L’Étrange Festival 2025 – The Cursed : Insatiable Desires, le pacte de vie et de mort

The Cursed : Insatiable Desires s’inscrit dans cette tradition de films à sketches qui cherchent à recréer les sensations d’un train fantôme. Tout y contribue : la fluidité avec laquelle Hong Won-ki enchaîne les récits, la réintroduction constante de nouveaux enjeux, comme autant de virages abrupts dans un manège grinçant. Mais derrière cette façade sensorielle, subsiste une frustration tenace. L’ensemble évoque davantage la mise en scène naïve de Fais-moi peur ! que les sommets de la K-horror (The Strangers, J’ai rencontré le diable, The Host).

Les films à sketches percutants sont rares, surtout ceux contraints de relancer sans cesse l’intérêt à chaque segment. Conscient de ce piège, Hong Won-ki s’efforce de créer un liant : un fil rouge autour du désir autodestructeur qui habite ses personnages. À cela s’ajoute cette porosité entre les vivants et les morts, fil conducteur qui confère au film sa légitimité horrifique. Son imagerie, nourrie d’étrange et de folklore urbain, n’est pas neuve : il l’a déjà explorée dans The Possessed, sa mini-série où il revisitait ces mêmes légendes.

« Désirs obscurs »

Les cinq récits s’articulent autour d’un marché noir surnaturel où l’on peut acheter des fantômes. L’un des arcs centraux suit une mère – incarnée par Seo Young-hee (qui a incarné la prostituée captive dans The Chaser) – prête à pactiser avec des démons pour assurer la réussite scolaire de sa fille. Tous les personnages du film vont, comme elle, devoir sacrifier une partie d’eux-mêmes (littéralement parfois) pour espérer avancer de nouveau. Les autres histoires ne manquent pas d’intérêt, du moins sur le papier.

Le film s’ouvre sur une variation de body horror, autour d’un arbre protecteur devenu vengeur. Les fans du groupe Mamamoo y retrouveront Solar (Kim Yong-sun), dans un rôle d’écrivaine ambitieuse confrontée à un village corrompu. Une performance honorable et un choix logique, puisque Hong Won-ki vient de l’univers du clip musical et a déjà dirigé plusieurs vidéos pour son groupe. Un bagage visuel qu’il met à profit ici, même si sa mise en scène peine à instaurer un climat anxiogène. Le style est soigné, mais l’intensité reste en surface, comme si l’effet « frissons » restait en option. Ce défaut traverse les segments suivants. Et pourtant, la curiosité l’emporte. On veut savoir où tout cela nous mène.

Dans le second segment, une querelle de voisines prend une tournure grotesque lorsqu’une femme vole littéralement le nez de l’autre. À travers cette satire des diktats de beauté, largement influencés par les réseaux sociaux, une employée de bureau se laisse dévorer par le besoin de plaire. Une idée intéressante, mais plombée par une incohérence de départ : le personnage n’a, en réalité, rien à « corriger ». Ou bien cela manque cruellement de contexte. Sa transformation, censée révéler le monstre sous le masque, manque donc de force, de crédibilité. On aurait aimé une approche plus radicale, plus viscérale, pour que cette descente dans l’obsession ait un véritable impact. Mieux vaut se tourner vers la créativité de The Ugly Stepsister pour cela.

« Frissons manqués »

Plus tard, un officier de police et son cadet mènent une traque nocturne dans les ruelles désertes d’une banlieue. Leur enquête les conduit à une entreprise sinistre où la chair humaine semble monnaie courante. La photographie, sombre et inquiétante, fonctionne. Mais l’intensité ne suit pas. Le film flirte avec l’esthétique du polar morbide, sans jamais faire monter la pression. Contrairement à Exhuma, qui superposait peut-être trop d’intrigues mais savait maintenir un certain tempo, The Cursed donne l’impression de rester en retrait, comme s’il n’osait pas libérer pleinement ses monstres.

Le dernier acte, hélas, ne redresse pas la barre. Un groupe d’étudiantes joue avec la mort pour attirer l’attention sur les réseaux sociaux. Là encore, l’idée est forte, l’exécution moins. Quelques images chocs émergent, avec une vocation de vouloir jouer avec le hors-champ, mais le montage trop lisse, trop attendu, désamorce systématiquement la tension. Aucun jump scare ne surprend. Le segment s’éteint doucement, là où il aurait dû conclure sur une note fiévreuse.

En définitive, The Cursed aurait aimé s’imposer comme un héritier coréen de Creepshow ou, à défaut, de The Mortuary Collection. Mais la marche était trop haute pour que ces histoires forment un ensemble cohérent. Individuellement, certaines propositions fonctionnent, malgré des écarts de qualité. Mais l’ensemble manque de cohésion, de panache, et d’une véritable vision de l’horreur. Reste un film anthologique aux accents adolescents, qu’on pourrait imaginer se raconter entre amis, un soir d’été, autour d’un feu, entre deux frissons.

Bande-annonce – The Cursed : Insatiable Desires

Fiche technique – The Cursed : Insatiable Desires

Titre original : Gori: Eo Horeo Teil
Titre international : Gory: A Horror Tale
Réalisation : Hong Won-ki
Interprètes : Yoo Jae-myung, Moon Chae-won, Solar, Seo Young-hee, Cha Sun Woo, Choi Bo-min
Scénario : Yoo Young-seon, Hong Won-ki
Photographie : Park Jon-chul
Montage : Han Eon-jae
Musique : Koo Ja-wan
Production : Lee Ha-young
Sociétés de production : Jerrygood Company, Zanybros
Pays de production : Corée du Sud
Genre : Épouvante-horreur
Durée : 1h36

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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