Cannes 2024 : Vingt dieux, un temps d’affinage

Petite bulle solaire où l’on chante l’ivresse de l’adolescence, Vingt dieux est un premier film qui ne manque pas de sincérité et de tendresse. Louise Courvoisier nous promène au pays du comté en y contant la force tranquille des habitants, qui sont quotidiennement amenés à encaisser un coup plus fort que le précédent. Une vie en campagne qui n’a pourtant rien de repoussant et c’est même tout le contraire.

Synopsis : Totone, 18 ans, passe le plus clair de son temps à boire des bières et écumer les bals du Jura avec sa bande de potes. Mais la réalité le rattrape : il doit s’occuper de sa petite sœur de 7 ans et trouver un moyen de gagner sa vie. Il se met alors en tête de fabriquer le meilleur comté de la région, celui avec lequel il remporterait la médaille d’or du concours agricole et 30 000 euros.

Sans prétendre réinventer le drame social dans un milieu souvent sujet à l’humour gras de citadins condescendants, Courvoisier capte dans le vif cette flamme qui anime la jeunesse campagnarde. Elle l’a connue dans son enfance et la reconnaît encore aujourd’hui, dans son village natal où elle a su réunir toute une équipe hétéroclite en apparence, mais dont la solidarité n’est pas à mettre en doute. Cette alchimie tient d’ailleurs d’un prodigieux casting sauvage, payant et édifiant.

Les secondes mains

Remarquée avec son court-métrage Mano à Mano en 2019, la cinéaste continue d’exploiter une thématique propre à l’adolescence, la connaissance de soi. En la laissant vagabonder lors d’un événement festif, sa caméra s’arrête sur un jeune garçon blond qui agit comme s’il profitait pleinement de sa vingtaine. Il s’agit d’Anthony, plus connu sous le nom de Totone. Ce gamin n’a pas froid aux yeux, en témoigne sa « danse du Limousin » en ouverture. Ce geste, bien connu des fêtards, suffit à prouver à la fois son audace et son insouciance, deux notions qu’il devra canaliser par la suite afin d’entretenir sa famille. Clément Faveau donne toute sa cohérence à son personnage dans ce milieu rural, bien trop petit pour échapper aux conséquences de ses actes.

Ne vivant que d’alcool, de clopes et conquêtes sentimentales inabouties, Totone vagabonde en motocross avec son groupe d’amis, aussi soudés que les aventuriers des Goonies. À la disparition du paternel, figure peu autoritaire et charismatique, Totone doit assumer cette place vacante d’homme du foyer pour que sa petite sœur Claire (Luna Garret) ne gâche pas son enfance en errant comme il a l’habitude de le faire. Fort heureusement, un éclair de génie le traverse. Participer à un concours de fromage et acquérir la dotation maximale lui assurerait un bel avenir, peut-être loin des champs et de toutes les crises qu’il accumule malgré lui.

Huit semaines de tournage ont suffi pour que cette histoire et l’espoir prennent vie. Totone ne tarde pas à former un précieux duo avec Marie-Lise (Maïwène Barthelemy). Il découvre ainsi ses sentiments, parfois en contradiction avec sa personnalité impulsive et explosive. Sans sacrifier une bonne dose d’humour, Louise Courvoisier parvient justement à les conjuguer avec la tendresse et la sincérité de Marie-Lise, une productrice de lait qui n’a pas besoin des hommes, si ce n’est pour leur affection et leur loyauté. Ce personnage constitue la somme de toute la bienveillance de cette communauté de fermiers et agriculteurs, qui œuvre aux aurores et dans le contrechamp d’un mode de vie mécanique. Vingt dieux est à la fois une exclamation blasphématoire et un hymne qui reflète la force de caractère d’une jeunesse en quête d’identité, de reconnaissance, d’amour et de fromage… amenée à s’affiner avec le temps.

Vingt Dieux est présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024.

Fiche technique

Réalisé par : Louise COURVOISIER
Année de production : 2024
Pays : France
Durée : 1h30
Date de sortie : 11 décembre 2024

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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