Rétro Stephen King : Simetierre, de Mary Lambert

Dans le cadre de la rétrospective consacrée aux adaptations de Stephen King, revenons sur Simetierre, une adaptation sans envergure d’un chef-d’oeuvre de l’auteur de Carrie.

Synopsis : Louis Creed et sa famille, après avoir quitté Chicago, décident de s’installer à Ludlow, une petite bourgade du Maine. Il font très vite la connaissance de leur voisin, un ermite du nom de Jud Crandall, qui va leur faire visiter un cimetière d’animaux, bâti sur une terre sacrée des indiens Micmacs. Selon les dits de Crandall, tout animal qui y est enterré est ramené à la vie. Alors que la famille Creed va vivre une série d’accidents sanglants, leur existence va devenir un véritable cauchemar…

Un puissant drame horrifique ayant perdu de sa saveur

Si certaines œuvres de Stephen King restent omniprésentes dans l’inconscient collectif, outre leur grande qualité d’écriture, c’est aussi grâce à la renommée de leur adaptation respective. Il est vrai qu’aujourd’hui, personne ne connaîtrait autant Carrie, Shining et Dead Zone sans les films de Brian De Palma, Stanley Kubrick, David Cronenberg et consorts. Malheureusement, d’autres best-sellers de l’écrivain n’ont pas connu cette chance, malgré leurs indiscutables atouts. Et parmi ces malencontreux romans, qui méritaient amplement un long-métrage à leur hauteur, se trouve en tête de liste Simetierre. L’un des plus grands succès de l’auteur, se retrouvant pour le coup entiché d’une adaptation oubliable sans toutefois être honteuse.

Il faut quand même avouer que contrairement à ses aînés, Simetierre peut se présenter comme un film pour le moins osé. Et pour cause, ce dernier propose une distribution faite de personnes inconnues du grand public. Ici, point de Jack Nicholson ou bien de Christopher Walken à l’affiche. Faites place à Dale Midkiff (la série Les 7 Mercenaires), Denise Crosby (48 Heures et la série Star Trek : La nouvelle génération) et Fred Gwynne (pas grand-chose de notable au compteur…) ! Sans oublier la cinéaste Mary Lambert, qui n’avait jusque-là réalisé que trois films, dont Siesta. La pauvre femme tient malheureusement avec Simetierre sa seule œuvre potable, étant donné qu’elle livrera par la suite des nanars sans nom tels qu’Urban Legend 3 et Mega Python vs. Gatoroid, c’est pour dire ! Non, s’il fallait compter sur un seul nom au tableau, c’était bien celui de Stephen King lui-même, qui officie ici en tant que scénariste. Mais cela ne sera pas suffisant…

Il est décevant de voir à quel point l’auteur ait pu autant faire l’impasse sur une œuvre aussi riche et puissante que Simetierre. Un roman qui traitait du rapport d’une personne à la disparition brutale d’un proche, des conséquences de cette dernière si la résurrection était possible. Une histoire incroyablement riche et complexe. Une montée horrifique qui ne laissait aucunement indifférent une fois l’ultime page tournée. Voir Stephen King s’occuper de l’adaptation de son propre best-seller avait de quoi espérer bien des choses… ce qui n’est malheureusement pas le cas. Du livre de 630 pages, l’auteur en livre un scénario ne reprenant que les grandes lignes de son modèle. Un script qui va trop vite à l’essentiel, préférant sacrifier la complexité des personnages et tout leur background (présenté sous la forme de flashbacks anecdotiques, voire guignolesques) pour ne s’intéresser qu’aux passages principaux de l’histoire. Comme si King se préoccupait plus du côté horrifique de l’œuvre et non de son aspect émotionnel. Celui-ci est pourtant bien présent, mais son impact est amoindri par ces coupes gargantuesques. Sans compter les diverses répliques à consonance métaphorique, donnant l’impression de sortir d’un chapeau et n’ayant tout bonnement aucun sens. Avec un tel constat à l’arrivée, le spectateur risque fort de ne pas plonger corps et âme dans un récit ayant perdu une bonne partie de son essence et même de son intérêt.

Son rendu mitigé, Simetierre le doit également à Mary Lambert. La réalisatrice s’est en effet livrée à un travail maladroit, oscillant entre banale mise en images du script et quelques preuves de savoir-faire. Pour illustrer pleinement ce propos, il est bon de préciser que la cinéaste ne fait que filmer ses comédiens, ceux-ci ne livrant que le strict minimum, sans jamais retrouver la sinistre atmosphère du livre. Mais qu’à certains moments, elle parvient à reprendre le côté menaçant (toutes les apparitions du chat Church et son regard illuminé, figure de proue de l’histoire) et la puissance des passages clés (la mort tragique d’un des protagonistes principaux) de l’œuvre originelle, tout en saupoudrant le tout de quelques minutes de pure tension. Malheureusement, toutes ces bonnes notes se retrouvent très vite gâchées par des effets de montage et de mise en scène qui font tourner l’ensemble en ridicule : un diaporama de photos survenant aussitôt après le décès d’un personnage, des mises à mort rappelant un peu trop Vendredi 13 (une ressemblance qui se ressent jusque dans les compositions musicales d’Elliott Goldenthal)…

Le reste du film va également dans ce sens, proposant d’un côté de bonnes choses, de l’autre des défauts difficiles à effacer de son esprit. Un fait qui touche principalement les effets spéciaux, ayant soit très mal vieilli (la faute à un faible budget), soit tenu les décennies. Même constat pour les maquillages, qui peuvent tout aussi bien paraître bluffants (le personnage fantomatique de Victor Pascow) que grotesques (Zelda, la sœur de Rachel Creed). La liste est encore longue, mais il n’est pas nécessaire de continuer pour dire qu’à cause de ses imperfections, de son travail à moitié bien fait, Simetierre manque cruellement d’envergure. Et ce malgré les bonnes intentions qui se sentent à travers le projet.

Ce n’est un secret pour personne : pour une bonne adaptation et obligatoirement un bon film, il faut avant toute chose une équipe talentueuse. Simetierre ne fait malheureusement pas partie de cette catégorie, la faute à un Stephen King qui est meilleur auteur que scénariste. À une réalisatrice qui n’a ni la carrure d’un Kubrick, ni d’un De Palma. À un rendu final si bancal qu’il ne trahit pas l’œuvre originale mais ne lui fait pas honneur pour autant. Simetierre, malgré la portée émotionnelle du livre, ne restera qu’une série B horrifique faisant pâle figure aux mastodontes que sont Carrie, Shining et consorts. Et ce n’est pas la suite, à nouveau réalisée par Mary Lambert en 1992 et sobrement intitulée Simetierre 2, qui viendra arranger les choses…

Simetierre : Bande-annonce (VO)

Simetierre : Fiche technique

Titre original : Pet Sematary
Réalisation : Mary Lambert
Scénario : Stephen King, d’après son propre roman
Interprétation : Dale Midkiff (Louis Creed), Fred Gwynne (Jud Crandall), Denise Crosby (Rachel Creed), Brad Greenquist (Victor Pascow), Michael Lombard (Irwin Goldman), Miko Hughes (Gage Creed), Blaze Berdahl (Ellie Creed), Susan Blommaert (Missy Dandridge)…
Photographie : Peter Stein
Décors : Michael Z. Hanan
Costumes : Marlene Stewart
Montage : Daniel P. Hanley et Mike Hill
Musique : Elliot Goldenthal
Producteurs : Richard P. Rubinstein
Productions : Paramount Pictures et Laurel Productions
Distribution : United International Pictures
Budget : 11,5 M$
Durée : 103 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 17 janvier 1990

États-Unis – 1989

 

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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