mère ou JC comme Jésus Christ mais avec ce rôle il s’avère déjà être une gueule du jeune cinéma français. Au sommet de l’élite et de la richesse, égocentrique et prétentieux, belle gueule et agaçant, il n’en est pas moins un personnage dont la réussite importe mais pas autant que « la frayeur ». Deux caméos viendront ponctuer le long métrage, celui de Mouloud Achour en DJ des soirées HEC, ou Jonathan Cohen (la géniale série Les Invincibles), le frère de Thomas Blumenthal.
S’il faut bien reconnaître une chose à Kim Chapiron, c’est qu’il a une vraie patte esthétique. Sa mise en scène ne ressemble à aucune autre en France et c’est un metteur en scène qui sait filmer les déboires d’une génération et surtout ses soirées décadentes. La lumière lors des soirées est juste sublime. La pellicule transpire de toute cette énergie déployée, de cette frénésie ambiante et de la chaleur des corps, des esprits soûls et de la chair dans ce qu’elle a de plus brute. Les peu de rapports sexuels visibles à l’écran sont filmés sans composition sonore, juste le bruit des corps qui s’entremêlent et des respirations alternées. Il y a un vrai travail de montage à laisser durer le plaisir plutôt que le couper trop rapidement. La dernière séquence montre un baiser et quel baiser, un vrai long baiser de cinéma comme on n’en fait plus. Un plan implacable. Derrière ça, les détracteurs du cinéaste continueront à lui reprocher son style publicitaire aux couleurs flashys et au montage ultra-découpé. C’est ce qui a été reproché à Fincher sur The Social Network, c’est un choix mais dans l’idée, ça fonctionne ! Après le film use de grosses ficelles scénaristiques par moment. La Crème de la Crème se rapproche parfois d’une sitcom à la française où les personnages sont empêtrés dans des histoires d’amour qui éclipsent certains propos du film. Quelques séquences viennent appuyer au marteau que ces jeunes n’ont aucune conscience de leurs actions, en témoigne la prise d’ecstasy ou les drinking game. Sans compter et c’est assez étonnant que Kim Chapiron, ou du moins l’intrigue, porte un regard extrêmement misogyne, les femmes étant prêtes à tout pour faire la fête et se sortir de leurs conditions misérabilistes.
Avec La Crème de la Crème, Kim Chapiron achève sa trilogie des moins de 20 ans et s’en va sur un projet plus mature. Il réalise une œuvre implacable dans le paysage audiovisuel français et prend avec parcimonie toute l’essence du film de campus américain en ajoutant une bonne dose de comédie romantique et de cynisme. Si le réalisateur tombe rapidement dans la misogynie, il ne fait jamais l’erreur de retranscrire la caricature du campus avec son lot de bizutage et de personnages winners et losers. Le cinéaste capte avant tout une génération d’étudiants consuméristes qui ne se rendent même pas compte qu’ils frôlent avec le proxénétisme. C’est aussi un regard sur ces jeunes qui souhaitent faire partie de groupes d’appartenance. C’est un regard désenchanté sur une génération qui fait de la peine à Kim Chapiron mais dont le dernier plan laisse à croire qu’il a encore beaucoup d’espoir en ces jeunes, qui apprendront de leurs erreurs. Le cinéaste a le mérite de ne pas porter de regard hautain sur ces élèves. Le plus drôle, c’est que malgré ce qu’est censé dénoncer le film, La Crème de la Crème fait un tabac sur les campus où il a été présenté en avant-première. Il y a même des fêtes appelées « Crème de la Crème ». Pas dénué de défauts, il faut cependant admettre que Kim Chapiron est devenu un enfant terrible du cinéma français et il ne s’agit que d’une question de temps avant les festivals et cérémonies ne récompensent son travail. Là n’est pas son objectif mais ce serait à minima la reconnaissance d’un milieu qui salue timidement son travail.
Fiche Technique : La Crème de la crème
France – 2013
Réalisation: Kim Chapiron
Scénario: Noé Debré, Kim Chapiron
Interprétation: Thomas Blumenthal (Dan), Alice Isaaz (Kelly), Jean-Baptiste Lafarge (Louis), Karim Ait M’Hand (Jaffar), Marine Sainsily (Eulalie), Marianne Denicourt (mère de Louis), Bruno Abraham-Kremer (père de Dan), Mouloud Achour (DJ Metro Party)
Date de sortie: 2 avril 2014
Durée: 1h30
Genre: Comédie dramatique
Image: Crystel Fournier
Décor: Christian Vallat
Costume: Justine Pearce
Son: Arnaud Lavaleix
Montage: Benjamin Weill
Musique: Ibrahim Maalouf
Producteur: Benjamin Elalouf, Pierre-Ange Le Pogam