Philippe R. Doumic, Sous son regard l’étincelle : documentaire de Laurence Doumic Roux et Sébastien Cauchon

Réalisé et raconté avec une grande émotion par sa fille Laurence, le documentaire Philippe R. Doumic, Sous son regard l’étincelle est un portrait sensible du photographe de l’ombre, figure méconnue de la Nouvelle Vague qui a pourtant côtoyé toutes les icônes et monstres sacrés du cinéma français. Retour sur le parcours d’un artiste oublié au regard singulier et inégalable.

Véritable déclaration d’amour d’une fille à son père disparu en 2013 à l’âge de 86 ans, le documentaire Sous son regard l’étincelle rend hommage au talent discret de Philippe R. Doumic, photographe méconnu du grand public, artisan de la mémoire cinéphile paradoxalement éclipsé par l’aura scintillante des corps glorieux qui ont posé pour lui.

Mandaté dès 1957 par UniFrance, organisme œuvrant à promouvoir le cinéma français à l’international, ce passionné de photographie approcha de très près toutes les jeunes recrues emblématiques de la Nouvelle Vague pour les immortaliser dans un noir et blanc brumeux caractéristique de l’époque.

Si ses célèbres clichés parus maintes fois dans les journaux et magazines spécialisés ont traversé le temps, l’artiste, lui, en revanche a été oublié, vraisemblablement absorbé par la puissance iconique de son œuvre. Françoise Dorléac, Anouk Aimée, Brigitte Bardot, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Annie Girardot, Jeanne Moreau, Catherine Deneuve mais aussi des cinéastes majeurs tels que François Truffaut, Claude Lelouch, Jacques Demy, Agnès Varda et tant d’autres… Toutes les stars sont passées devant son objectif, offrant au monde leurs visages pensifs, mélancoliques, radieux..

À la manière d’un portrait-enquête, Sous son regard l’étincelle s’interroge sur la mise en circulation des images et sur la question des droits d’auteur à la belle époque des Cahiers du Cinéma avec, comme point de départ, l’étonnante histoire du fameux cliché non crédité de Jean-Luc Godard « à la pellicule » (imitant la célèbre « geste » de Sergueï Eisenstein, le père du montage), dont le tampon apposé au dos a finalement permis l’authentification après des années de recherches. Le voyage nous conduit aux portes de l’impressionnante bibliothèque de l’Académie des Oscars à Hollywood, à la rencontre d’un expert américain de la photo de cinéma.

Dans une posture à la fois tendre et admirative, Laurence Doumic Roux magnifie cette fabuleuse collection de tirages (certains sont rares ou inexploités) secrètement archivés dans l’une des pièces de la maison familiale en Sologne.

© Philippe R. Doumic

Révélateur, bain d’arrêt, fixateur : Le documentaire revient sur le processus de fabrication des images, notamment sur la méthode de travail très particulière de son père qui consistait d’abord à instaurer une connivence avec son modèle, à pénétrer dans l’intimité de la star en la mettant en scène le plus souvent chez elle, loin de l’agitation du plateau de tournage. Ainsi, contrairement à la photo dite promotionnelle qui « enferme » la star dans l’espace de la fiction, le tête-à-tête feutré fabriqué par Doumic s’appréhende comme un document intemporel qui capture la vérité de l’autre, saisit la fragilité et la profondeur d’un regard naturel, donne à voir son âme. « Il aimait capter la ‘photo vraie’  » rappelle Laurence Doumic. « Celle qui n’était pas conforme à l’image qu’on avait de l’artiste« . D’autre part, il photographie pendant une quinzaine d’années ses collègues et autres techniciens de la période, notamment Raoul Coutard, mythique chef opérateur connu pour son travail sur À bout de souffle, Lola ou encore Le Mépris, puis se retire définitivement pour veiller sur sa femme Arlette Doumic, souffrante d’Alzheimer.

Figures de proue de la Nouvelle Vague encore de ce monde, Claude Lelouch et Anna Karina ont accepté de partager face caméra leur vague souvenir de ce photographe resté dans l’ombre et si peu reconnu par ses pairs. Un témoignage affectueux pour le plus grand plaisir des cinéphiles.

Sévan Lesaffre

Bande-annonce

Synopsis : À travers des archives inédites et de nombreux témoignages, le documentaire brosse le portrait intime d’un artiste méconnu, paradoxalement éclipsé par une œuvre sans équivalent aux côtés des stars des années soixante : Godard, Bardot, Aimée, Truffaut, Delon, Varda, Belmondo, Lelouch, Dorléac, Deneuve, Demy, Karina… et beaucoup d’autres. Des étangs de Sologne à Hollywood, en passant par Paris et New York, une plongée au sein d’une décennie exceptionnelle en compagnie d’artistes immortalisés lors de leurs premiers pas. La redécouverte d’une époque disparue et d’un photographe très discret.

Philippe R. Doumic, Sous son regard l’étincelle – Fiche technique

Avec : Claude Lelouch, Anna Karina, Dominique Besnehard, Philippe Labro
Réalisation : Laurence Doumic Roux et Sébastien Cauchon
Producteur : Michel Merkt
Photographie : Didier Portal
Montage : Michèle Le Guernevel
Musique : Michel Cloup
Production : Doumic Studio, Beall Production
Durée : 1h30
Genre : Documentaire
Date de sortie : Non Connue

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.