Maps to the Stars de David Cronenberg : Critique du film

Maps To The Stars : Un pamphlet cynique et violent sur le star-system hollywoodien

On pensait David Cronenberg perdu pour la cause cinématographique. Une perdition, une quasi errance symbolisée par l’épuisement narratif dont il fait preuve depuis quelques années, et qui le voit réitérer de manière plus ou moins informelle ses succès d’antan, et ce, avec des résultats plus ou moins divers. Et à l’heure où bon nombre de cinéphiles restent encore pantois face à la fable hypnotico-financière offerte par Cosmopolis, cela serait oublier qu’avant de livrer des analyses comportementales hypnotiques et malsaines, Cronenberg a fait ses armes dans le domaine de la SF.

Un genre qui a bien des égards, parait surprenant tant ce dernier a pris un malin plaisir dans ses derniers films à sonder l’esprit humain, entre aliénation, folie et violence, le tout avec beaucoup de froideur et de classicisme. Surprenant oui mais pas impossible, car cette volonté de représenter l’homme face à des sentiments aussi destructeurs trouve tout son sens dans la science-fiction car ce genre en plus d’embrasser tous les thèmes chers a Cronenberg, permet d’en témoigner par le gore, l’effroi et d’imprimer ces sentiments à la fois dans le cerveau que sur la rétine. Car, l’œuvre de Cronenberg, reste une œuvre trash, malsaine, violente, qui doublée d’une réelle réflexion, saisit le spectateur par son manque de retenue et de culpabilité. Une œuvre qui ne glorifie ou ne soumet pas au misérabilisme ses personnages, et qui les aborde de manière naturelle.

Une œuvre qui se caractérise aussi par la forte place qu’y occupe la folie ! Qu’elle serve à caractériser la violence dont fait preuve Viggo Mortensen dans History of Violence, à définir la trame de fond comme dans A Dangerous Method ou à poser le décor d’une Amérique, puissance boursière engoncée dans une sphère de violence, d’esseulement et d’avidité a l’instar de Cosmopolis, Cronenberg n’a jamais caché son amour pour ce sentiment, tant ce dernier habite tous les personnages de ses films et donne à ces derniers des pics de cynisme incroyables.

Une œuvre qui encore mise à mal par le trop injustement décrié Cosmopolis, logorrhée verbale politico-financière, avait plus que jamais besoin d’un déclic, d’un renouveau ! Et Maps to the Stars permet d’opérer cette renaissance tant attendue, tant Cronenberg a su choisir le parfait écrin pour sublimer la folie ambiante de son cerveau dérangé : Hollywood !

Ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? Dès la tag-line, présente sur l’affiche du film, le cadre est donné : Cronenberg, fidèle à son habitude, ne prendra pas de gants et dressera un pamphlet aux odeurs de brûlot sur le star system hollywoodien, machine à fric malsaine, cynique et dérangée au possible. Une industrie qui érige en code moral le faux-semblant et qui dépeint de manière sombre, crue et quasi hypnotique le quotidien de ces personnes tentant désespérément de s’y frayer un chemin.

Des personnes aussi différentes qu’une star sur le retour, un gourou des stars, un jeune acteur drogué, une pyromane schizo-poète ou un jeune chauffeur de limousine qui baise sur la banquette arrière ; et qui reflètent les différentes névroses propre au succès que peut offrir La Cité des Anges en transformant cette analyse chirurgicale comportementale en film choral, un genre de film rassemblant différents personnages réunis autour d’un ou plusieurs thèmes majeurs, mais évoluant chacun dans des sous-intrigues qui viennent au gré du scénario à se croiser.

Un genre de film, qui assez peu présent dans la filmographie de Cronenberg, ne s’en révèle pas moins inventif. Car, après avoir exploré les névroses et les combats intérieurs auxquels s’adonnent ses personnages la plupart du temps solitaires, il est amusant de voir les différentes facettes que revêtent ces figures clichées. Car entre le gourou des stars campé par un John Cusack dément, l’actrice sur le retour interprétée par une Julianne Moore désarmante de sincérité et de folie ; les personnages sont encore une fois le meilleur atout de ce voyage d’une froideur étonnante aux confins de la démence !

En clair, Maps to the Stars, adroit mélange d’horreur, de cynisme, d’humour noir, d’hypnose, parvient à cristalliser toutes les attentes qu’un film de Cronenberg peut susciter et permet d’opérer la renaissance de son auteur, qui a l’instar de Martin Scorsese, a dû attendre son plus vieil âge pour sortir sa meilleure œuvre !

Synopsis: Stafford Weiss est un psychothérapeute des stars d’Hollywood. Sa femme est la manageuse de leur fils de 13 ans, une star de la télé sortie de cure de désintox. Leur fille vient de sortir d’hôpital psychiatrique. Elle va se lier d’amitié avec un chauffeur de limousine qui rêve de devenir une star de cinéma. Quant à Havana Segrand, elle est une comédienne sur le déclin mais qui pourrait effectuer son come-back avec le rôle de sa propre mère mystérieusement décédée dans un incendie.

Fiche Technique : Maps to the Stars

Pays: Canada, États-Unis, France, Allemagne
Réalisateur(s): David Cronenberg
Scénariste(s): Bruce Wagner
Interprète: Julianne Moore (Havana), Robert Pattinson (Jerome), Mia Wasikowska (Agatha), John Cusack (Stafford), Sara Gadon (Clarice), Carrie Fisher (elle-même), Olivia Williams (Christina), Evan Bird (Benjie), Niamh Wilson (Sam)…
Date de sortie: 21 mai 2014
Budget: 15 000 000 $
Genre: Drame
Durée: 1h 51

 

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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