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Sea Fog – Les clandestins, un film de Sung Bo Shim : Critique

Pour tout cinéphile amateur de films coréens, Sea Fog est certainement une grosse attente. Bong Joon-ho (ou Joon-ho Bong, c’est selon), le réalisateur de rien de moins que les excellents The Host et Snowpiercer, a offert à son ami Sung Bo Shim, le scénariste de Memories of Murder, l’opportunité de réaliser son premier film en le produisant. En plus de ce duo gagnant derrière la caméra, le plaisir de retrouver Yun-seok Kim, l’acteur vedette de The Chaser et Murderer, fera du film un pur plaisir pour les fans de cinéma made in Korea.

Synopsis : Kang, le fier capitaine de son bateau de pêche, le Jiujin, se voit proposer un contrat inédit, prendre à son bord un groupe de clandestins chinois pour les emmener jusqu’en Corée. La transaction se fait et l’équipage du bateau va chercher en haute mer la cargaison. Sous la peur des garde-côtes et au contact des immigrés, les esprits vont commencer à se crisper et la fin du voyage va être compromis…

C’est la mer qui prend l’homme!

Adapté d’une pièce de théâtre, le film prend l’allure d’un huis-clos maritime, un genre rare car difficile mais qui comprend des œuvres aussi intimistes que Lifeboat qu’imposante que Titanic, mais aussi des films épiques comme Das Boat ou Poséidon. La taille du bateau de pêche, et son équipage composé d’une demi-douzaine d’hommes rapidement rejoints par autant de clandestins, implique la mise en place d’une ambiance claustrophobique dans un espace réduit. La tension qui naît entre les hommes, les coups de nerfs d’un capitaine lunatique et l’épaisseur du brouillard marin (qui offre son titre au film) vont contribuer à cette atmosphère étouffante et à la montée crescendo d’un suspense habilement haletant bâti sur une ambiguïté morale agréablement perverse.

Alors que le premier quart d’heure a toutes les allures d’un drame social sur la condition des pêcheurs sud-coréens et que l’observation compassionnelle de la marchandisation des immigrés appuie cette impression de film consensuel, il est difficile de voir venir le survival hardcore dans lequel le film va peu à peu sombrer. La tension qui monte entre les marins naît en fait de l’arrivée inopportune à bord de deux femmes, la frustration sexuelle devient alors une source de violence extrême. Ce climat de crispation tant psychologique que physique puis le terrible drame qui survient à mi-parcours va tout simplement transformer la suite en une surenchère de folie meurtrière. L’horreur de la situation, ancrée dans une réalité sociale déplorable, va donc céder sa place à une violence purement jouissive, avec, à chaque étape du film, une mise en scène brillamment adaptée au genre duquel elle se rapproche le plus. C’est à ce talent qu’a le réalisateur d’adapter sa façon de filmer à l’état d’esprit de ses personnages que l’on peut y voir la révélation d’un réalisateur talentueux et jusqu’au-boutiste, comme on les aime. Si la conclusion du film peut toutefois sembler évasive, elle a au moins le mérite de nous éviter le happy-end ultra-galvaudé que l’on voyait venir gros comme une maison.

Sea Fog : Bande-annonce (VOST)

Fiche technique: Sea Fog

Titre original:  해무
Réalisation: Sung Bo Shim
Scénario: Sung Bo Shim, Joon-ho Bong
Interprétation: Yun-seok Kim, Park Yu-chun, Han Ye-Ri
Photographie: Alex Hong Kyung-Pyo, Kim Chang-Ho
Montage: Kim Jae-Bum , Kim Sang-Bum
Producteur: Joon-ho Bong, Kim Lewis
Production: Lewis Pictures
Distributeur en France: The Jokers
Durée: 105 minutes
Genre: Drame, Thriller
Date de sortie: 1er avril 2015

Corée du Sud – 2014

La cour de Babel : critique du film

Synopsis : Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais… Pendant un an, Julie Bertuccelli a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même classe d’accueil pour apprendre le français. Dans ce petit théâtre du monde s’expriment l’innocence, l’énergie et les contradictions de ces adolescents qui, animés par le même désir de changer de vie, remettent en cause beaucoup d’idées reçues sur la jeunesse et l’intégration et nous font espérer en l’avenir…

la cour des miracles

Cette classe d’accueil, donne l’opportunité à des enfants venant de différents pays, de se mettre à niveau, pour reprendre un cursus scolaire classique. On trouve 24 élèves de 22 nationalités différentes, allant de 11 à 15 ans, essayant de trouver leurs marques dans un pays ou il ne maîtrise pas encore la langue et la culture. Certains sont heureux d’être là, d’autres, pas vraiment. Ils ont fui un pays qui ne voulaient plus d’eux, mettant leurs vies en danger, ou pour rejoindre leurs parents déjà présents en France.
Une classe, auquel on s’attache rapidement face à ces visages souriants, mais parfois dur. On va apprendre à connaitre la plupart d’entre eux, à vibrer avec eux, au rythme de leurs rires, mais aussi de leurs larmes. On va découvrir des personnalités aussi différentes, qu’intéressantes. Il y a de la vie dans cette classe, dans leurs mots et surtout, dans leurs rêves. Julie Bertuccelli colle sa caméra à leurs visages, ce qui donne un sentiment d’immersion, en nous mettant au plus près d’eux. L’enseignante principale est invisible au début, elle fait plus office de voix off, avant de prendre de l’importance et d’offrir de fortes émotions. Il y a une foule de sentiments qui se dégagent de ses images, à travers diverses situations.

En alternant les scènes dans la classe, puis celle des élèves avec leurs parents face à l’enseignante principale, après les conseils de classe, cela nous permet de mieux les cerner, de comprendre d’ou ils viennent et pourquoi ils sont là. Des enfants qui font office d’interprètes, mais aussi plus matures, en portant sur leurs frêles épaules, les espoirs de leurs parents, qui veulent les voir réussir, comme ce père émouvant, qui porte un regard rempli de fierté face à sa fille recevant les félicitations. Des enfants passant des classes, aux bureaux des services administratifs, pour aider leurs parents, qui ni ne parlent, ni ne lisent le français. Ils doivent concilier leurs études et les responsabilités, qui sont normalement incombé aux adultes. Ils ne sont pas tous dans ce cas, certains vivent chez leurs tantes ou autres. Mais ils ont tous un point commun, cela restent des enfants.

Dans un film, ou une série, il y a toujours un événement qui tente de créer une forte émotion. Le documentaire n’est pas en reste dans ce domaine et le départ d’une élève, est un véritablement déchirement pour la classe, mais aussi pour nous. On est en empathie face à chacun d’eux, on a envie de les soutenir et de les voir réussir. Il faut les voir débattre sur la religion, ou l’une d’elle est en pleine confusion, avec un père musulman et une mère chrétienne, en passant de la mosquée à l’église. Ils se posent des questions sur l’existence et sortent des vérités, que bien des adultes ont oublié avec le temps. Il y a une sincérité dans leurs mots, dans leurs regards, qui les rendent touchants et émouvants. C’est à ce moment-là que la caméra prend du recul et met plus en lumière l’ensemble de la classe, en dévoilant leurs côtés artistiques, ou se mêle le chant, le dessin et la musique. Il y a un talent brut en eux, qui ne demandent qu’à s’exprimer et qui est récompensé lors d’un festival de court-métrage. C’est une bouffée d’air frais pour eux de sortir de cette classe, de se confronter à ce monde, envers lequel, ils sont pleins d’attentes.

Nominé aux césars 2015, dans la catégorie « Meilleur documentaire », cette cour de Babel est profondément humaine, elle met du baume au cœur et donne envie d’un avenir meilleur, pour ces enfants, venant de tout horizons. L’émotion est réelle, car ils sont vrais, pas encore pervertis par les affres du temps et de la vie. On assiste à une belle leçon de vie, dont on a envie, qu’elle ne se finisse jamais, un pur moment de bonheur.

La cour de Babel – Julie Bertuccelli

Fiche technique : La cour de Babel

France – 2014
Réalisation : Julie Bertuccelli
Montage : Josiane Zardoya
Musique : Olivier Daviaud
Photographie : Julie Bertuccelli
Producteurs : Yaël Fogiel et Laetitia Gonzalez
Production : Les films du Poisson et Sampek Production
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Documentaire
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 12 mars 2014

House Of Cards, saison 3, critique de la série

La saison 3 de House Of Cards marque peut-être un véritable virage par rapport aux deux premières. Virage dû aux événements, mais surtout au fait que Frank Underwood, spécialiste de la conquête et challenger par vocation, n’a plus réellement à conquérir, puisqu’il siège désormais au sommet du monde.

Synopsis : Frank Underwood est désormais président, mais un président privé de son éternel bras droit, Doug Stamper. Du coup, la politique, son couple, tout semble lui échapper et sa vie devient une succession d’échecs.

Le Challenger

Le parfum de la conquête

Virage également dû à ce que subit Doug Stamper en fin de saison deux et qui va l’éloigner, temporairement, de la politique et de ses magouilles, qui faisaient sa raison de vivre. Deux raisons parmi d’autres, qui font que le ressenti sur cette troisième saison est bien différent. Moins incisive et moins saignante, elle gagne fortement en profondeur et prend le temps de la réflexion sur le monde politique ses vérités, ses mensonges, et leur articulation avec la vie privée et sentimentale.

Le chemin plus que le but

C’est finalement plus l’accession au pouvoir que le pourvoir en lui-même qui semble être le moteur de Frank Underwood, non pas que le pouvoir le laisse indifférent, mais il ne le satisfait pas tant que le plaisir de la conquête. Car comme le dit l’adage, le chemin importe plus que la destination, et même si on sentait en fin de saison deux la satisfaction du nouveau président d’être arrivé là, c’est plus les coups tordus qui l’ont mené à destination qu’il savourait et qui font tout le « charme » de Frank Underwood. Dans cette saison Frank est président, doit tout faire pour le rester aux prochaines élections, et découvre que la gestion des affaires courantes du pays et du monde, offre bien moins de latitudes aux embrouilles que le métier d’intriguant, qui était sa spécialité.

Un bras droit amputé

L’autre point majeur de cette saison, qui rejoint directement le premier, c’est l’absence de son âme damnée, l’homme des basses besognes, Doug Stamper, le seul en qui Frank a confiance. Seulement voilà, en fin de deuxième saison, Doug est laissé pour mort et revient progressivement à la vie en début de troisième. Un étrange glissement s’opère alors, durant sa rééducation, qui arrive à le rendre réellement sympathique, car on le sent rempli autant de douleurs psychologiques que physiques. On comprend vite que, si le président Underwood est beaucoup moins fringuant et enchaine les échecs, c’est parce-que Doug n’est plus à ses côtés. On se surprend alors à souhaiter ce retour, qui donnait une telle dynamique à ce duo et à la série. Lorsque cela se produit, dans une réaction malsaine, on s’en réjouit très sincèrement, car ce qui faisait le sel et l’immoralité de cette série, va nous être rendu.

Toujours un cheveu

Il y a juste un bémol dans cette troisième saison, déjà présent dans la deuxième et qui revient de nouveau tel un cheveu sur la soupe, c’est la question des mœurs sexuelles du président. Non pas qu’elles ont un quelconque aspect immoral ou anormal, c’est plutôt la manière dont cette bisexualité est amenée. Même si elle peut expliquer des aspects du personnage, elle a ici un côté trop glauque et reste trop déconnectée de l’intrigue, ne s’y incère pas de manière pertinente, pour ne pas mettre en colère lorsqu’elle s’affiche.

Netflix : naissance d’un empire

Mais le reste, ce qui fait de House Of Cards une série hors normes, y est comme à chaque saison. Qu’il s’agisse d’un Kevin Spacey (Usual Suspects, American Beauty) toujours bluffant, qui transforme son personnage en monstre au dernier épisode. Qu’il s’agisse de Robin Wright (Princess Bride, The Pledge), toujours vaporeuse, d’une classe qui s’affirme toujours un peu plus. Qu’il s’agisse de l’intrigue, toujours menée de main de maître, pleine de ce rythme qui fait que dès que l’ennui commence à poindre, un deus ex machina montre le bout de son nez. Une série qui vient confirmer que Netflix est en train de devenir un empire, qui a compris que les modes de production, de diffusion et le format des séries devaient évoluer et s’adapter aux nouveaux modes de consommations des amateurs.

Fiche Technique – House Of Cards

Création : Beau Willimon
Scénario : Keith Huff, Rick Cleveland, Sarah Treem, Sam Forman, Kate Barnow, Gina Gionfriddo, Bill Cain, Laura Eason, Kenneth Lin, John Mankiewicz, David Manson, Bill Kennedy et Beau Willimon
Casting : Kevin Spacey, Robin Wright, Michael Kelly, Molly Parker, Mahershala Ali
Direction artistique : Eigil Bryld
Costumes : Derek Sullivan
Montage : Kirk Baxter
Musique : Jeff Beal
Production : David Fincher, Kevin Spacey, Eric Roth, Andrew Davies et Michael Dobbs
Sociétés de production : Media Rights Capital, Trigger Street Productions, Wade/Thomas Productions
Société de distribution : Netflix
Format : 13 épisodes de 55’
Statut : en cours

Auteur : Freddy M.

Les Noces Funèbres, un film de Tim Burton – Critique

2005 est une année particulièrement prolifique pour Tim Burton, qui sortira deux films en l’espace de quelques mois. Après le triomphe de Charlie et la Chocolaterie, le réalisateur revient à ses premiers amours avec Les Noces Funèbres.

Synopsis : Au XIXe siècle, dans un petit village d’Europe de l’est, Victor, un jeune homme, découvre le monde de l’au-delà après avoir épousé, sans le vouloir, le cadavre d’une mystérieuse mariée. Pendant son voyage, sa promise, Victoria l’attend désespérément dans le monde des vivants. Bien que la vie au Royaume des Morts s’avère beaucoup plus colorée et joyeuse que sa véritable existence, Victor apprend que rien au monde, pas même la mort, ne pourra briser son amour pour sa femme.

Hymne à la joie

Douze ans après L’Étrange Noël de Monsieur Jack, le revoilà aux commandes d’un projet en animation stop motion. Cette fois-ci, il est de tous les postes ou presque, assumant la triple casquette de metteur en scène, scénariste (s’il n’écrit pas les dialogues, l’idée et la trame principale sont de lui) et producteur. Un excellent moyen de s’assurer un contrôle total d’une œuvre qui, sans atteindre la brillance visuelle ou l’émotion narrative de L’Étrange Noël, porte tout de même la griffe de son créateur.

La mort leur va si bien

À commencer, bien sûr, par l’esthétique. Les Noces Funèbres se scinde en deux univers clairement définis : celui des vivants, terne et gris, et celui des défunts, bien plus joyeux et coloré. Une dichotomie qui se trouve au centre de l’histoire, opposant deux mondes séparés par l’ultime frontière : celle de la mort. Le thème est cher à Burton, et peut se retrouver, déjà, dans Beetlejuice. L’entre-deux y était déjà représenté comme un lieu aux couleurs flashys, plus étrange que véritablement festif comme c’est le cas ici, mais déjà loin de l’idée que s’en fait la culture populaire occidentale actuelle. On peut également la retrouver dans Batman Le Défi, où l’antre du Pingouin, dans les égouts de la Gotham, a des allures de carnaval grotesque, très éloigné de l’aspect sombre de la ville au-dessus de lui.

Puisant son inspiration dans le gothique Anglais le plus pur, Burton crée un monde presque monochrome, fait de salles immenses à l’ambiance morose. On retrouve là certains aspects d’un de ses films cultes, La Belle et la Bête (la version Cocteau, pas celle de Disney), le manoir du prince ayant visiblement marqué le jeune homme. Dans le même temps, il mixe des éléments venus d’Europe de l’Est, et notamment de la Russie, pays dont est tirée la légende ayant inspiré l’histoire. Les fêtes dans le monde des morts font en effet irrésistiblement penser au folklore des Balkans et à la convivialité régnant dans les pays de l’Est.

Les histoires les plus courtes…

Si la direction artistique et la mise en scène de Burton sont toujours aussi efficaces, Les Noces Funèbres pêche un peu au niveau de son scénario. La durée relativement courte du film (seulement 75 minutes) devrait assurer son intérêt, pourtant quelques longueurs apparaissent rapidement au fil d’un récit finalement assez quelconque. Une fois passé le plaisir de la découverte du monde des morts, force est de constater que la magie retombe un peu et qu’un certain ennui s’installe alors. S’il reste une belle réussite, Les Noces Funèbres pâtit de la comparaison avec L’Étrange Noël, qui parvenait sans mal à charmer jusqu’au bout.

Un défaut mineur, et qui ne gâche pas le charme de ce nouveau bijou de stop-motion. Un style que Burton aura réussi à transcender en seulement deux films. Le mélange des univers est une totale réussite, prouvant encore une fois le génie visionnaire de son créateur, lorsqu’il ne tente pas d’en faire trop. Ses deux films suivants, Sweeney Todd et Alice aux pays des merveilles, en reprendront d’ailleurs plusieurs éléments visuels. Sans atteindre le même degré de réussite, tout de même.

Les Noces Funèbres – Fiche Technique

USA – 2005
Animation, Fantastique, Romance
Réalisateur : Tim Burton, Mike Johnson
Scénariste : John August, Caroline Thompson, Pamela Petter, sur une idée originale de Tim Burton
Distribution : Johnny Depp (Victor Van Dort), Helena Bonham Carter (Emily), Emily Watson (Victoria Everglot), Tracey Ullman (Nell Van Dort/Hildegarde), Christopher Lee (Le Pasteur)
Producteurs : Tim Burton, Allison Abbate
Directeur de la photographie : Peter Kozachik
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Jonathan Lucas
Production : Warner Bros, Vinton Studios
Distributeur : Warner Bros France

Auteur : Mikael Yung

Diversion: Musique, Bande Originale

Diversion – la BO / Trame sonore / Soundtrack

La Classe Will !

Il faut bien dire qu’elle a la classe cette bande-originale, très riche de tous les grands artistes qui jouent dessus. Elle oscille entre jazz lounge et chic et des sonorités un peu plus rock. Un mélange inhabituel donc, très agréable à laisser tourner, un disque qui s’écoute en fait pour lui-même, sans qu’il y ait besoin de le rattacher au film. Pour le peu qu’on a vu de ce film à venir, on sent la volonté d’installer une ambiance de douce soirée d’été, lorsqu’on se laisse aller avec une coupe de champagne à la main sur des airs de jazz langoureux.

Mais pas que, puisqu’on retrouve de tout sur cet album, même jusqu’à un morceau d’Iggy & The Stooges, légendaire groupe rock américain de la fin des années 60. Voilà donc une bande originale d’une qualité rare, même si le therme « originale » semble du coup un peu usurpé, qui accompagne un film qui semble par contre être la source d’avis plus que partagés. Il faut espérer alors que cette superbe bande son saura rallier tous les suffrages, dans le cas contraire, la présence de Will Smith ne suffira pas à sauver le film du naufrage.

Nick Urata, « Crazy, Stupid, Love »est le compositeur du film Diversion réalisés par Glenn Ficarra et John Requa.

Diversion Soundtrack – You Don’t Have To Worry

Sortie : 24 février 2015

Distributeur : WaterTower Music

Durée : 55’

Tracklist :

1. I’m A Manchild par Bruno Hovart

2. Sofa Rockers par Sofa Surfers

3. Please ! par Edward Sharpe

4. Wind It Up par Stooges Brass Band

5. You Don’t Have To Worry par Doris & Kelley

6. Meet Me In The City par Junior Kimbrough

7. Gimme Danger par Iggy & The Stooges

8. Chorra par Los Mareados

10. La Espada De Cadorna par Mauro Alberelli

11. Gerli Hood par Ivan Diaz Mathe

12. Corazon De Piedra par Alejandro Medina

13. White Bird par I’ts A Beautiful Day

14. Love Makes The World Good par Barbara Lewis

15. Focus par Nick Urata

Auteur : Freddy M.

 

 

Rétro Burton : L’Étrange Noël de Monsieur Jack – Critique

Que tous ceux qui pensaient encore que L’Étrange Noël de Monsieur Jack avait été réalisé par Tim Burton lèvent la main… Perdu !

Synopsis : Jack Skellington, roi des citrouilles et guide de Halloween-ville, s’ennuie : depuis des siècles, il en a assez de préparer la même fête de Halloween qui revient chaque année, et il rêve de changement. C’est alors qu’il a l’idée de s’emparer de la fête de Noël…

Ce petit bijou de l’animation a en réalité été mis en scène par Henry Selick, autre amateur d’imagerie gothique et d’univers un peu à part, qui a également adapté James et la Pêche Géante, toujours produit par Burton, mais aussi l’excellent Coraline, il y a tout juste cinq ans. Pourquoi, alors, parler de ce film dans une rétrospective consacrée au réalisateur de Big Eyes ? Parce que, hormis la réalisation justement, pratiquement tout est signé Burton. Et, franchement, cela se voit un peu…

D’une saison à une autre

Le scénario, tout d’abord. L’Étrange Noël de Monsieur Jack est l’adaptation en long métrage d’un poème écrit par le jeune homme au début des années 80, à une époque où il n’est encore que simple animateur chez Disney. Il faudra attendre presque dix ans et les débuts de la starification de son auteur pour voir enfin les personnages qu’il a créé prendre vie sur grand écran. On retrouve d’ailleurs les thèmes chers à Burton dans ce conte de Noël d’un genre un peu particulier à travers l’histoire de Jack Skellington, roi d’Halloween qui aspire à être ce qu’il n’est pas, et cherche à découvrir un monde nouveau, loin de la froideur de son univers.

La légende veut que l’idée lui soit venue alors qu’il passait devant la devanture d’un magasin. Il aurait alors observé les employés changeant la décoration des vitrines, échangeant les personnages d’Halloween contre ceux de Noël, et combinant les deux l’espace d’un instant. Le poème The Nightmare before Christmas (titre original du film, bien plus mélodieux et original par ailleurs) comporte déjà la trame du film, et il a dès lors suffi de rajouter une intrigue amoureuse et un grand méchant digne de ce nom pour obtenir le scénario final. Restait alors à donner vie à cette vision décalée.

Citrouilles et sapins

C’est là, une nouvelle fois, qu’intervient Tim Burton. C’est à lui, en effet, que revient la tâche de créer décors et personnages. Après tout, c’est lui qui a imaginé ce monde. Quoi de plus naturel que de lui en confier la direction artistique ? Après avoir plongé dans les méandres de Gotham City, le voici donc chargé de créer HalloweenLand, mais aussi la ville du Père Noël, et tous leurs contrastes. L’occasion idéale pour tester sa créativité débordante. L’Étrange Noël de Monsieur Jack est d’ailleurs un sacré challenge pour les équipes d’animateurs. Pour la petite histoire, il s’agit du tout premier long-métrage réalisé exclusivement en stop-motion…

S’il n’est pas (vraiment) signé Burton, L’Étrange Noël de Monsieur Jack est associé au réalisateur d’Edward aux mains d’argent pour une raison. Sans tenir la caméra, celui-ci se retrouve partout, à chaque seconde, à chaque plan. Après tout, l’histoire est de lui, les décors et le design sont de lui… Certes, Selick est un grand réalisateur… Mais on a tout de même envie de rendre à César ce qui lui appartiendrait presque.

L’Étrange Noël de Monsieur Jack – Fiche Technique

USA – 1993
Animation, Fantastique, Familial
Réalisateur : Henry Selick
Scénariste : Tim Burton, Michael McDowell, Caroline Thompson
Distribution : Chris Sarandon (Jack Skellington), Danny Elfman (Jack Skelligton, Barrel), Catherine O’Hara (Sally)
Producteurs : Tim Burton, Denise DiNovi, Kathleen Gavin Jeffrey Katzenberg
Directeur de la photographie : Pete Kozachik
Compositeur : Danny Elfman
Production : Skellington Productions, Touchstone Pictures
Distributeur : Walt Disney Studios Motion Pictures France

Auteur : Mikael Yung

Frankenweenie, un film de Tim Burton – Critique

1984 : Tim Burton, alors jeune cinéaste de 26 ans réalise son septième film, un court métrage d’une trentaine de minutes intitulé Frankenweenie.

Synopsis : Victor Frankenstein vit avec sa famille et son chien dans une banale banlieue américaine et se passionne pour les sciences. Lorsque son chien Sparky est écrasé par une voiture, Victor tente tout pour le ramener à la vie.

Tim Sans Burton

Plus c’est long plus c’est bon…vraiment ?

Ce court, assez réussi mais encore éloigné de l’univers en devenir de cet enfant terrible, pose déjà les jalons de ce que sera demain son cinéma : une transposition dans nos sociétés modernes des mythes et des peurs ancestrales qui hantent l’humanité depuis qu’elle sait avoir peur. Transposition qui ici, à travers des acteurs comme Barret Oliver (L’Histoire Sans Fin) ou Shelley Duvall (Shining), ne revêt pas toute la subversion et l’irrévérence à venir d’un réalisateur, qui fera de la banlieue américaine moyenne sa cible privilégiée.

Garanti avec édulcorants

2012 : Tim Burton, alors moins jeune réalisateur de 54 ans, réalise son 25ème film (télévision comprise), transformant le court-métrage Frankenweenie en un long-métrage d’animation. Loin de réadapter son œuvre initiale, Tim Burton en reprend trait pour trait le canevas (parfois au plan près) et l’étire à l’infini pour n’en faire qu’une (pâle) copie, en plus long, perdant au passage la sincérité artisanale du court. Une copie certes, mais passée par le filtre des studios Disney, spécialistes reconnus des édulcorants cinématographiques, convaincus qu’ils semblent être, depuis des décennies, qu’il ne faut surtout plus faire peur aux enfants.

Politiquement correct

Même s’il y avait un côté rassurant à voir Burton tenter de se réapproprier une œuvre de jeunesse, le fait qu’en cette année 2012 sa carrière de cinéaste de génie semble n’être qu’un souvenir s’arrêtant à Sleepy Hollow (et peut-être à Sweeney Todd) prend le dessus sur les intentions du cinéaste, dont les thématiques semblent tourner en rond. Car Tim Burton bégaye (aux sens propres et figurés) ici son cinéma, qui a perdu une partie de ce qui en faisait l’intérêt : la subversion. Plus que ses références gothiques, son univers fantastique et ses personnages « à la marge », c’est cette critique féroce et sans concession d’une Amérique sclérosée, qui le caractérisait. Il avait (et a surement encore) en horreur cette banlieue américaine aux gazons bien taillés, aux maisons identiques et alignées sans que rien n’en dépasse, et surtout pas les idées ou les opinions de leurs occupants. Ces soi-disant « communautés » où la solidarité n’existe que si on la mérite.

Monstres & Cie

Frankenweenie version 2012, ne fait qu’effleurer cette banlieue, déjà disséquée dans d’autres de ses films mais ici simplement montrée, sans que rien de politiquement incorrect n’en ressorte réellement. C’est bien une galerie de monstres qui peuple ce film, mais aux caractères devenus consensuels et, surtout, qui ne font plus peur à personne. Tim Burton n’est plus le seul à la critiquer, cette société américaine qui est, depuis, passée du nombrilisme à l’autopsie. De ce point de vue, Frankenweenie n’apporte rien de neuf, reprenant, sous prétexte de les critiquer, des personnages qui sont devenus des clichés : le méchant voisin, le génie incompris, le copain jaloux, la voisine commère. Dans le fond, il tente de nouveau l’impertinence, certainement avec sincérité, mais oublie de se renouveler et surtout, d’être cruel.

Le blanc et le noir

Il n’y a guère que par sa forme que Frankenweenie est une réussite. L’animation est sans faille, sans pour autant tomber dans l’esbroufe propre aux studios à la souris, ni dans le « déjà vu ailleurs », à part chez Burton et en cela, il arrive à conserver une certaine authenticité. Il livre un noir et blanc superbe et des personnages aux faciès, même pour les plus « normaux » d’entre eux, qui n’inspirent certainement pas confiance et affichent un potentiel criminel certain. En cela la scène finale, proche des premiers Godzilla, restera sans doute la plus savoureuse en permettant à Burton de faire, pendant un instant, ce qu’il fait le mieux : prendre un univers et le torpiller comme un sale gosse.

Quand la musique est moins bonne

En revanche Danny Elfman, compositeur et complice de Tim Burton, rate à moitié sa partition. Sa bande-originale colle parfaitement au film, à l’univers dépeint et aux scènes qu’elle accompagne, mais le problème est justement là : elle ne fait qu’accompagner. Danny Elfman oublie de faire de sa musique une actrice du film, de faire que le film ne puisse se passer d’elle. Il ne lui donne pas de personnalité, si ce n’est quelques sonorités qui ont fait les beaux jours (et les belles nuits) de Batman. Le problème de Danny Elfman est qu’il signe ici une bande certes originale, mais en oubliant de lui donner ce qui fait qu’elle serait devenue mémorable : un thème.

American way of Tim

Les fans les plus durs affirment que Tim Burton s’est embourgeoisé, il y a certainement un fond de vérité depuis qu’il a commencé à travailler pour Disney, chacun comprenant qu’il s’agissait d’une mauvaise nouvelle. Sa copie de Frankenweenie ne donne pas ce coup de pied au derrière habituel. Il y a comme toujours des idées (de sombres idées), des trouvailles en pagaille, mais exploitées par un Tim Burton rattrapé par la jeune génération (probablement fan), qui ne trouve plus comment garder son originalité et donc, se démarquer. Frankenweenie, s’il ne l’avait pas réalisé, aurait certainement été mieux considéré et n’aurait pas souffert la comparaison avec la flamboyance de Sleepy Hollow ou la poésie macabre d’Edward Aux Mains d’Argents, marqueurs de cette époque où Tim Burton se moquait, très ouvertement et sans crainte aucune, d’une partie de ses compatriotes. Aujourd’hui, c’est de lui-même dont il semble se moquer.

Bande annonce : Frankenwenie

Frankenwenie – Fiche Technique

Réalisateur : Tim Burton
Musique : Danny Elfman
Production : Tim Burton & Allison Abbate
Sociétés de production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions
Montage : Chris Lebenzon
Décors : Rick Heinrichs
Direction artitique : Denis Greco
Durée : 83’
Voix françaises : Henri Bungert, Pierre Tessier, Rafaèle Moutier, Kelly Marot, François Siener

Auteur : Freddy M.

Dark Shadows – Un film de Tim Burton – Critique

Synopsis: En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue sur leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou du moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant.
Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…  

Une famille dispensable.

Autrefois adulé pour son imaginaire délirant, Tim Burton finit par subir le lot de tout réalisateur au style trop marqué, il lasse son public. Les succès de Beetlejuice et Batman sont loin derrière et le voici dans une position inconfortable et paradoxale. D’un coté le public réclame du changement, de l’évolution, qu’il cesse de nous ressasser les mêmes univers manichéen et la même poésie macabre qui est devenue une caricature d’elle même. Mais de l’autre, les spectateurs veulent voir du Burton…donc du fantastique, du macabre, de l’humour et de la poésie. Difficile de les contenter, mais avec Dark Shadows, le réalisateur tente tout de même la carte de la réinvention en essayant de ne pas renier son style. De ce jeu d’équilibriste découle un film bancal, où les bonnes idées se confrontent aux erreurs de jugement les plus agaçantes.

Adapté d’un soap opéra gothique culte aux états-unis, l’histoire suit les aventure de la famille collins dans les années 60, qui tente de sortir de la ruine, tandis que leur ancêtre Barnabas, vampire de son état, revient du passé pour les aider. Le premier écueil que Burton n’a pu éviter est justement l’importance donné à ce personnage, incarné une fois de plus par son alter-ego Johnny Depp. Barnabas Collins est un personnage charismatique, et Depp s’en sort plutôt bien dans le rôle, mais il aurait été judicieux de centrer un peu moins l’intrigue autour de sa personne, car pour une chronique familiale, le reste du clan n’est pas très représenté et surtout dépend complètement des action du patriarche. Problème d’argent ? Barnabas à un trésor caché. Soucis syndical ? Barnabas hypnotise le prolétaire moyen d’un geste de la main. Tout les soucis de la famille sont résolu d’un claquement de doigt et aucun obstacle ne semble faire défaut au vampire, ce qui est problématique lorsqu’il s’agit de créer une tension dramatique. Johnny Depp peut faire toutes les grimaces qu’il veut, s’il n’a pas de point faible, on ne peut s’inquiéter pour lui. Même sa propulsion du XVIéme siècle au Xxéme ne semble pas l’incommoder plus que cela. Sa seul faille, c’est ça libido légèrement hors de contrôle, mais là encore on ne peut le suivre dans ses aventures. Alors qu’il ne cesse d’évoquer l’amour de sa vie qu’il cherche à retrouver, ré-incarné dans le corps de victoria la nouvelle gouvernante, rien ne l’empêche de se taper tout ce qui bouge dans le voisinage. Comment croire que son amour est sincère ? Le personnage cumule finalement plus de défauts que de qualités (il est arrogant, peu enclin à l’empathie…) ce que le rend finalement assez détestable.

Cela aurait pu fonctionner (on à tous un papy ou un oncle un peu aigri) à condition de contrebalancer ce caractère atypique par au moins un autre personnage plus positif. Mais non, La matriarche est manipulatrice et froide, même s’il on peut admettre que Michelle Pfeiffer ne se lasse jamais démonter par le cabotinage de Johnny Depp. La fille (Chloé Moretz) correspond à tout les clichés de l’ado rebelle etc… Bref la famille Collins n’est pas vraiment recommandable, et en aucun cas attachante. Leur seul objectif est de retrouver leur fortune perdue (on a rarement vu plus égoïste et auto-centré comme projet), ils n’ont que faire de leurs employés, de leur ville, ou du monde. Tout ce qui compte, c’est la famille, et rien ni personne ne doit s’immiscer dans leur univers. Là où la famille Adams nous présentait un clan macabre mais extrêmement joyeux, Dark Shadow nous offre leur envers sinistre et peu sympathique. Amusant au début, mais on espère une évolution, voir ces personnages révéler des facettes méconnue et devenir attachant…et quel gâchis ! Chaque fois que l’on espère voir un personnage se révéler, il est évacué aussi sec, comme l’oncle Roger qui disparaît à la moitié du film, sur ordre de Barnabas, qui ne cesse de recentrer l’intrigue sur lui.

Le seul enjeu de taille passe par la sorcière Angélique, bombe sexuelle un peu trop possessive. Interprété avec malice par une Eva Green en pleine forme. Antagoniste principal du film, son seul objectif est de détruire Barnabas et sa famille. Et une fois de plus on ne comprend pas l’obsession généralisée pour le vampire. Pourquoi, après 400 ans, est-elle toujours obsédée par son amour pour Barnabas ? Cela parait peu logique. Si leur confrontation fait des étincelles (notamment lors d’un coït mémorable et furieux), on reste déçu que leur histoire commune fasse de l’ombre à tout les autres personnages. On aimerait en savoir plus sur la fille mal dans sa peau, et son état de loup-garou (que le film révèle dans son final par un twist aussi crétin que prévisible), sur l’oncle Roger, sur Victoria la gouvernante… Mais non, tout les regards sont sans cesse redirigés vers Barnabas. Tout tourne autour de lui, et seulement lui, ce qui est l’un des principaux reproche que l’on peut faire sur la collaboration Burton-Depp. Mettre ce personnage en retrait aurait véritablement marqué la différence, et diviser équitablement l’intrigue entre tout les protagonistes aurait relevé le niveau du film de plusieurs crans.

Mais même si le film pêche principalement par son scénario bancal, il reste tout de même pas mal de bonne choses à récupérer. L’esthétique du film est toujours aussi cohérente et léchée (un beau film gothique c’est de plus en plus rare ne boudons pas notre plaisir) et l’imaginaire Burtonien est toujours là. On ne peut qu’être admiratif devant ce fantôme à l’aspect aqueux et la désarticulation d’Angélique, poupée de porcelaine qui se fissure, est une image à la fois poétique et angoissante qui ne laisse pas de marbre. Le film est également ponctué de scènes d’horreur pure (lorsque Barnabas se nourrit) particulièrement efficaces, tandis qu’en opposition l’humour burlesque et parfois un peu potache fait toujours mouche. Porté par les mélodie des Carpenters, Moddy Blues, Barry White et Alice Cooper, Dark Shadow entretient une ambiance plus rock qu’a l’accoutumée, offrant des moments musicaux de toute beauté. Ce n’est pas le retour triomphant de Burton que l’on attendait, mais les germes du renouveau semblent êtres là, et Dark Shadow, plus que tout autre film du réalisateur, mérite une suite capable de corriger les défauts de ce premier film.

Dark Shadows – Bande Annonce Officielle (VOST)

Dark Shadows : Fiche Technique

Titre français : Dark Shadows
Titre québécois : Ombres et ténèbres
Réalisateur : Tim Burton
Scénario : Seth Grahame-Smith, d’après les personnages créés par Dan Curtis
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Bruno Delbonnel
Montage : Chris Lebenzon
Musique : Danny Elfman
Production : Graham King, Christi Dembrowski, Johnny Depp, David Kennedy et Richard D. Zanuck
Sociétés de production : Village Roadshow Pictures, GK Films, Infinitum Nihil, The Zanuck Company
Société de distribution : Warner Bros.
Budget : 150 000 000 $2
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – son stéréo, DTS, Dolby Digital — 35 mm
Genre : comédie horrifique, fantastique
Dates de sortie :
Belgique,France : 9 mai 2012
Canada,États-Unis : 11 mai 2012

 

Rétro Burton : Alice au Pays des Merveilles, Critique

Adepte d’une filmographie compilant autant d’univers macabres que poétiques, résultant d’une vénération quasi papale pour les monstres, Tim Burton constitue à lui seul un étonnant paradoxe. Celui que de voir un réalisateur doté d’une carrière riche et résolument gothique attestant d’un anticonformisme délirant à l’heure de la culture mainstream, pourtant tutoyer les cimes du box-office.

Synopsis: Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu’elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s’embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge.

Une relecture sombre et adulte du classique de littérature de Lewis Carroll.

Un chantre de la bizarrerie et du gothisme.

Postulat somme toute étrange à l’heure ou le didactisme hollywoodien semble comme engoncé dans une spirale mercantile, mais qui permet de mieux cerner le bonhomme, dégageant une prestance devenue légendaire faite d’un code vestimentaire ou tenue noire et lunette kitsch se mêlent, accentuant derechef l’aspect décalé de cet esprit embrumé.

Vous l’aurez compris, Tim Burton est comme un flocon de neige. Unique, versatile, indépendant. Un facétie que le principal intéressé n’a jamais cessé d’alimenter au gré d’une filmographie sacralisant plus que jamais son credo, fait de fantastique et de merveilleux et qui une fois de plus se retrouve employé ici avec une relecture sombre et tourmenté du classique de littérature anglaise de Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles.

Qui oscille entre constance et réinterprétation.

Ayant provoqué un retentissant tollé sur la toile, l’annonce de Tim Burton comme réalisateur de la nouvelle adaptation en date d’Alice au Pays des Merveilles, passé la surprise, paraissait pourtant teinté d’une logique édifiante. Malgré la crainte légitime de voir cette œuvre, maintes et maintes fois portés sur le grand et le petit écran, scarifié par la mise en scène gothique de son auteur, l’annonce soulevait aussi un vent d’espoir, que celui de voir enfin un univers littéraire connu de tous pleinement assumer son absurdité et sa bizarrerie et ne pas succomber aux excès de ringardise et de kitsch comme l’avait été ses précédentes transcriptions.

Car, à bien des égards, l’histoire et l’univers d’Alice jouissent d’une certaine absurdité chronique. Une jeune fille curieuse, un lapin blanc à la montre de gousset, des flamands comme canne de cricket, et un monde ou la taille varie selon l’ingestion d’une boisson ou d’un gâteau ; autant d’éléments tendant à appuyer le qualificatif merveilleux et propres à réveiller les souvenirs d’enfance de chacun, initiateurs du roman originel.

Un background enfantin, qu’à pourtant voulu effacer Burton en usant de son approche sombre comme à l’accoutumée, pour esquisser ce qui constitue alors une sorte de suite à l’œuvre de Carroll, en la baignant notamment d’un relent psychologique nettement plus adulte, et en transformant la frêle héroïne du roman en une jeune femme quasi frondeuse, et loin de la bonhomie quasi artificielle des précédentes interprètes de cette blonde iconique.

Mais qui opère une certaine banalisation du mythe.

Une transcription audacieuse auquel fait écho la première scène du film, qui, montrant des gentlemen’s à l’époque victorienne, semble indiquer que Burton, malgré la féerie que son style véhicule, préfère baigner cette icône de la littérature dans une société en tout point banalisée, pour se dissocier de la veine puérile jusque alors échue au roman. Surprenante, mais subtile, cette amorce ne sert qu’à amener, le principal protagoniste du film, une certaine Alice.

Devenue une jeune femme douce, fragile quoique frondeuse – en somme radicalement différente de l’image idéalisée par Disney-  évoluant dans un monde engoncé dans ses traditions et promise à un mariage auquel elle ne tient, autant pour la rigueur que cela entraîne que par la laideur de son parti, lord londonien à l’intelligence présumée faible, Alice semble animé par la même curiosité du roman que de connaitre un monde sans diktat ou autres conventions à laquelle elle devrait se plier.

Par peur, sans doute celle du monde réel et de son trop grand formalisme, Alice s’enfuit à la poursuite du fameux lapin blanc et se retrouve finalement dans ce monde merveilleux dont elle a rêvée autrefois. Un monde qui a bien changé et qui vit sous le régime quasi despotique de la Reine Rouge (Helena Bonham Carter), qui à l’instar des anciens Roi de France habite dans l’opulence et fait régner la Terreur ; terreur qui selon une obscure prophétie, se verrait renversée par Alice.

Sans toutefois renoncer à son style.

Qu’on se le dise, espérer une itération burtonienne d’Alice au Pays des Merveilles, sans retrouver ses traditionnels gimmicks aurait été invraisemblable. Sans doute aussi inintéressant, puisque Burton de par son nom constitue un style, une patte indéniable précisément désirée par Disney. Et en ce sens, de par son approche allant résolument à contre-courant, Burton surprend tout en étant constant, car tout en conservant la sève du roman, il s’amuse à la scarifier par petits à-coups bien sentis et toujours aussi jubilatoire.

Univers mortifère et quasi apocalyptique, baignée par une noirceur et un ton grisâtre, personnages véhiculant une part de folie délirante (allant de la folie inhérente au personnage du Chapelier Fou, admirablement interprété par « la muse » de Burton, Johnny Depp à la folie extravagante de la Reine Rouge), récit initiatique et psychologique, autant dire que le matériau d’origine se retrouve travesti par Burton. Une modification qui à bien des égards peut prêter à confusion, mais qui sied parfaitement à cet univers absurde tant le metteur en scène a su bien s’entourer (Anne Hathaway, Christopher Lee, Alan Rickman, Michael Sheen) et dote son film (presque entièrement tourné sur fond verts) d’un univers psychédélique barré, baroque et très chevaleresque, accentuant une fois de plus l’ambition de l’œuvre que celle de dépeindre non pas une virée dans les méandres des rêves et des espoirs perdus, mais davantage une escapade dans les tréfonds de l’apprentissage, de l’éveil à l’âge adulte.

Quoique peut-être légèrement plus populaire qu’à l’accoutumée, Burton, opère ici la plus parfaite démonstration de son talent créatif, mais pèche sans doute par un ton et un phrasé beaucoup plus convenus que ses précédents films qui osaient compiler autant plaisir des yeux que bizarrerie chronique.

Alice au Pays des Merveilles : Fiche Technique

Titre orignal: Alice in Wonderland
États-Unis – 2010
Réalisation: Tim Burton
Scénario: Linda Woolverton d’après: les livres de: Lewis Carroll
Interprétation: Johnny Depp (le Chapelier Fou), Mia Wasikowska (Alice), Matt Lucas (Tweedledee et Tweedledum), Helena Bonham Carter (la Reine Rouge), Anne Hathaway (la Reine Blanche), Crispin Glover (Ilosovic Stayne, le valet), Stephen Fry (voix du Chat du Cheshire), Michael Sheen (voix du Lapin Blanc), Alan Rickman (voix de la Chenille Bleue), Frances De La Tour (tante Imogène), Geraldine James (Lady Ascot), Eleanor Tomlinson (Fiona Chattaway), Lindsay Duncan (Helen Kingsleigh)…
Image: Dariusz Wolski
Montage: Chris Lebenzon
Musique: Danny Elfman
Producteur: Tim Burton, Richard D. Zanuck, Joe Roth, Suzanne Todd, Jennifer Todd
Date de sortie: 24 mars 2010
Durée: 1h49

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street : Critique

Sweeney Todd : Burton ou l’art du conte conte désenchanté 

Synopsis : Sweeney Todd, un barbier injustement envoyé en prison dont la vie de famille a été détruite, jure de se venger à sa sortie. De retour en ville pour rouvrir sa boutique, il devient le « Demon Barber of Fleet Street » qui « rase la gorge des gentilshommes dont on n’entend plus parler après »

Alors que les critiques s’acharnent sur le réalisateur et que tous pensent qu’il a perdu de son génie, Burton fait taire les médisants avec un excellent Sweeney Todd, Le diabolique barbier de Fleet Street. Une sanglante comédie musicale de Stephen Sondheim adaptée à l’écran par Tim Burton, qui nous présente un Londres charbonneux jubilant de personnages perfides et amers.

De la musique et des couleurs

C’est avant tout une comédie musicale, et les scènes chantés sont omniprésentes, toutes issues de l’oeuvre de Stephen Sondheim. Burton ne fera pas appel cette fois-ci à son acolyte de toujours Danny Elfman.`Les scènes chantées sont riches en émotions et en couleurs, on passe du Londres noir peuplé de vermines à chaque coin de rues au Londres en couleurs, nous sommes Sweeney Todd, nous sommes Benjamin Baker. La caméra peint à la couleur de l’âme du protagoniste, parfait anti-héros. La palette de couleurs reflète non seulement les différents moments de la vie de « Sweeney » mais aussi la perception qu’il a de son entourage. Optimiste en couleur, pessimiste en noir et blanc, la majorité du film est d’ailleurs en noir et blanc grâce au processus Digital Intermediate, afin de dépouiller l’oeuvre de la plupart de ses couleurs

Une ambiance Malsaine

Ce n’est pas un Londres où il fait bon vivre, entre damnés et indésirables, les riches qui déguisent à peine leurs vices « cachés » derrière un saupoudré de parfum. Dans cet univers malsain les scènes chantées, le jeu des acteurs et la stylisation burtonienne donnent un aspect comique et c’est là tout le talent du réalisateur. Il transcende le nihilisme par l’absurde, nous montrant comme des cannibales au sens propre.

Du grand Burton

Ce n’est pas une première pour Burton de faire dans le nihilisme mais il le fait bien. Accompagné de Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman et Sacha Baron Cohen, respectivement Benjamin Barker alias Sweeney Todd, Mlle Lovett, Le Juge Turpin et Pirell, le réalisateur a un casting de choix. On reconnait bien là Jonnhy Depp, toujours près à jouer des personnages à la santé mentale discutable avec une finesse remarquable, et on notera les similitudes qu’ont les 2 « adversaires » Turpin et Sweeney de négliger leurs entourages respectifs et d’être aveuglés pas leurs propres ambitions
En concoctant ce festin sauce sanguinolente, Burton retrouve sa fougue imaginaire, enchaîne avec enthousiasme les rebondissements, pour finalement laisser s’éteindre en chanson la passion de ce chef d’œuvre.

Sweeney Todd, le Diabolique Barbier de Fleet Street – Bande-Annonce (VF)

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street : Fiche Technique

Titre orginale: Sweeney Todd : The Demon Barber of Fleet Street
États-Unis – 2007
Réalisation: Tim Burton
Scénario: John Logan
d’après: la comédie musicale de: Stephen Sondheim, Hugh Wheeler
Interprétation: Johnny Depp (Sweeney Todd / Benjamin Barker), Helena Bonham Carter (Mrs Lovett), Alan Rickman (le juge Turpin), Timothy Spall (Beadle Bamford), Sacha Baron Cohen (Signor Adolfo Pirelli), Jamie Campbell Bower (Anthony Hope), Laura Michelle Kelly (la mendiante), Jayse Wisener (Johanna), Ed Sanders (Toby)
Image: Dariusz Wolski
Montage: Chris Lebenzon
Musique: Stephen Sondheim
Producteur: John Logan, Laurie MacDonald, Walter F. Parkes, Richard D. Zanuck
Genre:
Date de sortie: 23 janvier 2008
Durée: 1h35

Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton: Critique

Charlie et la Chocolaterie, un film éloigné de l’univers gothique qu’affectionne tant Tim Burton, le cinéaste noir

Synopsis : Charlie est un enfant issu d’une famille pauvre. Travaillant pour subvenir aux besoins des siens, il doit économiser chaque penny, et ne peut s’offrir les friandises dont raffolent les enfants de son âge. Pour obtenir son comptant de sucreries, il participe à un concours organisé par l’inquiétant Willy Wonka, le propriétaire de la fabrique de chocolat de la ville. Celui qui découvrira l’un des cinq tickets d’or que Wonka a caché dans les barres de chocolat de sa fabrication gagnera une vie de sucreries.

Tim Burton, connu pour ses films à la noirceur époustouflante et au macabre renversant, a aussi su réaliser Charlie et la Chocolaterie. D’ailleurs, pour certains, seul Tim Burton aurait pu réaliser ce film, car « le cinéaste noir » a su garder un pied dans le monde de l’enfance (peut-on parler de syndrome de Peter Pan ?). Lui seul pouvait porter à l’écran le best-seller de Roald Dahl, une histoire à la fois féerique et sombre, abordant les thèmes de la famille et de la solitude. Le cinéaste en fait un film personnel très sincère, qui nous transporte dans son univers, magique et poétique ! Et aussi étonnant que ce soit, on ressent dans certaines de ces scènes ses idées noires, jusque dans les séquences les plus colorées.

Burton a su saisir à pleine main l’acidité et la méchanceté du roman de Roald Dahl : les gamins, encouragés par leurs parents, courent après la bouffe, se gavent de compétition, boivent les images de leur télévision, sucent le sang d’un « daddy » qui cédera au moindre des caprices. Contrairement à un des enfants où le père de famille se contente de tourner des bouchons de dentifrice pour faire tenir debout la maison familiale qui penche dangereusement vers le sol. La demeure du chocolat, dont la clef n’est rien moins qu’un ticket d’or, devient alors dans ce film, une maison de correction pour enfants pas sages portant le nom de « Wonka », avec Willy Wonka en maître de maison, héros de l’histoire (ou presque), et personnage enfantin.

Tim Burton, qui retrouve pour la énième fois son acteur fétiche Johnny Depp, a réalisé un film familial cette fois-ci, loin de l’univers gothique qu’il affectionne tant d’habitude. Il en résulte alors une version originale où la magie et le rêve prennent vie grâce à cet univers si particulier. Une excellente mise en scène, avec des décors splendides, qu’ils soient en extérieur ou en intérieur (la gigantesque Chocolaterie Wonka par exemple), un énorme travail a été fait et cela se remarque très vite.

À l’intérieur de la chocolaterie, on croirait se retrouver au milieu d’un des décors du film Le Magicien d’Oz de 1939. En effet, les décors réalistes ou en images de synthèse apparaissent surréalistes. Pour l’anecdote : Les scènes ont principalement été tournées aux studios Pinewood, en Angleterre, et c’est tout un studio qui fut submergé par du chocolat liquide afin de les rendre crédibles. Des personnages attachants ou détestables (les fameux enfants conviés à visiter « l’usine à rêve »), l’interprétation des acteurs principaux est plus que parfaite, que ce soit Freddie Highmore (Charlie Buckett) ou l’épatant Johnny Depp (Willy Wonka). Burton a réussi une fois de plus un film, avec brio, grâce à un scénario passionnant, d’excellentes interprétations et, comme toujours avec le cinéaste noir, une superbe B.O composée par Danny Elfman.

Bande annonce : Charlie et la Chocolaterie

Fiche technique :  Charlie et la Chocolaterie

Titre original : Charlie and the Chocolate Factory
Pays d’origine : États-Unis Drapeau, Royaume-Uni
Année : 2005
Scénario : John August, d’après le roman de Roald Dahl
Producteurs : Brad Grey, Richard D. Zanuck, Katterli Frauenfelder1, Derek Frey2
Producteurs exécutif : Bruce Berman, Graham Burke, Liccy Dahl3, Patrick McCormick et Michael Siegel
Sociétés de production : Warner Bros., Village Roadshow Pictures et Plan B Entertainment
Sociétés de distribution : Warner Bros. Pictures, Warner Bros.
Directeur de production : Jessie Thiele
Direction artistique : Leslie Tomkins
Musique : Danny Elfman
Photographie : Philippe Rousselot
Montage : Chris Lebenzon
Décors : Alex McDowell
Costumes : Gabriella Pescucci
Format : Couleurs – 1,85:1 – DTS/Dolby Digital/SDDS – 35 mm
Genre : comédie, fantastique
Durée : 110 minutes
Dates de sortie France: 13 juillet 2005

Rétro Burton : Big Fish – Critique

Synopsis : L’histoire à la fois drôle et poignante d’Edward Bloom, un père débordant d’imagination, et de son fils William. Ce dernier retourne au domicile familial après l’avoir quitté longtemps auparavant, pour être au chevet de son père, atteint d’un cancer. Il souhaite mieux le connaître et découvrir ses secrets avant qu’il ne soit trop tard.

La vie rêvée d’Edward Bloom

L’entrée dans les années 2000 ouvre le paradoxe Burton. Alors que le réalisateur tombe de plus en plus dans une sorte de caricature de lui-même, le succès commercial commence enfin à être au rendez-vous. Comme si le reniement de son art et de ce qui faisait le charme de ses premières œuvres était nécessaire pour enfin devenir « bankable ». Une décennie qui s’ouvre avec un remake sans âme de La Planète des Singes et s’achève par la bouillie d’effets spéciaux qu’est Alice au Pays des Merveilles. Il est donc intéressant de constater que son plus gros flop est aussi son film le plus personnel de la période. Un film qui divise, une nouvelle fois, au sein de sa fanbase.

La lumière au bout du tunnel

Pour comprendre et apprécier Big Fish, il est important de se souvenir que Tim Burton n’aime rien tant que surprendre ses spectateurs (dans sa première partie de carrière, du moins). Il passe ainsi du film de commande Hollywoodien qu’est Batman à un conte gothique personnel et stylisé, et du biopic sobre et en noir et blanc à l’explosion de couleurs et au délire XXL. À partir de là, rien d’étonnant à le voir sortir, après deux films à la tonalité résolument sombres, ce beau conte tout en couleur et plein d’optimisme et de naïveté. Big Fish détonne dans la filmographie de son auteur, mais reste profondément marqué par sa personnalité.

Burton quitte un instant son imagerie gothique mais conserve ses monstres au grand cœur. À travers l’odyssée de cet homme ordinaire vivant des aventures extraordinaires grâce au pouvoir de son imagination (à moins que…), il peuple son univers de toute une galerie de personnages une nouvelle fois hauts en couleur. On est loin de la vision pessimiste et négative de l’humanité qu’il a développé jusqu’à présent. Peut-être l’approche de la paternité l’a-t-il guidé dans cette aventure simple et touchante. Toujours est-il que les valeurs d’amour et de transmission, si elles font écho à certaines de ses œuvres passées, n’auront jamais été aussi bien mise en lumière que dans ce film.

Freaks and geeks

On pourra reprocher à Burton d’avoir mis de l’eau dans son vin, d’aller à contre-courant de son univers habituel (ce qui n’est pas tout à fait vrai, tout de même), toujours est-il qu’il est difficile de ne pas s’émerveiller devant ce superbe conte, aux images léchées et à la mise en scène sobre. En l’absence de Johnny Depp (probablement pour cause de piratage, entre autres), c’est Ewan McGregor qui reprend le flambeau, avec une certaine jouissance. L’interprète d’Obi-Wan Kenobi prouve qu’il est également à l’aise dans des productions plus confidentielles, et plus légères.

S’il a surpris et déçu beaucoup des fans de Burton, Big Fish reste pourtant un conte enchanteur et léger. On est certes loin des obsessions morbides de son auteur, mais le film porte sans aucun doute sa patte, et il est intéressant de voir le contraste avec le reste de sa filmographie. D’autant qu’il s’agit, sans doute, de son dernier film véritablement personnel.

Big Fish – Fiche Technique

USA – 2004
Comédie
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : John August, d’après l’oeuvre de Daniel Wallace
Distribution : Ewan McGregor (Edward Bloom jeune), Albert Finney (Edward Bloom), Alison Lohman (Sandra jeune), Jessica Lange (Sandra Bloom), Helena Bonham Carter (Jenny/la Sorcière)
Producteurs : Dan Jinks, Bruce Cohen, Richard D Zanuck
Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Chris Lebenzon
Production : Columbia Pictures, The Zanuck Company, Jinks/Cohen Company
Distributeur : Columbia Tristar Films

Auteur : Mikael Yung