L’Étrange Festival 2025 : Dead Lover, quand l’amour et la mort ont le même goût

Sous ses faux airs de conte Gothique, Dead Lover, deuxième long-métrage de la Canadienne Grace Glowicki, revisite la figure du monstre romantique avec un panache grotesque et une ironie tragi-comique assumée. En s’inspirant librement de Frankenstein, Glowicki convoque autant Mary Shelley que Dellamorte Dellamore, les Monty Python que les Looney Tunes, pour façonner un théâtre de la décrépitude amoureuse où la mort, loin d’être une fin, devient le prétexte à une reviviscence burlesque et désespérée de l’amour.

Dans ce curieux objet filmique, Glowicki incarne elle-même une fossoyeuse hantée par l’odeur de la mort, incapable de se détacher du bout de cadavre de son amant (Ben Petrie), qu’elle tente de ramener à la vie par tous les moyens, au propre comme au figuré. Une alliance d’autant plus scabreuse que le défunt, loin d’être rebuté par sa condition, semble fasciné par la puanteur et la crasse de celle qui l’aime. Le couple macabre se constitue alors sur les ruines d’un fétichisme rare, où rites ésotériques et délires nécromantiques s’ensuivent. L’amour ici n’a plus rien de sacré. Il devient transgressif, organique et monstrueux, mais profondément sincère.

Ce refus du deuil, Glowicki le traite à la fois comme une tragédie intime et une farce grinçante. Sa mise en scène opte résolument pour le théâtre, voire l’artifice total. Tourné en 16 mm, le film évoque les productions de la Hammer par son grain épais, mais aussi par son esthétique volontairement désuète, presque bricolée. Les décors sont réduits à leur plus simple expression, les acteurs – à l’exception de Glowicki – se partagent une dizaine de rôles, souvent travestis, dans une tradition de théâtre de tréteaux ou de comédie à l’italienne. Les fonds noirs, les éclairs peints sur toiles, les costumes caricaturaux : tout ici affirme son irréalité avec une jubilation franche.

Un théâtre de la mort

Ce goût du théâtre et de la métamorphose constante permet au film de se transformer sans cesse. Il est tantôt cartoon, tantôt conte Gothique, tantôt body horror, tantôt satire romantique. L’influence de l’expressionnisme allemand affleure çà et là, mais toujours détournée, digérée dans un humour absurde à la Mel Brooks. Dead Lover ne se prend jamais totalement au sérieux, mais cela ne l’empêche pas de porter une vraie réflexion sur les formes de l’amour déviant, et sur ce que l’on est prêt à sacrifier pour ne pas être seul.

Toutefois, cette volonté de jouer sur tous les tableaux est aussi ce qui finit par fatiguer. Le dispositif, en se voulant trop souvent subversif ou loufoque, devient par moments répétitif, voire enfermant. La réalisation, limitée à un champ-contrechamp rigide et à une statique volontaire, ralentit le rythme et empêche parfois l’émotion d’émerger. Si la proposition est originale, elle n’est pas toujours pleinement exploitée. Certaines scènes s’étirent inutilement, comme certains gags qui s’enlisent dans leur propre excès.

Mais malgré ces faiblesses, difficile de rester insensible à la sincérité qui traverse le film. Glowicki ne fait pas du grotesque pour choquer ou amuser gratuitement, elle s’en sert comme d’un révélateur tragique. L’horreur naît ici de l’amour – d’un amour trop grand et désespéré pour s’arrêter à la mort. Le refus du deuil devient alors une création monstrueuse : contre-nature, difforme, mais bouleversante. Dead Lover est un film imparfait, certes, mais follement vivant. Et c’est peut-être ce paradoxe – entre la mort qui hante et la vie qui résiste – qui en fait toute la beauté.

Fiche technique – Dead Lover

Réalisation : Grace Glowicki
Interprètes : Grace Glowicki, Ben Petrie, Leah Doz, Lowen Morrow
Scénario : Grace Glowicki, Ben Petrie
Photographie : Rhayne Vermette
Montage : Lev Lewis
Musique : U.S. Girls
Production : Grace Glowicki, Ben Petrie, Yona Strauss
Société de production : Featured Creatures
Pays de production : Canada
Genre : Comédie, Horreur
Durée : 1h35

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© Marc Bruckert

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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