Grace de Monaco : Critique du film

Grace de Monaco : Une fresque biographique scintillante et lénifiante !

« Fenêtre sur Four », « Délicieuse catastrophe », « Royal navet » ; autant d’expressions qui frôlant l’oxymore, attestent du dégoût généralisé de la presse mondiale pour Grace de Monaco, la dernière œuvre d’Olivier Dahan, réalisateur français adepte du béret et qui depuis son film La Môme, est devenu le porte-étendard des éloges panégyriques féminins, comprenez un hommage à une illustre personne la plupart du temps exagéré.

Mais, face à autant de paroles assassines, la réelle question est de savoir si ce lynchage public en bonne et due forme est justifié ou s’il symbolise l’élitisme et l’égo surdimensionné des critiques, soucieuses de faire bonne figure en détruisant de temps à autres le film d’un réalisateur inégal ?
Car, Olivier Dahan, après sa comédie footballistique lourdingue Les Seigneurs, est clairement une cible à abattre aux yeux des critiques. Il a besoin de se ressourcer, de revenir à ce qui a fait sa renommée, à savoir le biopic quasi canonisant tout en évitant la déconvenue occasionnée par Diana, d’Olivier Hirschbiegel, qui souhaitant lui aussi lever le voile sur une personnalité iconique, s’est lamentablement planté en livrant une fiction lénifiante et bourrée de pathos !

Mais cette fois, point d’hommage à une princesse britannique mais bien à une actrice de renom devenue princesse monégasque : Grace Kelly !
Native de Philadelphie et issue d’une riche famille ne la souhaitant pas voir vivre son rêve de comédienne, celle qui joue sous la houlette des plus grands de l’époque tels qu’Hitchcock ou Zinnemann s’est vite forgée une renommée s’exportant au-delà des frontières américaines et qui se fraie un chemin jusque sur les plages monégasques un beau jour de l’année 1956. Une renommée qui trouve son point d’orgue lorsque celle-ci se marie avec le Prince Rainier III, Prince Souverain de Monaco, permettant alors de cristalliser en une union le rêve de millions de petites filles à devenir des princesses (Merci Disney au passage).

Et pourtant, chaque conte de fée recèle de nombreuses facettes. Il y a les paillettes et les avantages liés au rang et au statut mais surtout le protocole. Un protocole bien difficile à suivre lorsqu’Alfred Hitchcock de par son projet de film amène ce feu artistique qu’elle accepte d’éteindre mais qui la consume encore. Une voie qui lui manque et qui, couplée à des problèmes maritaux et une situation politique tendue (la menace d’annexion de la France) la font douter et la confronte à une question, qui constitue le cœur du film : comment passer le reste de sa vie dans un lieu où elle ne peut pas être soi-même ?

Une image et un questionnement, qui bien qu’intéressant souffrent d’une gestion très maladroite. En effet, avec Grace de Monaco, Dahan, peu soucieux de se voir attribuer l’étiquette d’historien et relater les événements tels que l’Histoire les dicte ( l’historien Jean des Cars, spécialiste de la famille royale monégasque, a d’ailleurs déclaré après visionnage du film qu’ « historiquement, politiquement, sociologiquement et humainement, il n’y a pas une scène ni une réplique qui soit conforme à la réalité ni même à la vraisemblance. »), opte pour une mise en scène s’affranchissant du protocole des biopics et propose ainsi une fiction inspirée de faits réels qui ne cherche pas à réinventer la réalité mais bel et bien à la repeindre.

Repeindre oui, car Dahan préfère l’étiquette d’artiste à celle d’historien. Tel un Picasso de la pellicule, celui-ci cherche par les libertés qu’il prend avec l’Histoire, à dresser de manière assez fidèle le portrait caché de cette Princesse méconnue en mettant a disposition de Nicole Kidman la palette d’émotions que ressent Grace, entre peur, incertitude, déception et enfermement. Grace de Monaco, ce sont des émotions, qui de par leur surexploitation laisse transparaître le réel défaut du film : la vacuité de son scénario. Personnages la plupart du temps assez creux et réduits à des stéréotypes, baisse de régime due à l’improvisation ou encore mélange hasardeux entre film d’espionnage, film de conspiration, récit familial et drame scintillant, le film est un peu tout à la fois, sans jamais donner une ligne directrice.

Tout juste, pouvons-nous nous extasier devant la représentation des années 1960, qui parfaitement retransmise, évite au film de sombrer dans les limbes de la nullité. Et, comme pour imprimer nos rétines d’une dernière image choc, Dahan prend un malin plaisir à transformer Grace Kelly en héroïne aguicheuse avec un regard de braise et pose suggestive ; comme si dans un dernier baroud d’honneur, celui-ci cherchait à rendre son œuvre aussi flamboyante qu’une chandelle romaine !

Synopsis : Lorsqu’elle épouse le Prince Rainier en 1956, Grace Kelly est une star de cinéma, promise à une carrière extraordinaire. Six ans après, alors que son couple rencontre de sérieuses difficultés, Alfred Hitchcock lui propose de revenir à Hollywood, pour incarner Marnie dans son prochain film. Mais c’est le moment ou la France menace d’annexer Monaco, ce petit pays dont elle est la Princesse. Grace est déchirée. Il lui faudra choisir entre la flamme artistique qui la consume encore ou devenir définitivement : Son Altesse Sérénissime, la Princesse Grace de Monaco.

Ce film est présenté en Ouverture du Festival de Cannes 2014.

Fiche Technique : Grace de Monaco

Nationalité: France, USA, Belgique, Italie
Réalisateur: Olivier Dahan
Interpréte: Nicole Kidman (Grace Kelly), Tim Roth (Rainier III), Frank Langella (Tucker), Paz Vega (Callas), Parker Posey (Madge), Milo Ventimiglia (Rupert Allan), Robert Lindsay (Onassis), Derek Jacobi (Fernando D’Aillieres), Roger Ashton-Griffiths (Hitchcock), André Penvern (De Gaulle) …
Genre: Drame, Biopic
Sortie en salles: 14 mai 2014
Taille: 1h42
Budget: 30 M€

 

 

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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