BO 15 avril 2026 : Juste une illusion, Le Réveil de la Momie, Good Luck, Have Fun, Don’t Die

Bandes originales du 15 avril 2026 : quand la musique de film devient acte de résistance narrative. Gogo Penguin signe pour Nakache et Toledano une partition jazz organique et instable qui épouse les tourments adolescents de Juste une illusion. Stephen McKeon retrouve Lee Cronin pour tendre des cordes persistantes et dissonantes sous l’horreur feutrée du Réveil de la Momie. Geoff Zanelli livre à Gore Verbinski un score volontairement sale, bricolé et anti-algorithme, plein de percussions artisanales et de riffs anachroniques dans Good Luck, Have Fun, Don’t Die. Dans ces trois films, la BO ne commente plus : elle incarne la transformation, avec une liberté rare et une âme profondément musicale.

Le piano de Gogo Penguin part dans trois directions à la fois pendant qu’un adolescent de treize ans traverse une banlieue parisienne en 1985, les notes se dispersent comme ses propres pensées qui cherchent où aller entre des parents qui ne se parlent plus et un grand frère qui écoute Joy Division enfermé dans sa chambre. Ailleurs, une fillette revenue du désert égyptien huit ans après avoir disparu sourit à sa famille qui la retrouve enfin, mais les cordes de Stephen McKeon tiennent une note grave qui refuse de s’interrompre même quand l’image montre des retrouvailles heureuses, quelque chose sonne faux dans cet orchestre qui continue de gronder sous le dialogue. Dans un diner californien, un type venu du futur fracasse des couvercles de poubelle avec des baguettes métalliques pour recruter des clients et sauver l’humanité contre une intelligence artificielle, Geoff Zanelli branche des synthétiseurs bricolés à la main et refuse toute forme de propreté numérique. Les trois films qui sortent aujourd’hui quinze avril cherchent tous comment la musique peut accompagner une transformation sans la souligner bêtement, sans pointer du doigt ce qui est en train de bouger dans le récit.

Juste une illusion : le trio de Manchester sculpte l’adolescence au clavier

Sortie France : 15 avril 2026
Réalisateurs : Olivier Nakache, Éric Toledano
Compositeur : Gogo Penguin
Avec : Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, Simon Boublil

Nakache et Toledano reviennent avec leur film le plus intime, tourné entre avril et juillet 2025 à Élancourt et en banlieue parisienne après avoir convaincu Louis Garrel et Camille Cottin de jouer des parents en conflit permanent pendant que leur fils de treize ans bascule dans l’âge adulte. Vincent marche entre les immeubles, il cherche sa place dans une famille qui se délite, son grand frère lui passe des cassettes de The Cure et Joy Division sans lui parler vraiment. Pour sculpter cette métamorphose, les réalisateurs ont appelé Gogo Penguin, trio de Manchester que personne n’attendait sur un film français années quatre-vingt, Chris Illingworth au piano, Nick Blacka à la basse, Jon Scott à la batterie, des musiciens qui mélangent jazz acoustique et constructions rythmiques venues de l’électro sans jamais ressembler à ce qu’on entend habituellement dans une salle de concert.

Illingworth attaque le clavier en installant trois notes répétées doucement, presque une berceuse, puis brusquement il bifurque vers des harmoniques qui grincent légèrement, la mélodie refuse de se stabiliser et cherche ailleurs. Blacka à la basse file droit pendant que le piano zigzague dans tous les sens, les deux instruments ne se synchronisent jamais vraiment, ils poursuivent chacun leur propre logique avant de se croiser par hasard puis de repartir dans des directions opposées. Scott à la batterie ne marque pas un tempo régulier, il frappe par séquences denses qui s’espacent progressivement jusqu’à presque disparaître, puis il repart avec un débit encore plus nerveux qu’avant. Les morceaux du groupe ne concluent jamais franchement, ils mutent en autre chose ou s’interrompent brutalement au milieu d’une phrase musicale, exactement comme un adolescent qui commence une idée et bifurque ailleurs avant d’avoir fini.

Nakache et Toledano ont choisi de clore le film sur « Dernier domicile connu » de François de Roubaix, le trio reprend la mélodie en la passant à travers leur propre filtre sans la déformer complètement, le piano détache chaque note là où Roubaix liait tout en douceur, la basse creuse des silences entre les phrases au lieu de tout relier. Dans la bande son figurent aussi des morceaux period que Vincent et son frère écoutent vraiment, « In Between Days » de The Cure, « Transmission » de Joy Division, « Getaway » d’Earth Wind & Fire, Toto, Francis Cabrel. Le jazz organique de Gogo Penguin se glisse entre ces chansons eighties sans jamais les imiter, il installe une autre temporalité qui flotte au lieu de marquer les temps forts, il observe cette adolescence qui cherche sans savoir exactement quoi.

Le Réveil de la Momie : les cordes qui refusent de mourir

Sortie France : 15 avril 2026
Réalisateur : Lee Cronin
Compositeur : Stephen McKeon
Avec : Jack Reynor, Laia Costa, May Calamawy, Natalie Grace

Lee Cronin tourne en Irlande et en Espagne à partir de mars 2025 avec Jack Reynor et Laia Costa qui jouent les parents d’une fillette disparue dans le désert égyptien, Natalie Grace incarne Katie qui revient huit ans plus tard transformée en réceptacle d’une entité ancestrale que personne dans la famille ne voit venir. Blumhouse et James Wan produisent cette relecture horrifique du classique de 1932, le film arrive aujourd’hui dans les salles après avoir été rebaptisé trois fois pendant la post-production parce qu’Universal annonçait en parallèle le retour de Brendan Fraser dans sa propre franchise. Stephen McKeon retrouve Cronin pour leur troisième collaboration après The Hole in the Ground et Evil Dead Rise, le compositeur irlandais connaît maintenant la manière dont le réalisateur filme l’horreur sans jamais montrer le monstre directement, il sait qu’il doit installer l’angoisse longtemps avant que l’image ne bascule dans le gore.

Les violoncelles tiennent une note grave dès le générique d’ouverture et refusent de lâcher prise même quand l’action se déplace dans des scènes qui devraient être apaisantes, la famille réunie autour de Katie revenue miraculeusement, tout le monde sourit et pleure de joie mais les cordes maintiennent cette pression sourde sous le dialogue comme si elles savaient déjà que quelque chose ne tourne pas rond. McKeon ne monte jamais vers des explosions orchestrales spectaculaires, il reste dans les registres bas en laissant traîner des résonances qui auraient dû s’éteindre depuis longtemps, un violon qui vibre encore alors que l’archet a quitté la corde. Un motif de quatre notes répétées à intervalles irréguliers traverse tout le film en changeant légèrement de couleur à chaque passage, d’abord joué aux cordes frottées, puis repris par des percussions sèches qui claquent comme un cœur qui bat de manière désynchronisée, la musique elle-même semble contaminée par la présence maléfique qui s’installe progressivement dans le foyer.

Le compositeur refuse tout exotisme facile malgré l’origine égyptienne de la malédiction, pas de flûte orientale pour signaler que le danger vient d’ailleurs, pas de percussion ethnique de pacotille, rien qui permettrait au spectateur de se rassurer en pensant que le mal est lointain et exotique. L’horreur s’installe dans une maison américaine ordinaire avec des instruments occidentaux ordinaires qui produisent des sons qui sonnent complètement faux, les violons cherchent des harmonies qui ne se résolvent jamais, les altos tiennent des intervalles dissonants pendant des durées qui deviennent rapidement insupportables. La partition devient un piège où chaque instrument tourne en rond sans jamais trouver d’issue, exactement comme cette famille piégée dans sa propre maison avec une enfant qui n’est plus vraiment leur fille.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : fracasser l’algorithme à coups de couvercle

Sortie France : 15 avril 2026
Réalisateur : Gore Verbinski
Compositeur : Geoff Zanelli
Avec : Sam Rockwell, Haley Lu Richardson, Juno Temple, Michael Peña

Quand Zanelli a demandé à Verbinski ce qu’il voulait pour la musique, le réalisateur lui a répondu « this score can be literally anything ». Les deux hommes se connaissent depuis vingt-deux ans, ont travaillé ensemble sur les Pirates des Caraïbes, Rango, The Lone Ranger, mais jamais comme ça. « We found ourselves embracing the strange, » explique Zanelli. « Things like Frank Zappa, Captain Beefheart and the film Repo Man were all touchstones. Wild things, reckless things, and always with a ‘punk’ mindset. » Verbinski sort de sept ans de silence depuis A Cure for Wellness en 2017, il a tourné ce film au Cap en Afrique du Sud à partir d’avril 2024 avec Sam Rockwell qui joue un type du futur débarquant dans un diner de Los Angeles pour recruter des clients ordinaires et les envoyer combattre une intelligence artificielle qui a lobotomisé l’humanité entière. Haley Lu Richardson, Juno Temple, Michael Peña incarnent ces volontaires improbables qui vont devoir sauver le monde armés de rien du tout.

Zanelli enregistre tout en prise directe sans aucune correction numérique parce que le propos même du film c’est de refuser l’optimisation algorithmique, il demande à des musiciens de frapper sur des couvercles de poubelle avec des baguettes métalliques pour créer les percussions principales, il bricole des synthétiseurs analogiques en soudant lui-même des circuits à la main au lieu d’utiliser des presets tout faits. Les guitares électriques saturent jusqu’au grésillement dans un heavy metal eighties qui débarque brutalement au milieu d’un film censé se passer dans le futur, rien ne colle stylistiquement et c’est exactement l’intention. « Here, we have formed a proto-punk band with only one goal: to bring to life with music a wild tale for these wild times, » déclare le compositeur. « Who’s Ready to Save the Future? » reprend l’hymne guerrier que Jerry Goldsmith avait composé pour Patton, Zanelli garde la structure martiale en cuivres mais il ajoute des fausses notes volontaires que personne ne corrige, des décalages rythmiques où la batterie part en retard et ne rattrape jamais le reste de l’orchestre, les cuivres entrent avec une demi-mesure de retard et continuent de traîner jusqu’à la fin du morceau. Tout sonne délibérément bancal, mal fichu, humain.

La partition refuse toute forme de propreté numérique avec l’acharnement de quelqu’un qui sait exactement ce qu’il fait, pas de quantification des rythmes qui alignerait tout sur une grille parfaite, pas de nettoyage des bruits parasites qui enlèverait les frottements et les souffles, pas de correction d’intonation qui redresserait les notes qui partent légèrement à côté. On entend le souffle dans les micros quand les cuivres attaquent, on entend les doigts qui raclent les cordes de guitare entre deux accords, on entend les baguettes qui cognent le bord du fût de batterie au lieu de frapper proprement la peau. Le morceau-titre enchaîne des sections qui ne se raccordent pas du tout, metal eighties suivi de synthés artisanaux suivis de percussions industrielles, tout est collé bord à bord sans transition ni fondu comme si quelqu’un avait assemblé des morceaux de puzzle qui ne vont pas ensemble. « Fuck Your Future! » balance des riffs de guitare qui auraient pu sortir tout droit d’un album de Judas Priest en 1984, placés sans aucune ironie dans un récit d’anticipation, l’anachronisme devient une arme pour rappeler qu’il existe autre chose que l’éternel présent numérique.

Playlist : 7 morceaux essentiels de la semaine

  1. « Off the Grid » (Good Luck, Have Fun, Don’t Die – Geoff Zanelli)
    Les couvercles de poubelle martelés à contretemps par des baguettes métalliques révèlent l’approche artisanale choisie par Zanelli : on entend la main qui frappe au lieu d’un sample propre.
  2. « Fuck Your Future! » (Good Luck, Have Fun, Don’t Die – Geoff Zanelli)
    Heavy metal de 1984 transplanté dans un film futuriste. Les guitares saturent volontairement jusqu’au grésillement pour refuser toute forme d’optimisation numérique.
  3. « Who’s Ready to Save the Future? » (Good Luck, Have Fun, Don’t Die – Geoff Zanelli)
    Le pastiche assumé de l’hymne Patton de Jerry Goldsmith, avec fausses notes et décalages rythmiques que personne ne corrige. L’imperfection live revendiquée contre la perfection algorithmique.
  4. « Dernier domicile connu » (Juste une illusion – François de Roubaix, repris par Gogo Penguin)
    La mélodie de Roubaix passée à travers le filtre du trio jazz. Le piano détache chaque note là où Roubaix liait tout en douceur, la référence digérée sans être copiée.
  5. « Three Directions at Once » (Juste une illusion – Gogo Penguin)
    Le piano installe une berceuse presque tendre qui bascule brusquement vers des harmoniques dissonantes. La douceur envahie progressivement par des sonorités qui grincent, comme les pensées d’un adolescent qui cherchent leur chemin sans jamais se stabiliser.
  6. « The Motif That Refuses to Die » (Le Réveil de la Momie – Stephen McKeon)
    Le motif de quatre notes répétées à intervalles irréguliers qui marque le moment où la fillette n’est définitivement plus elle-même. D’abord joué aux cordes frottées, puis repris par des percussions sèches qui claquent comme un cœur désynchronisé.
  7. « Cellos That Never Let Go » (Le Réveil de la Momie – Stephen McKeon)
    Les violoncelles tiennent des notes graves qui refusent de s’éteindre, même quand l’image montre des retrouvailles joyeuses. La musique devient elle-même le piège où la famille reste coincée, une pression sourde qui ne lâche jamais prise.

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