Cannes 2026 : La Bataille de Gaulle – L’âge de fer, les guignols de l’Histoire

La Bataille de Gaulle, diptyque très ambitieux réalisé par Antonin Baudry, retrace le parcours du plus célèbre général français. Sa première partie, L’âge de fer, s’intéresse à la lente et difficile reconnaissance de De Gaulle, une figure militaire tragi-comique poursuivant seul le combat, envers et contre tous. Un projet audacieux qui se découvre malheureusement comme une grotesque traversée du désert, sans ampleur ni profondeur historique.

Diplômé de l’école Polytechnique, Antonin Baudry a travaillé comme diplomate avant de se tourner vers l’écriture et le cinéma. Sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, il a scénarisé la bande-dessinée Quai d’Orsay, adaptée par Bertrand Tavernier. Puis, il devint réalisateur avec Le Chant du Loup, un thriller palpitant au cœur d’un sous-marin nucléaire, sur fond de conflit international.

Pour La Bataille de Gaulle : L’âge de fer, il conserve un contexte hautement politique en adaptant librement le roman biographique de Julian Jackson, De Gaulle, une certaine idée de la France. Un choix qui fait sens aujourd’hui, à l’heure de l’aggravation des tensions mondiales et de la montée en puissance des mouvements extrémistes. Le film s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement cinématographique global qui retourne à la période de l’Occupation. Après Les Rayons et les Ombres, sorti en mars, trois longs-métrages sélectionnés à Cannes traitent de cette période traumatique : Moulin de Laszlo Nemes, Notre salut d’Emmanuel Marre et La Troisième nuit de Daniel Auteuil. Mais Antonin Baudry délaisse le biopic pour dresser le portrait caricatural d’un personnage militaire, faussement mis à nu.

Le rêve du général inconnu

Difficile de s’attaquer au mythique général. Plusieurs cinéastes s’y sont cassés les dents, jusqu’au dernier en date, Gabriel Le Bomin, qui a mis en scène dans De Gaulle un Lambert Wilson en homme à la fois combatif et fragile. Avec L’âge de fer, Antonin Baudry renonce à toute nuance. Son De Gaulle, campé par Simon Abkarian, s’apparente à un personnage comique de bande-dessinée, qui questionne grandement l’option du véhicule cinématographique. Rêveur, stratège hors pair et militaire détraqué, il s’exprime par de courtes punchlines autoritaires, dont l’humour frise souvent le ridicule. « Les moustiques ne piquent pas De Gaulle », assure-t-il. Cet angle assumé, qui transforme le général en Don Quichotte moderne, par le biais d’une succession de scènes sous format sketches, n’a cependant pas piqué notre curiosité. Et la participation de TF1 et Disney+ au projet n’y est sûrement pas pour rien.

L’âge de fer ne montre la lutte du général De Gaulle que par le biais de grands moments historiques à peine esquissés. Il s’ouvre en mai 1940 avec l’attaque de Montcornet, qui a valu son grade au général, et s’achève fin 1942 après l’assassinat de François Darlan. En deux heures quarante, le film expose à marche forcée l’appel du 18 juin, la naissance de l’organisation de la France libre, le ralliement de l’Afrique, en passant par le Tchad, le Cameroun et le Sénégal, l’attaque tragique de la Marine française à Mers el-Kebir en Algérie par la Royal Navy, sans oublier la bataille de Bir Hakeim en 1942. Une histoire narrée à la va-vite qui réduit à peau de chagrin les enjeux dramatiques, la tension, et même la lisibilité des faits. L’alliance avec les pays africains se gagne ainsi en une courte rencontre. Les affrontements de Bir Hakeim, même avec de bons effets spéciaux, n’expliquent rien du déroulé du conflit, ni de la miraculeuse victoire française. Antonin Baudry préfère se focaliser sur la présentation de la France Libre comme « une chevalerie des temps modernes ». Il voit ainsi De Gaulle comme un cavalier solitaire au sein d’un échiquier politique instable, un sauveur de la France parti de rien. Avec Churchill, le général noue une relation complexe, entre admiration et détestation, dont la profondeur est rapidement balayée par du comique de situation.

À côté de De Gaulle, le cinéaste français expose en parallèle la résistance des lycéens, notamment la manifestation du 11 novembre 1940, à travers les yeux de Livia et Fernand. Une belle occasion d’inciter la jeunesse à se battre. Il intègre également toute une galerie de personnages historiques : François Darlan, l’antagoniste du récit interprété par un Mathieu Kassovitz droit dans ses bottes, le général Koenig, joué par Benoît Magimel, Blazej, réduit à un rôle clownesque attribué à Karim Leklou, largement sous-exploité, et encore Leclerc, Roosevelt et Moulin. Des protagonistes qui n’arrivent jamais vraiment à exister. Quant aux nazis, c’est à peine s’ils intègrent le cadre, l’accent étant mis sur le gain de la légitimité politique interne. Loin de composer la grande fresque historique qu’il promettait, La Bataille de Gaulle : L’âge de fer se révèle être un bon nanar impossible à prendre au sérieux, mais qui aura eu le mérite de bien faire rire la Croisette.

Ce film est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026.

La Bataille de Gaulle : L’âge de fer – bande-annonce

La Bataille de Gaulle : L’âge de fer – fiche technique

Titre international : De Gaulle: Tilting Iron
Réalisation : Antonin Baudry
Scénario : Antonin Baudry et Bérénice Vila, d’après le livre De Gaulle : une certaine idée de la France (A Certain Idea of France: The Life of Charles de Gaulle) de Julian T. Jackson
Interprètes : Simon ABKARIAN, Simon RUSSELL BEALE, Florian LESIEUR, Benoît MAGIMEL, Mathieu KASSOVITZ, Loïc CORBERY, Anamaria VARTOLOMEI, Niels SCHNEIDER, Félix KYSYL, Karim LEKLOU, Tom MISON, Kacey MOTTET KLEIN, Thierry LHERMITTE, Campbell SCOTT, Grégoire COLIN, Daniel BETTS, Pip TORRENS, Stephen CAMPBELL MOORE, Anthony CALF
Photographie : Pierre Cottereau, Giora Bejach
Décors : Benoît Barouh
Costumes : Laurence Chalou
Montage : Katie Mcquerrey
Musique : Volker Bertelmann
Producteurs : Jérôme Seydoux, Ardavan Safaee, Axelle Boucaï
Sociétés de production : Pathé Films
Pays de production : États-Unis
Société de distribution : Pathé Films
Durée : 2h40
Genre : Historique, Guerre, Biopic
Date de sortie : 3 juin 2026

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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