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Accueil Festivals PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Fraîchement révélé à la Semaine de la Critique de Venise, Gorgonà marque le passage d’Evi Kalogiropoulou au long-métrage avec une ambition certaine : revisiter le mythe antique de la gorgone à l’aune des luttes féminines contemporaines. En situant son récit dans un monde dystopique ravagé par la pollution, où le pétrole fait office de monnaie d’échange, la réalisatrice esquisse une allégorie de pouvoir, de désir et de révolte. Mais à force de surcharge esthétique et de symbolisme appuyé, Gorgonà se prend au piège de son propre dispositif, jusqu’à diluer la portée de son propos. Dans ce futur à la Mad Max, l’humanité survit dans des communautés militarisées, où les hommes, rendus grotesques par leur addiction aux anabolisants, s’érigent en chefs de guerre d’un monde déjà éteint. Les femmes, elles, n’ont droit qu’aux marges. Elles cuisinent, nettoient, se prostituent, et parfois tout ça à la fois. C’est dans ce paysage asphyxié que surgit Maria (Melissanthi Mahut), franc-tireuse solitaire, dont l’ascension sociale et politique vient bouleverser un ordre patriarcal aussi figé qu’absurde. Mais ce renversement ne se fait pas seul. L’arrivée d’une mystérieuse étrangère (Aurora Marion), échangée contre des ressources, ravive en Maria un désir enfoui, catalyseur d’un changement aussi intime que politique. Fidèle aux thématiques qu’elle a explorées dans ses précédents courts-métrages (Motorway 65, On Xerxes’ Throne), Kalogiropoulou interroge ici le rapport au corps, à la contrainte et au toucher. Dans Gorgonà, la communication passe par la peau, les gestes, la chaleur – autant d’éléments qui font du corps un terrain de lutte mais aussi de reconquête. Les étreintes, qu’elles soient désirées ou imposées, deviennent ainsi des moments de bascule où se joue la réappropriation féminine. Une beauté empoisonnée pour un récit sans venin Pourtant, ce geste de mise en scène, aussi fort soit-il, se heurte rapidement à ses propres limites. La tension narrative promise – notamment par le concours organisé pour désigner le successeur du leader mourant, Nikos – s’étiole au fil du récit. Plutôt que de construire un suspense ou d’explorer les dynamiques de pouvoir en profondeur, Kalogiropoulou préfère s’attarder sur les regards, les silences, les jeux de textures et de lumière. Ce choix contemplatif, loin d’être illégitime, finit cependant par devenir pesant, surtout quand l’intrigue piétine et que les personnages secondaires ne servent que de faire-valoir au message féministe. Là où le film aurait pu être un western post-apocalyptique chargé de tensions politiques, il devient un drame symboliste, presque abstrait, où l’émancipation est davantage suggérée que vécue. Le rapprochement entre Maria et la nouvelle venue, bien qu’il soit au cœur du récit, manque de chair. Leur relation sentimentale n’est développée que dans une série de scènes sensuelles, dont l’organicité finit par se retourner contre l’émotion. Ce qui faisait sens dans les formats courts de la réalisatrice semble ici étiré, voire plaqué. La dernière partie précipite les événements sans leur donner le temps d’exister. Le rythme s’accélère brutalement, les images s’emballent et les symboles se multiplient, au point d’étouffer le spectateur. Le chapitrage en cinq actes, les séquences musicales aux accents mélancoliques, les analepses censées expliquer un retournement psychologique : rien n’y fait. Le film échoue à donner du poids à son final, qui laisse un goût d’inachevé. Reste une proposition visuelle forte, un univers singulier, et une volonté manifeste de questionner les mythes pour en faire surgir de nouvelles figures de résistance. Mais à trop vouloir incarner la vengeance féminine dans un style travaillé jusqu’à l’artifice, Gorgonà sacrifie la chair du récit sur l’autel du concept. Et ce qui devait être une réécriture vibrante de la gorgone devient un objet esthétique un peu froid, fascinant mais creux. Fiche technique – Gorgonà Réalisation : Evi Kalogiropoulou Interprètes : Melissanthi Mahut, Aurora Marion, Christos Loulis, Kostas Nikouli, Stavros Svigkos Scénario : Evi Kalogiropoulou, Louise Groult Photographie : Giorgios Valsamis Montage : Yorgos Zafeiris Musique : Ilias Kampanis, Nick Athens, Karolos Berahas Son : Xanofontas Kontopoulos, Vincent Verdoux Décors : Stavros Liokalos Costumes : Evelyna Darzenta, Anna Zotou Maquillage : Alexandra Myta, Olga Patsiou Coiffure : Sotiris Paterakis, Argiro Kartsioti Production : Amanda Livanou, Bertrand Gore, Nathalie Mesuret, Alexandre Perrier, Fenia Cossovitsa Société de production : NEDA FILMS Sociétés de co-production : BLUE MONDAY PRODUCTIONS, KIDAM, BLONDE Société de distribution : UFO DISTRIBUTION Pays de production : Grèce, France Genre : Drame Durée : 1h35 © Marc Bruckert