Crimson Peak, un film de Guillermo Del Toro : Critique

En cette belle soirée du 28 septembre, Mia Wasikowska, Tom Hiddleston et le maestro Guillermo Del Toro étaient à Paris, à l’UGC Bercy, pour présenter une des plus grosses attentes de cette fin d’année, le nouveau film du « réalisateur visionnaire », Crimson Peak. 

Synopsis : À la suite d’une tragédie familiale, une romancière en herbe est déchirée entre l’amour qu’elle porte à son ami d’enfance et son attirance pour un mystérieux inconnu. Alors qu’elle tente d’échapper aux fantômes de son passé, elle s’aventure dans une sombre demeure étrangement humaine, qui respire, saigne et se souvient.

Le conte est bon

Avant la projection, les acteurs ainsi que le réalisateur nous ont présenté le projet, et nous ont expliqué à quel point ce film leur tenait à cœur, tant au niveau du plaisir de jouer (Tom Hiddleston s’exprimait en français, Mia Wasikowska en anglais) qu’au niveau de la mise en scène et de la structure du long-métrage. Mais qu’on prenne garde comme l’a si bien dit ce cher Guillermo :  « It’s not a ghost story , it’s a story with ghosts ».

À la suite de cette petite rencontre d’une dizaine de minutes, la projection a enfin pu commencer pour des spectateurs qui se trémoussaient d’impatience et qui n’en pouvaient plus d’attendre. Deux heures plus tard, Crimson Peak s’achevait. Et il s’achevait en laissant un goût amer dans la bouche, un goût de déception. Dans un premier temps, le conseil à prodiguer est de ne pas se fier à la bande-annonce. Crimson Peak n’est en rien un film d’horreur ou d’épouvante, mais un « conte gothique » comme s’amuse à le définir Guillermo Del Toro, ou un conte horrifique. Il est indéniable que l’on retrouve des attributs du film d’épouvante, comme une ambiance particulièrement angoissante et parfois bien glauque, mais les redites de jumpscares nuisent au film. En effet, le schéma de Crimson Peak est classique. Contrastes entre le jour et la nuit, réveil brutal, vagabondage dans une maison déserte… A vous d’imaginer la suite. Mais, malheureusement, le classicisme de Crimson Peak ne se borne pas seulement à son schéma, ce dernier emportant avec lui le scénario. Quel dommage. L’intrigue est rapidement posée et les ficelles se dévoilent comme le vent déplace les feuilles. Tout arrive très vite et le scénario ne fait en rien frémir. Bien que l’intrigue soit parsemée de secrets et de mystères que notre protagoniste principale s’évertue d’éclaircir, Guillermo Del Toro et son scénariste n’en ont pas l’exclusivité, des faits similaires pouvant être retrouvés, que ce soit dans des longs-métrages ou dans des œuvres littéraires comme celles d’Edgar Allan Poe. Guillermo Del Toro nous a passionné, nous a emmené dans des contrées lointaines, mais avec du fond alors qu’aujourd’hui, le seul travail est fait sur la forme.

Mais là, Guillermo Del Toro ne peut échapper à son surnom de « maestro » tant le film est un bonheur visuel. Le Labyrinthe de Pan nous avait déjà convié à parcourir de superbes décors et, une fois de plus, le sens du détail et du travail se font ressentir.

Le réalisateur travaille son décor comme un peintre peint sa toile. Tout y passe, tout est étudié, tant au niveau des couleurs que de la perspective, en passant par les différentes profondeurs de champ. Guillermo étudie avec minutie chacune des pièces de la maison, ces dernières livrant leurs secrets tout au long du film, pour un spectateur qui ne peut qu’être conquis visuellement parlant. La scène finale est, dans la continuité, d’une beauté sans pareil tant le cadre est étudié. Crimson Peak dégage une poésie propre à ces « contes gothiques », une poésie triste et mélancolique dans laquelle vient se fondre une violence inouïe, comme peut l’illustrer la séquence finale, toutefois parsemée de pointes d’humour qui n’échapperont pas aux spectateurs.

Mais que serait un film du « maestro » sans monstres ou créatures fantomatiques ? Il ne faut pas trop en dire, car les découvrir et les aimer, ou non, est le travail de chacun, mais il est intéressant de savoir que les créatures qui parsèment le film sont interprétées par de vrais acteurs et ont été retravaillées en post-production.

Dans la continuité de la critique, il paraît essentiel d’aborder le casting, qui est en demi-teinte. Jessica Chastain nous avait déjà conquis dans de nombreux rôles et il s’avère qu’aujourd’hui, elle récidive en nous suscitant futurs cauchemars et autres angoisses. Son visage, ses expressions, sa gestuelle ainsi que sa voix ne vous laisseront pas de marbre, et vous pétrifieront (peut-être!). Tom Hiddlestion, quant à lui, endosse de nombreux rôles en un seul personnage, allant du beau gosse au traître, en passant par l’inventeur, de génie pour certains, raté pour d’autres. Le bémol se trouve pour notre chère et tendre Mia Wasikowska, cette dernière ayant de quoi laisser perplexe. L’actrice australienne de 25 ans peut émouvoir comme elle peut vous sembler grotesque. Chacun interprétera son personnage d’Edith Cushing, mais son jeu monocorde et plutôt répétitif a de quoi rebuter.

Crimson Peak est donc une légère déception tant les attentes vis-à-vis de Guillermo Del Toro sont grandes et tant chacun de nous attend, dans un coin de son inconscient, un long-métrage qui viendrait égaler, voire surclasser, cette merveille qu’est Le labyrinthe de Pan.

Crimson Peak : Teaser

https://www.youtube.com/watch?t=20&v=dA4xoTLJl_A

Crimson Peak: Fiche Technique

Réalisateur : Guillermo del Toro
Scénario : Guillermo del Toro, Matthew Robbins, Lucinda Coxon
Interprétation : Charlie Hunnam, Kimberly-Sue Murray, Emily Coutts, Bruce Gray, Jessica Chastain, Mia Wasikowska, Tom Hiddleston…
Bande originale : Fernando Velázquez
Photographie : Dan Laustsen
Chef décorateur : Thomas E. Sanders
Création de costumes : Kate Hawley
Montage : Cameron McLauchlin, David Peifer
Sociétés de production : Legendary Pictures
Distribution :  Universal Pictures International France
Budget : 55 000 000 $
Genre : Horreur/épouvante
Durée : 119 minutes
Date de Sortie : 14 octobre 2015

Etats-Unis – 2015

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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