Gérardmer 2017 : Split ouvre le festival international du film fantastique

La 24ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer s’ouvre avec Split, le nouveau long métrage en compétition de M. Night Shyamalan. Au programme de cette première journée, le documentaire David Lynch : The Art Life, un survival en huis-clos avec Noomi Rapace, un bébé tueur manipulant sa mère dans Prevenge et bien entendu des zombies…

Présidé par l’acteur Jean-Paul Rouve (DalidaLes Tuche 2), ce jury hétéroclite se compose également de l’actrice Audrey Fleurot et des réalisateurs Olivier Baroux et Louis Leterrier. Dans cette édition 2017 du Festival du Film Fantastique de Gérardmer, 40 films ont été sélectionnés, dont 10 en compétition officielle. Une rétrospective est consacrée au cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa, et son nouveau flm Le Secret de la chambre noire sera présenté en avant-première.

[Compétition] Rupture de Steven Shainberg (Etats-Unis, Canada,2016). 

Il est temps de rentrer dans le vif du sujet avec les deux premiers films en compétition. Le premier d’entre eux, Rupture, est le nouveau film du réalisateur de La Secrétaire, Steven Shainberg. Pour son quatrième long-métrage, Shainberg s’est entouré de plusieurs têtes connues incluant Noomi Rapace (Millénium, Enfant 44, Quand vient la nuit) en personnage principal mais également Peter Stormare (Prison Break, Fargo) ou des figures du petit écran telles que Michael Chiklis de The Shield. Rupture est un film très classique, il ne faut pas se le cacher. Une histoire de séquestration, des expériences menées sur la pauvre femme à qui on ne dit rien et qui est dans le flou complet, mais le tout fonctionne très bien. Shainberg arrive à accrocher le spectateur qui reste intrigué pendant une bonne partie en essayant de deviner ce qui peut bien se passer. Le rythme est bien mené et on ne s’ennuie pas un moment. On regrettera certainement la dernière séquence en trop qui gâche un peu le film, ainsi que certains effets gratuits qui font assez tâche. L’un des gros points positifs de Rupture réside dans son esthétique. Utilisant essentiellement des couleurs chaudes, notamment le rouge et le jaune avec quelques pointes de violet, la photographie de Karim Hussain donne un certain cachet et renforce clairement cette impression d’étouffement engendrée par le huis-clos. Choix qui sera d’ailleurs complètement justifié par le scénario. Rupture est donc un sympathique thriller, plutôt bien orchestré avec des idées de mise en scènes intéressantes et un positionnement esthétique accrocheur, il reste cependant trop classique dans son déroulement pour en faire un incontournable.

Réalisé par Steven Shainberg avec Noomi Rapace, Michael Chiklis, Peter Stormare. Date de sortie française inconnue. 

[Compétition] Split de M. Night Shyamalan (Etats-Unis, 2016)

Voilà certainement la plus grosse affiche de cette édition, le nouveau film du maître du twist M.Night Shyamalan. Si on ajoute à ça le fait d’assister à la projection dans la mythique salle du Paradiso et ses sièges dont la place devrait être fournie avec un rendez-vous chez le kiné, cela avait de quoi augurer une bonne fin de soirée. Split est annoncé comme le grand retour de M. Night Shyamalan, après des essais plutôt désastreux comme After Earth ou la version live de Avatar, Le dernier maître de l’air. Suivant un personnage aux multiples personnalités, (pas moins de 23 !) mais dont on ne verra véritablement que 5 d’entre elles, Split intriguait notamment par la performance d’acteur qu’allait nous livrer James McAvoy. Forcément, c’est là-dessus que mise le film, et il a raison car si il y a bien quelque chose de réussi, c’est ce que fait James McAvoy. Entre le maniaque psychorigide et pervers, la femme autoritaire qui essaie de tempérer la situation et, certainement celui qui a le plus fait rire la salle, le petit garçon de 9 ans avec le cheveu sur la langue, McAvoy dispose d’un très grand terrain de jeu pour dévoiler sa panoplie d’acteur. Comme dit, on regrette un peu le petit mensonge racoleur sur l’affiche parlant de 23 personnalités, même si il était bien évident que les 23 n’allaient pas pouvoir être présentées. Mise à part la performance d’acteur, Split n’offre pas de quoi en faire tout en plat. L’histoire en rapport avec les trois filles est assez creuse et sert vraiment de toile de fond pour l’expression artistique de McAvoy, d’autant plus que certains éléments sont inutiles, on pense notamment aux nombreux flashbacks en rapport avec Kacey. Split reste cependant bien mis en scène et fait preuve d’efficacité et permet de renouer avec l’esprit Shyamalan des débuts.

Réalisé par M. Night Shyamalan et Zack Roberts avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley. Dans les salles françaises à partir du 22 février 2017.

[Hors-compétition] David Lynch : The Art Life de Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm (Etats-Unis, Danemark, 2016)

Après un petit tour sur le lac gelé de Gérardmer, il est temps de se pencher sur l’un des deux documentaires présentés hors-compétition durant le festival. Un documentaire qui par ailleurs rend hommage à l’un des plus grands cinéastes américains de ces dernières années, Monsieur David Lynch. Mais attention, Jon Nguyen et ses amis n’ont pas décidé de s’intéresser à la filmographie du cinéaste, mais bien à sa vie avant le cinéma et notamment sa passion pour l’art et plus précisément la peinture. Pour couronner le tout, c’est David Lynch lui même qui va nous raconter son enfance dans l’Idaho, sa première expérience avec ce qu’il appelle The Art Life et comment tout cela a influé sur sa vie de famille. Illustré par des documents fournis directement par Lynch lui-même, tels que des tableaux, des films 8mm ou des films de famille, le projet de Jon Nguyen et ses comparses va nous faire pénétrer dans l’univers si particulier du monsieur. Ce documentaire intimiste nous offre donc une nouvelle porte dans l’esprit complexe et riche de David Lynch, de quoi fasciner les fans, au travers d’œuvres picturales particulièrement fortes, mais également de rebuter un certain nombre de personnes. David Lynch : The Art Life est donc un documentaire très généreux, exigeant et qui ravira quiconque se laisse porter par les histoires du grand David Lynch.

https://vimeo.com/195307302

Réalisé par Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm avec David Lynch. Dans les salles françaises à partir du 15 février 2017. 

[Hors-compétition] Prevenge de Alice Lowe (Grande-Bretagne, 2016)

Prevenge est un film à la fois écrit, réalisé et interprété par l’anglaise Alice Lowe dont l’idée lui serait venue pendant sa grossesse. On comprend très vite pourquoi car Prevenge suit le périple de la future maman enceinte jusqu’au cou dans une sorte de croisade tueuse contre des personnes qui, à première vue, n’ont absolument rien en commun. Le film a le mérite de nous mettre directement dans le bain et de ne pas perdre de temps en tergiversations inutiles. Entre humour typiquement anglais aussi grinçant qu’une porte qui nécessiterait un coup d’huile et un premier meurtre plutôt sobre mais efficace, le ton est directement donné. Malheureusement, si les idées d’Alice Lowe sont plutôt intéressantes avec cette nouvelle approche du tueur schizophrène et avec l’intégration du bébé dans l’équation, l’exécution s’avère plutôt décevante. La mise en scène est par ailleurs plutôt faible et ne fourmille pas de fulgurances. Certains meurtres feront bien évidemment plaisir aux festivaliers. Toute la séquence avec DJ Dan est assez délicieuse et typiquement dans un ton anglais, laissant peu de limite dans le langage. L’intérêt du film diminue au fur et à mesure que le récit avance et les surprises qui vont avec également, le film rentrant dans un schéma balisé depuis plusieurs années par de nombreuses œuvres. D’ailleurs ce n’est pas la fin plutôt ratée et étirée qui fera dire le contraire. Prevenge est donc une œuvre qui possédait un potentiel intéressant avec un angle plutôt sympathique, mais qui n’arrive pas à transformer l’essai. Reste l’humour noir anglais toujours au poil.

Réalisé par Alice Lowe avec Alice Lowe, Gemma Whelan, Kate Dickie. Date de sortie française inconnue. 

[Hors-compétition] L’Enfer des zombies de Lucio Fulci ( Italie, 1979)

Quoi de mieux après un premier film plutôt fade, que du bon vieux bis italien bien racoleur? On a de la chance car l’un des classiques d’un maître de la série B italienne, Lucio Fulci a été présenté dans sa version remastérisée lors de cette première journée. L’Enfer des zombies, l’un des nombreux films surfant sur le succès de l’oeuvre de Romero a été projeté dans une magnifique copie restaurée avec une image contrastant véritablement avec celles dont on a l’habitude dans les films de ce genre. Donc premier bon point pour cette sublime restauration. Après, en ce qui concerne le film, on est clairement dans du bon vieux film d’exploitation qui essaie de placer le maximum de poitrines féminines et d’hémoglobine. L’enfer des zombies nous emmène donc à la découverte d’une île des Caraïbes où les morts reviennent miraculeusement (ou pas !) à la vie, tout cela expliqué par le culte vaudou qui sévit dans les parages. S’il y a bien quelque chose que l’on ne peut pas enlever à Fulci, c’est que l’homme sait faire plaisir à son spectateur, et il est donc tout naturel pour lui de nous montrer un affrontement entre un requin et un zombie. Quoi de plus normal quand on sait que Les Dents de la mer et Zombie ont eu un certain succès? Question gore, on est là aussi servi avec notamment cette cultissime scène d’écharde transperçant l’œil, particulièrement sanguinolente et impressionnante. On peut également tirer notre chapeau aux maquillages rendant parfaitement cet aspect crade et purulent des morts-vivants. Le film est quand même plombé par certaines longueurs, principalement au début qui met un certain temps à démarrer. L’Enfer des zombies reste cependant un honnête divertissement fauché comme les italiens en sont capables.

https://www.youtube.com/watch?v=ZfBgioU6mxc

Réalisé par Lucio Fulci avec Tisa Farrow, Ian McCullogh, Al Cliver, Richard Johnson, Auretta Gay. Sorti dans les salles françaises le 13 février 1980.

Une première journée assez correcte en somme avec de belles surprises et des propositions de cinéma originales. De quoi bien se mettre en jambe pour la journée de vendredi avec pas moins de sept films au programme !

 

Festival

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Deauville 2026 : I’ll Be Gone in June, le crépuscule d’un monde

Comment les Européens perçoivent-ils l'Amérique ? Et comment ce pays, ancienne terre d'immigration, accueille-t-il les étrangers dans un contexte troublé ? Ce sont les questions que posent, en creux, le premier long-métrage de Katharina Rivilis. Avec "I'll Be Gone in June", la cinéaste allemande signe un récit d'apprentissage à la fois âpre et lumineux, tourné dans le désert du Nouveau-Mexique, sur fond de traumatisme post-11 septembre. Une œuvre très personnelle qui touche par sa sensibilité.

L’Étrange Festival 2026 : Blaise, quand la politesse tourne à l’émeute

"Blaise" suit une famille obsédée par son image, prête à tout pour ne déplaire à personne, jusqu'à s'embourber dans une spirale de quiproquos de plus en plus absurdes. Porté par une animation en photomontage numérique inédite, le film transforme la politesse ordinaire en mécanique comique redoutable.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Deauville 2026 : I’ll Be Gone in June, le crépuscule d’un monde

Comment les Européens perçoivent-ils l'Amérique ? Et comment ce pays, ancienne terre d'immigration, accueille-t-il les étrangers dans un contexte troublé ? Ce sont les questions que posent, en creux, le premier long-métrage de Katharina Rivilis. Avec "I'll Be Gone in June", la cinéaste allemande signe un récit d'apprentissage à la fois âpre et lumineux, tourné dans le désert du Nouveau-Mexique, sur fond de traumatisme post-11 septembre. Une œuvre très personnelle qui touche par sa sensibilité.