Prison Break, saisons 1 à 4, une série de Paul T. Scheuring : critique

Juste avant l’arrivée de la saison 5, retour sur les quatre premières saisons de Prison Break

Synopsis : Un jeune ingénieur, Michael Scofield, se fait emprisonner volontairement au pénitencier de Foxriver. Son objectif : aider son frère, Lincoln Burrows, condamné à mort suite à un meurtre qu’il n’a pas commis, à s’évader de prison. Pour cela, Scofield s’est fait tatouer sur le corps les plans du pénitencier.

Première saison

Tout le monde connaît plus ou moins le point de départ de la série Prison Break, même s’il n’en a pas vu le moindre épisode.

La première saison se focalise donc sur cette évasion. D’emblée, les scénaristes prennent le parti de l’action et de la rapidité. Dès l’épisode pilote, on peut voir que la série va partir sur trois pistes : la vie en prison avec toutes ses difficultés, l’évasion elle-même, et une enquête pour prouver l’innocence de Burrows, le condamné à mort. Ces trois chemins narratifs permettent de maintenir un rythme rapide : Prison Break est une série à laquelle le spectateur est d’emblée accroché.

Le décor de la prison permet d’avoir toute une foule de personnages secondaires plus vicieux les uns que les autres, parmi lesquels on remarque John Abruzzi, le tueur mafieux interprété par l’excellent Peter Stormare (que l’on avait vu dans le film Fargo, des frères Coen), T-Bag, tueur sadique et délinquant sexuel (Robert Knepper) ou le gardien ripou Brad Bellick (Wade Williams).

L’un des enjeux les plus importants de cette première partie sera, pour Scofield, de s’associer avec certains de ces personnages et d’en écarter d’autres, dans un jeu de manipulation assez sympathique. Cependant, il faut vite remarquer les premiers défauts de la série : ces personnages sont vite caractérisés et se divisent tout de suite de façon trop manichéenne en bons et en méchants. Il y a les prisonniers sympathiques (Fernando Sucre, par exemple) et ceux qui nous dégoûtent. Seul Abruzzi échappe à cette classification, Peter Stormare lui donnant un air de cinglé mystique tour à tour effrayant ou ridicule.

La narration de cette première saison va s’inspirer directement des films d’actions : personnages caricaturaux donc, action permanente, retournements de situation, rapidité du rythme, suspense. Le producteur exécutif, qui n’est autre que Brett Ratner (réalisateur des Rush Hour ou de X-Men L’Affrontement Final), n’y est sans doute pas étranger. Et, hélas, trop souvent on tombe dans les défauts de ce type de films ou de séries. Le scénario est rempli d’invraisemblances tirées par les cheveux. Scofield apparaît vite comme celui qui a réponse à tout, qui a tout calculé à l’avance et qui joue, comme aux échecs, trois ou quatre coups avant tout le monde. Facilité de scénario qui, à force de se répéter, devient vite agaçante et tue le suspense.

De même, les faux suspense se multiplient. A chaque fois, les personnages s’en tirent à une seconde près, ou les gardiens sont subitement appelés ailleurs, un personnage tourne la tête pile au bon moment, etc. Les scénaristes (parmi lesquels figure Nick Santora, qui est désormais le producteur la série Scorpion) emploient toute la panoplie des situations censées donner du suspense. Mais ce qui, dans un film de deux heures, paraît déjà abusé, devient franchement lassant dans une série de plus de 80 épisodes…

Enfin, l’enquête extérieure, menée par une avocate, Victoria, l’ancienne petite amie de Burrows (interprétée par Robin Tunney, la future Teresa Lisbon de Mentalist), aboutit vite sur une théorie du complot complètement invraisemblable (mais qui occupera bien la série, étant finalement le fil rouge qui unit les quatre saisons).

Les autres saisons

A partir de maintenant, cette critique contiendra des spoils.

Le problème de Prison break, c’est que ça ressemble beaucoup à une série prévue pour une saison. Quand on regarde l’ensemble des quatre saisons existant jusqu’à présent, on a l’impression que les créateurs avancent un peu dans le brouillard, sans savoir si la série sera renouvelée ou pas pour la saison suivante. Le pitch de départ (deux frères qui s’évadent de prison) ne pouvait pas tenir plus d’une saison. Mais que faire après ?

La saison deux montre vite les limites de la série. C’en est sûrement la plus faible. Les personnages sont en fuite, et on va les suivre dans leurs pérégrinations à la recherche d’un magot planqué en Utah. Le rythme s’essouffle et les invraisemblances se multiplient. La saison n’est finalement sauvée que par l’arrivée d’un des meilleurs personnages de la série, Alex Mahone (William Fichtner), agent du FBI très instable mentalement.

La saison trois a été tournée la fameuse année 2007-2008, année de la grève des scénaristes de Hollywood, où toutes les séries se sont retrouvées amputées. Du coup, au lieu des 22 épisodes habituels, cette saison n’en comptera que 13, et c’est sûrement ce qui la sauve. Parce qu’avec un manque d’imagination confondant, les créateurs de la série vont nous refaire la saison une (Scofield en prison et qui cherche à s’évader).

Comment font-ils pour que la répétition ne soit pas trop flagrante ? On change de pays (le Panama cette fois-ci), on prend une prison où les détenus sont tellement dangereux que même les gardiens n’osent plus entrer et où donc les personnages sont livrés à eux-mêmes dans un monde de violence, et on inverse le schéma, puisque c’est Scofield qui est emprisonné et son frère Burrows qui veut le faire sortir.

Si les défauts sont les mêmes (invraisemblances permanentes, faux suspense, etc.), la brièveté de la saison lui permet de maintenir un rythme continue qui sauve de l’ennui. C’est du n’importe quoi scénaristique, mais ça va tellement vite qu’on n’a pas trop le temps de se poser de questions.

C’est finalement la saison quatre qui se révèle, de très loin, la meilleure. Abandonnant complètement le pitch initial de la série (pour se retrouver plutôt sur un type d’action qui se rapproche de Mission Impossible), elle nous propose un face-à-face entre les deux frères et l’organisation secrète qui les poursuit depuis le début, le Cartel. Là, pour la première fois, les retournements de situations sont inattendus, un vrai suspense s’instaure et la série se hisse au niveau des bons films d’action, irréalistes mais jouissifs.

La série aurait donc presque pu finir sur une note positive, si les producteurs n’avaient pas voulu trop tirer la corde. Ils ont donc fait un double épisode final, The Final Break, qui réunit tous les défauts de la série. On peut d’ailleurs parfaitement s’en passer, ça n’apporte strictement rien à l’histoire (a priori).

En conclusion, Prison break est une série de divertissement qui nécessite que le spectateur déconnecte son esprit critique. Les invraisemblances et les facilités de scénario sont légion, le rythme n’est pas toujours assez soutenu, les personnages sont trop souvent bêtement manichéens, mais finalement l’ensemble se laisse voir sans grand déplaisir si tant est que l’on apprécie son côté divertissant.

Prison Break : bande-annonce

Prison break, saison 1 à 4 : Fiche Technique

Créateur : Paul T. Scheuring
Réalisateurs : Bobby Roth, Kevin Hooks, Dwight H. Little, etc.
Scénaristes : Paul T. Scheuring, Zack Estrin, Nick Santora, etc.
Interprètes : Dominic Purcell (Lincoln Burrows), Wentworth Miller (Michael Scofield), Amaury Nolasco (Fernando Sucre), Robert Knepper (Theodore Bagwell, dit T-Bag), Sarah Wayne Callies (Sara Tancredi), William Fichtner (Alexander Mahone), Stacy Keach (Henry Pope), etc.
Musique : Ramin Djawadi
Directeurs de la photographie : Fernando Arguelles, Jeffrey C. Mygatt, etc.
Montage : Etienne Des Lauriers, Scott Eilers, etc.
Décors : Larry Leonard, Lisa Wolff, etc.
Producteurs : Garry A. Brown
Sociétés de production : Adelstein-Parouse Productions, Original Television, 20th Century Fox television, prison break Productions
Société de distribution : 20th Century Fox Entertainment
Genre : action
Format : 81 épisodes de 42 minutes
Première diffusion en France : 31 août 2006

USA- 2005

 

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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