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Accueil Festivals PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Chloé Margueritte Reporter LeMagduCiné Le festival « Passeurs de films » a présenté sa 7ᵉ édition du 30 juillet au 2 août 2025. Au programme, quatre soirées consacrées au cinéma et à la musique (avec deux concerts assurés par Lili Cros et Thierry Chazelle), ainsi que des rencontres dans le cadre idyllique de l’Île-aux-Moines (située en Bretagne, près de Vannes). Les passionnés et professionnels du cinéma qui ont créé le festival nous offrent chaque année des avant-premières de films présentés à Cannes quelques mois plus tôt. La présidente de l’association, Juliette Welfling, est monteuse, notamment des films de Jacques Audiard (dont le dernier en date, Emilia Perez, a été projeté lors de l’édition 2024). Cette année, les festivaliers ont pu découvrir, à la tombée de la nuit (les projections sont en plein air et entièrement gratuites), trois longs métrages : Classe moyenne d’Anthony Cordier (suivie d’un débat avec les scénaristes du film), Valeur sentimentale de Joachim Trier (Grand Prix du dernier Festival de Cannes) et la Palme d’or cannoise Un simple accident de Jafar Panahi (suivi d’un débat avec Pooya Abbasian, qui assure notamment la post-production des films du réalisateur depuis la France). Pour la première fois cette année, une soirée de projection a été consacrée au documentaire, avec la venue exceptionnelle de Déni Ouma Pitsaev, qui a présenté Imago, prix Œil d’or du documentaire à Cannes. Classe moyenne Réalisation : Anthony Cordier Interprètes : Sami Outalbali Laurent Lafitte, Élodie Bouchez, Ramzy Bedia, Laure Calamy, Noée Abita, Durée : 1h35 Date de sortie : 24 septembre 2025 Synopsis : Mehdi a prévu de passer un été tranquille dans la somptueuse demeure de ses beaux-parents. Mais dès son arrivée, un conflit éclate entre la famille de sa fiancée et le couple de gardiens de la villa. Comme Mehdi est issu d’un milieu modeste, il pense pouvoir mener les négociations entre les deux parties et ramener tout le monde à la raison. Pourtant, tout s’envenime… Avec la volonté de croquer avec cruauté la lutte des classes, le film d’Anthony Cordier est servi par des acteurs impeccables et beaucoup de dérision, avec des scènes fortes, faites pour leurs interprètes. Les deux scénaristes ont travaillé ensemble sur le projet, avant une adaptation par Anthony Cordier lui-même. Le personnage principal, c’est Mehdi, qui devient (presque) malgré lui le médiateur naturel d’un conflit qu’il ne pourra régler qu’en payant le prix fort, les scénaristes faisant le choix de classes irréconciliables dans une société trop divisée. Élodie Bouchez surprend dans un rôle où elle change de visage d’un instant à l’autre, passant de la légèreté à la stupeur et au calcul en un battement de cil. Le scénario suit cependant un canevas très classique, choisissant tout de même de ne pas délaisser sa cruauté en chemin. Les scénaristes ont ainsi évoqué différentes méthodes d’écriture lors de la rencontre avec le public, notamment Save the Cat du scénariste américain Blake Snyder, mettant en avant quinze temps forts de l’écriture, au risque de peiner à sortir des sentiers battus. Imago Réalisation : Déni Oumar Pitsaev Durée : 1h48 Date de sortie : 22 octobre 2025 Synopsis : Déni est le nouveau propriétaire d’un petit lopin de terre dans une vallée isolée en Géorgie, à la frontière de la Tchétchénie dont il est exilé depuis l’enfance. Il débarque là-bas et projette d’y construire une maison qui tranche drôlement avec les coutumes locales. Un fantasme qui ravive ses souvenirs et ceux de son clan déraciné qui pourtant ne rêve que d’une chose, le marier ! Déni Oumar Pitsaev a tourné deux fois son documentaire pour chercher à se détacher d’un résultat trop maîtrisé. Il ressort pourtant de ce premier documentaire (primé à Cannes) une réelle authenticité. Le réalisateur s’y met en scène autour de ses parents, divorcés, et notamment dans une scène très forte de discussion avec son père (tournée en une seule prise de 2 heures). Déni Oumar Pitsaev propose une œuvre qui l’aide à quitter l’enfance et à avancer après les traumatismes de la guerre en Tchétchénie, les non-dits et la construction très viriliste d’une société de plus en plus tournée vers la religion. Il offre des scènes très fortes, déconstruisant peu à peu cette image, entraînant des discussions passionnantes qui vont gratter le vernis des apparences auprès de ses proches, de femmes de la communauté et des plus jeunes. Dans une mise en scène tout en retenue, dont il est pourtant le protagoniste principal, le réalisateur propose une œuvre poétique forte, où l’émotion peut enfin s’exprimer publiquement. Déni Oumar Pitsaev ne cherche pas à vivre « pour quelqu’un », mais à trouver sa place tout en construisant des relations saines avec celleux qui l’entourent — tout un programme qui ne l’empêche pas de rêver à bâtir une cabane dans les arbres en guise de maison, sur une terre d’exil à laquelle il n’appartient pas, mais où l’histoire des siens se (re)construit. Valeur sentimentale Réalisation : Joachim Trier Interprètes : Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning Durée : 2h13 Date de sortie : 20 août 2025 Synospis : Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux. Le 6ᵉ film du réalisateur norvégien Joachim Trier est une histoire de famille et de création. Porté par de superbes interprètes, dont Renate Reinsve — déjà tête d’affiche de son précédent film Julie en 12 chapitres —, Valeur sentimentale s’articule autour de trois séquences majeures : les deux scènes qui ouvrent le film et celle qui le clôture. On y voit les protagonistes manquer d’air, les liens qui les unissent, et comment les sentiments entre eux évoluent. Toujours habité par la dépression et la création, ce film incandescent, qui prend aussi son temps, est marqué par la présence forte d’une maison, ciment d’une famille pourtant éclatée. Filmée avec une tendresse infinie, elle devient un personnage du film à part entière. Le réalisateur observe la vie telle qu’elle s’y déroule, et comment les drames s’y nouent. Tout y vibre, et surtout cette volonté de (re)créer la vie à travers le cinéma. Un simple accident Réalisation : Jafar Panahi Interprètes : Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi Date de sortie : 1er octobre 2025 Synopsis : Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe. Jafar Panahi livre un récit hanté par la vengeance, mais dont l’humanité est vibrante. Enfin libéré des assignations et autres emprisonnements du régime, le réalisateur était présent à Cannes cette année et s’est effacé du récit pour évoquer ses questionnements tranchés sur la société iranienne d’aujourd’hui. Porté par ses proches — pas tous comédiens professionnels —, ce film crépusculaire, quasiment exclusivement construit en plans fixes, dont un plan-séquence final éprouvant et maîtrisé, est l’un des plus beaux de Jafar Panahi. Il y présente un récit à la En attendant Godot, aussi absurde que nécessaire, où une fin ouverte laisse le spectateur hagard, témoin d’une violence où la résistance collective vient offrir un espace de parole et de reconstruction pourtant si difficile à atteindre. Dans Un simple accident, tout est question de sons, de toucher, de hors-champ… et d’humanisme, et ce, au sein d’un thriller aux enjeux moraux majeurs et captivants.