FFCP 2024 : Lesson, le sens du contretemps

Et si la vie n’était qu’un ensemble de répétitions ? Quand en prendrait-on conscience ? Comme son nom l’indique, Lesson nous apprend que la trajectoire des individus qui peuplent son univers n’est pas rectiligne, mais bien circulaire. C’est un chassé-croisé mélancolique, à défaut d’être romantique, que Kim Kyung-rae nous a concocté pour son troisième long-métrage.

Synopsis : Professeur particulier d’anglais, Kyung-min est en couple avec Seon-hee. Ils s’aiment mais leur relation piétine entre esquives et compromis impossibles. La nouvelle élève de Kyung-min, Young-won, enseigne le piano et lui propose de lui donner des cours en contrepartie des leçons d’anglais. Avec elle, tout est simple. Entamer une liaison devient alors une évidence.

En à peine quelques minutes, le premier vertige se fait sentir. Kyung-min marche avec un vélo à la main puis croise tout un groupe de personnes allongées, se ressourçant à la vitamine D en fin de journée. Toute cette séquence démontre ô combien ce personnage complexe se révèle à contretemps de son environnement. Seul debout, puis seul allongé, sa solitude se lit aussi bien sur son visage étreint que dans sa gestuelle au ralenti. Sa routine se consomme également au même rythme que ses cigarettes, par petites bouffées, d’une discrétion et d’une modération qui auront raison de sa destination finale dans l’intrigue. Son couple bat de l’aile avec Seon-hee, très attachante, mais qui a beaucoup de difficulté à partager le cadre avec son conjoint, même lors de leurs rapports sexuels déséquilibrés.

La première partie du récit nous invite à ausculter le déphasage évident entre ces individus qui ne se situent pas au même stade de leur histoire d’amour. Le cinéaste prend ainsi un grand soin à émietter tout un tas de symboles qui serviront de « déjà-vu » dans une seconde partie qui change de point de vue. Mais avant cela, Kyung-min nous dévoile tout le malaise de sa relation sans issue. Il déambule avec un bagage émotionnel et mémoriel, qui va servir de tremplin pour la suite. Ce professeur particulier d’anglais se trouve alors pris au piège dans un échange de bons procédés où il va soudainement reprendre une leçon de piano auprès de Young-won, une de ses nouvelles élèves. Ce qui s’annonce comme le coup de foudre téléphoné va vite déchanter du côté de Kyung-min.

Un jeu de miroir se met alors astucieusement en place avec la première relation platonique. Malheureusement, à force de se concentrer sur la structure du scénario, le bouleversant conte de Kim Kyung-rae louche sur ses personnages apathiques et ne manque pas de nous éjecter du contrecoup de cette romance. Ce qui a ainsi échoué dans ce film est davantage abouti dans Mimang, un autre film de la section Paysage qui a une conception plus mûre de la mélancolie dans sa promenade de la vie. Sursignifiant à l’extrême, Lesson mise tout sur son dispositif à répétition, au risque de laisser le spectateur anticiper tout le fil rouge du deuxième acte, miroir du premier. On regrette seulement que l’audace ne soit pas récompensée comme il se doit, avec toute la lassitude d’une vie romantique qui rejoue son refrain au fil des saisons et des rencontres.

Ce film est présenté à la section paysage de la 19e édition du Festival du Film Coréen à Paris.

Lesson : bande-annonce

Lesson : fiche technique

Réalisation : KIM Kyung-rae
Scénario : KIM Kyung-rae, James Chung
Interprètes : CHUNG James, LEE Yu-ha, JEON Han-na
Directeur de la photographie : KIM Jin-bum
Montage : KOO Dae-hee, KIM Kyung-rae
Musique : SHIM Kyu-min
Décors : CHOI Ye-rin
Producteurs exécutifs : LEE Seung-moo, CHOI Yong-bae
Producteurs : LEE Tae-gyum, Nandin Erdene-Ganbaatar
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : M-Line Distribution
Durée : 1h34
Genre : Drame

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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