Lolo, un film de Julie Delpy : Critique

De retour derrière la caméra, l’actrice franco-américaine signe un retour aux sources existentielles qui l’habitent depuis ses débuts en 2002 avec Looking for Jimmy, mais surtout Two Days in… La quête de l’âme sœur. Sauf que Lolo ne s’apparente guère aux clichés de la comédie romantique, tout comme ces deux précédents opus de 48 heures à Paris et New-York. Ne mentionnons pas l’étonnante trilogie de Richard Linklater au risque d’un hors sujet.

Depuis que Julie Delpy est maman en 2009, une nouvelle thématique semble s’être niché au sein de sa plume. L’enfant est bien plus grand et Vincent Lacoste, déjà un ado nonchalant dans Le Skylab, endosse les traits de l’insupportable enfant roi atteint du syndrome d’Oedipe jusqu’à la moelle. Et l’attente de ne plus le retrouver dans un rôle stéréotypé se fait pressante du côté des spectateurs. Depuis Hippocrate de Thomas Lilti en 2014, il revient à de pas-si-vieilles habitudes pour un slip coloré. Les bouclettes parfaites, il est le personnage principal et central de cette comédie post-romantique rafraîchissante et détonante.

A trop couver l’œuf…

L’acteur a, chez Julie Delpy, une place importante. Et on salue Dany Boon dans un rôle à semi-contre-emploi (même si la première scène où on le voit, celle du thon, fait curieusement penser à la baraque à frites « Momo » de Bienvenu chez les Ch’tis) en beauf lover qui ne peut que plaire à tout le monde. On retrouve quelques guest qui font office de surprises pour arrondir les angles déjà cotonneux. Mais la véritable surprise est de l’ordre du dialogue. Écrit à quatre mains, Eugénie Grandval et Julie Delpy, le film propose de fortes répliques en passe de devenir cultes. Et c’est du côté de Karin Viard que viennent les zygomatiques. Elle ne nous aura pas fait autant rire depuis France Boutique de Tonie Marshall en 2003. Le rire est de bon ton et justifié. Ne manquant pas de rythme, Lolo a le charme d’un épisode de Joséphine Ange Gardien inédit, l’audace d’une dramédie girly et le lyrisme d’un christmas movie. N’y voyez aucune reproche ! Mais de cette fantaisie moralisatrice s’extirpe le principal défaut de ce film ice cream. Après le somptueux film historique, La Comtesse en 2009, Julie Delpy nous a prouvé qu’elle excellait dans un tout autre registre. Attirée par la formule américaine, l’actrice/réalisatrice (dont ne peut qu’admirer le talent, sans prétention) se laisse tenter par le gag empathique, le crescendo jusqu’à l’apothéose finale et de cette structure « bien trop vue » pour être singulière se dégage la plus dérangeante des sensations. Le film n’ennuie jamais, si ce n’est par Vincent Lacoste pour qui nous n’avons que la plus profonde indifférence. Lolo n’avait déjà rien d’exceptionnel sur papier ou en bande annonce, mais la mise en scène de Julie Delpy, toujours maîtrisée et sans accrocs, entre pétillances (à ne pas confondre avec pétulances) et personnages colorés, tire la banalité vers le haut. Aucunement mémorable, mais tendrement divertissant, Lolo amuse plus qu’il ne fait réfléchir, malgré la thématique principale du sur-maternalisme.

Entre Judd Appatow et Steve Carell, la féministe discrète au cœur d’artichaut Julie Delpy se glisse dans quelques abîmes prosaïques, sans jamais sortir vraisemblablement son épingle du jeu. Pourtant irrésistible, la quarantenaire au teint de porcelaine et au regard enfantin ne peut qu’attiser notre flamme. Elle brûlerait presque si le carton pâte et le fond vert ne venait pas assombrir le tableau d’une insipide trivialité. Déconnexion de neurones dans 1…2…3 (et c’est ce que la majorité des spectateurs attend en franchissant les portes des salles obscures. Grâce à Delpy, elles deviennent moins sombres, mais la bonne humeur n’aura duré qu’un peu plus d’une heure et demi)

Synopsis: En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Fiche Technique: Lolo

Réalisateur: Julie Delpy
Scénario: Eugénie Grandval et Julie Delpy
Interprétations: Julie Delpy, Karin Viard, Vincent Lacoste, Dany Boon, Georges Corraface, Karl Lagerfeld, Frédéric Beigbeder, Elise Larnicol, Ramzy Bedia…
Décor : Emmanuelle Duplay
Photographie: Thierry Arbogast
Producteurs: Michael Gentile
Société de production: The Film, France 2 Cinéma, Mars Film, Tempête Sous un Crâne
Distribution: Mars Distribution
Genre: Comédie sentimentale et familiale
Durée: 99 minutes
Budget: NC
Date de sortie: 28 octobre 2015

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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