Festival de Cannes 2022 : Stars at Noon de Claire Denis

Portrait d’une femme moderne emprisonnée dans une quête de liberté, le nouveau film, Stars at Noon, de Claire Denis respire l’impudence et l’abnégation. De quoi éliminer les plus sensibles d’entre nous.

Mauvais démarrage à Cannes pour Stars at Noon, film ivre de chaleur dans un univers politiquement contemporain aux frontières du Nicaragua. Pourtant le long-métrage en compétition officielle marque par sa singularité et sa force de caractère, avec une Margaret Qualley qui détonne par son don de soi et une parfaite maîtrise de ses émotions.

Synopsis : En 1984, Trish, une jeune journaliste américaine bloquée sans passeport dans le Nicaragua en pleine période électorale rencontre dans un bar d’hôtel Daniel, un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Mais elle réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.

Claire Denis aime raconter des histoires d’amour presque impossibles pour ses personnages, souvent tumultueux, fragiles ou amochés, leur écriture est toujours en dents de scie, jonglant entre leurs émois et leur beauté.

Avec Stars at Noon, et bien que l’histoire soit une adaptation, la réalisatrice n’a que faire de son intrigue passée au trois millième plan, ce qui l’intéresse c’est la romance entre nos deux jeunes protagonistes, s’épanouissant, s’haïssant dans une dynamique pleine de désir et d’insécurité. Une promenade désenchantée qui comme Bonnie and Clyde, devient de plus en plus étriquée à mesure que leur amour l’un pour l’autre l’emporte sur toute forme d’implication.

Les lois de l’attraction

Coûte que coûte et malgré l’importance d’échapper aux autorités, les deux amants reviennent inlassablement l’un vers l’autre, dans une expérience sensorielle à base de corps à corps, de pardon et de coup du sort.
Semblable aux thrillers érotiques des années 80, l’alchimie des héros se voit compromise quand à la fin du film, on se rend compte qu’en quête de liberté, tous les coups sont possibles.

La nouvelle œuvre de Claire Denis propose une lecture très personnelle d’une romance entre deux louveteaux très peu sûrs d’eux. L’approche est belle, Qualley est divine mais cette envie de trop bazarder le scénario laisse au public un sentiment d’inachevé.

Toutefois le film a sa place en compétition, de son tempérament de petit film de genre à la perplexité de son personnage féminin, il est bon de voir une œuvre proposer une escapade finement mise en scène, où le nu ne sera un déplaisir mais un art sublime et poétique.

https://www.youtube.com/watch?v=hwVlkprBgbg

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2022.

Stars at Noon : fiche technique

  • Titre original : Stars at Noon
  • Titre français : Des étoiles à midi
  • Réalisation : Claire Denis
  • Scénario : Claire Denis, Andrew Litvack et Léa Mysius, d’après le roman Des étoiles à midi de Denis Johnson
  • Distribution : Margaret Qualley, Joe Alwyn, Danny Ramirez
  • Photographie : Éric Gautier
  • Sociétés de production : RT Features, Curiosa Films
  • Genre : drame, romance, thriller
  • Durée : 137 min

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.

La fille du konbini : disconnect days

Adapté du roman de Sayaka Murata, "La Fille du konbini" suit Nozomi, jeune femme en pleine reconstruction après avoir fui la toxicité du monde corporate. Refuge dans une supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l'immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l'ambition, porté par la retenue naturaliste d'Erika Karata.

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Le Cri des gardes : Combat de théâtre et de cinéma

Le nouveau film de Claire Denis, "Le Cri des gardes", avec Isaac de Bankolé et Matt Dillon, adapté de la pièce de Bernard-Marie Koltès, "Combat de nègre et de chiens", avait tous les atouts pour plaire. Mais nous restons à la porte, froids et déçus. Faut-il en accuser un texte trop théâtral ? Ce qui est sûr, c'est que quelque chose, ici, n'a pas su s'incarner.
Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.