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© Phase 4 Productions L'Étrange Festival 2025 | Olivier Gourmet | Gibier Accueil Festivals Jérémy Chommanivong·8 septembre 2025·4 min de lecture·1L’Étrange Festival 2025 : Gibier, un gâchis parmentier PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Avec ce nouveau film, Abel Ferry semble vouloir renouer avec un cinéma de genre rugueux, viscéral et engagé, mais qui, à force de maladresses, tire bien trop souvent à côté de sa cible. Car derrière son emballage visuel honnête et sa volonté apparente de réflexion, Gibier livre une expérience brouillonne, bancale et rarement captivante. Le point de départ avait pourtant de quoi séduire : quatre activistes investissent de nuit un abattoir pour dénoncer la maltraitance animale. Mais leur intrusion est filmée, et les images compromettantes risquent de nuire au propriétaire des lieux – un industriel à l’ambition politique, campé par Olivier Gourmet. Ce dernier décide alors de récupérer coûte que coûte les preuves, armé de munitions prétendument non létales et accompagné de sbires au doigt un peu trop facile sur la gâchette. Très vite, la chasse vire au carnage et les dommages collatéraux s’annoncent nombreux. Un survival qui perd le nord Sur le papier, Gibier promettait un thriller tendu, un jeu de survie qui s’intensifie à mesure que les proies perdent leur avantage. Mais à l’écran, le film peine à installer la moindre tension durable. Loin de renforcer son emprise sur le spectateur, il en vient même à le malmener – non pas par la force du propos, mais par une exécution maladroite, qui transforme la traque en promenade désorganisée. Le film souffre d’abord d’un sérieux problème de ton. Ferry semble vouloir livrer un récit viscéral, engagé, voire politique, tout en flirtant avec les codes du slasher. Mais il ne choisit jamais franchement son camp. Gibier se prend donc très au sérieux, sans jamais assumer la dimension bis ou décomplexée qui aurait pu en faire un objet de genre jouissif. À force de se vouloir grave et engagé sans en avoir la rigueur formelle, le film frôle régulièrement le nanardesque, oscillant entre maladresse et grandiloquence involontaire. Ses nombreuses approximations deviennent alors difficilement excusables, et son discours se délite. Le film tente d’abord d’explorer une idée intéressante. Ces activistes, porteurs d’un idéal de changement, se retrouvent brutalement ramenés à leur instinct de survie, où seule la violence semble dicter les règles. Un renversement qui, s’il avait été traité avec finesse, aurait pu nourrir une réflexion forte sur les limites de l’engagement militant confronté à la brutalité du réel. Mais ici, le propos reste superficiel et survolé, englué dans un récit mal articulé et dénué de tension dramatique. Il en va de même pour le groupe d’antagoniste, dont on ajoute des couches de justifications inutiles quant à leur dilemme moral. D’autres films ont su mieux traiter cette violence humaine, sans forcément s’appuyer sur une grille militante. La Traque de Serge Leroy, par exemple, explore une barbarie bien plus dérangeante avec une économie de moyens remarquable et un sens du malaise durable. Là où Gibier s’efforce de faire passer son message par une mise en scène confuse et des dialogues artificiels, La Traque impose son propos avec une brutalité sèche, sans forcer les traits. Quand le discours s’efface derrière la violence Ce n’est pas la première fois qu’Abel Ferry aborde le thème du groupe pourchassé. Déjà dans Vertige (2009), il mettait en scène une dynamique de chasse à l’homme sur fond de paysages naturels spectaculaires. Ici encore, la première partie laisse entrevoir une montée en tension possible, avec des décors forestiers. Mais très vite, le film s’enlise. La mise en scène échoue à spatialiser correctement les lieux : on ne comprend plus qui est où, qui poursuit qui, ni quelle distance sépare les proies de leurs prédateurs. Un défaut rédhibitoire dans un genre qui repose sur la gestion du hors-champ et de la proximité du danger. Les personnages, quant à eux, sont introduits de manière très fonctionnelle. On identifie vite leurs rôles, leurs liens, et ce qu’on suppose être leurs blessures intérieures. Mais la caractérisation reste plate, et la complicité supposée entre les membres du groupe ne prend jamais corps. On sent trop l’écriture derrière chaque ligne de dialogue, trop d’intention derrière chaque réaction, pour que l’ensemble paraisse naturel. Et quand la crédibilité des scènes s’effondre, la tension s’évapore. Même Olivier Gourmet, pourtant habitué à des rôles complexes, semble ici en roue libre. Son personnage, qui aurait pu incarner un antagoniste glaçant, sombre dans une caricature de colérique psychorigide. Sa performance, loin d’impressionner, frôle parfois l’absurde, au point de susciter des rires involontaires. Côté ambiance sonore, rien de marquant : une musique d’ambiance générique tente d’instiller une tension qui ne naît jamais des images. Les scènes de mise à mort passent sans impact, et la longue traque débouche sur une séquence de home invasion aussi attendue que stérile. Même la transformation tardive de Kim Higelin en final girl ne parvient pas à redonner de l’énergie à ce survival forestier qui ne sait plus très bien où il va. Enfin, la portée « politique » du film – avec son ouverture sur les violences faites aux animaux – est, elle aussi, réduite à un simple prétexte. Ce qui aurait pu résonner comme une analogie forte entre la condition animale et la brutalité infligée aux humains devient un slogan mal digéré. Ainsi, Gibier est un survival aux ambitions évidentes mais à la réalisation trop confuse. En se prenant au sérieux sans jamais parvenir à assumer pleinement son propos, Abel Ferry signe un film qui frustre plus qu’il ne captive. Une traque dont on ressort plus égaré que secoué. Fiche technique – Gibier Réalisation : Abel Ferry Interprètes : Mouloud Ayad, Olivier Gourmet, Kim Higelin, Marie Kremer, Bruno Lochet, Michaël Erpelding, Francis Renaud, Rod Paradot, Jean-Baptiste Lafarge, Daouda Keita Scénario : Guillaume Chevalier Photographie : Bruno Degrave Deuxième assistant mise en scène : Benoît Caze Scripte : Julie Lupo Costumes : Tamara Faniot Décors : Rumyan Dimitrov Montage : Soline Guyonneau Musique : Benjamin Grossman Direction de production : Michel Chaussenière Production exécutive : Yanko Ushatov Production : Pierre-Marcel Blanchot, Fabrice Lambot, Léo Maidenberg Sociétés de production : Phase 4 Productions, Place du Marché Productions, Umedia Pays de production : France Genre : Thriller, Horreur Durée : 1h40 © Marc Bruckert
Contributeur articles·DiversComfort Bets : pourquoi parier sur son équipe favorite reste irrationnel… mais irrésistible