Gérardmer 2026 : Veuf éploré, Stoners anthropophages, Pissenlits survivalistes et French Dreamer envieux
Gérardmer 2026 : les vertiges de la maternité et le poids des origines, en toutes langues, allemande, anglaise et indonésienne
Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
Accueil Cinéma Films Classiques PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Oka Liptus Avec Princess Bride, Rob Reiner nous murmurait à l’oreille un conte de cape et d’épée, d’aventure et de magie, d’amour et d’amitié, au pouvoir d’évocation immense. Mais avant d’être images, visages ou paysages, le long métrage est d’abord une voix : celle d’un narrateur espiègle (Peter Falk) qui nous fait aimer la littérature fantasy romanesque en déjouant les codes du genre pour mieux les célébrer. Soit un film qui écoute le livre. Et un livre qui se met au service d’un film. Une réussite sur ce que le cinéma métatextuel a pu faire de mieux dans les années 80. C’est dans une chambre, cocon feutré d’une maison américaine ordinaire, qu’un jeune garçon (Fred Savage), un peu malade, joue à un jeu vidéo de baseball, à une époque où on découvrait le charme irrésistible de l’interactivité virtuelle. L’écran est cathodique, et le rendu chaud et analogique, avec des personnages aux comportements un peu caricaturaux. Sa mère ouvre la porte et lui annonce l’arrivée de son grand-père (Peter Falk). Là, ce dernier rentre, tonitruant, avec un cadeau : un livre épais, relié avec la solennité des trésors anciens. – Un bouquin ! – Quand j’avais ton âge, la télévision s’appelait “livre” ! – Est-ce qu’il y a du sport dedans ? – Quelle question, il n’y a que ça ! Bagarres, duels, torture, vengeance, géant, monstres, poursuite, évasion, grand amour, miracle ! Silhouette un peu voûtée, regard pétillant derrière des lunettes sages, le grand-père ouvre l’ouvrage avec une gravité presque cérémonielle. Les pages papillonnent comme des ailes prêtes à s’élancer. Et dans ce geste tranquille, il y a l’éternelle transmission : celle d’un récit, d’une tradition, d’un lien invisible entre génération. Si le long métrage puise dans les caractéristiques classiques de la fantasy, il sait aussi faire preuve d’auto-dérision, d’ironie franche et de répliques devenues cultes. Des personnages entre désinvolture, bravoure et ironie Robin Wright, chevelure dorée, peau laiteuse, incarne Bouton d’Or, une fille de ferme qui tombe amoureuse de son valet, Westley (Cary Elwes). C’est le début du cœur romantique de l’histoire, celle pour qui Westley affrontera pirates, complots ou créatures, au nom d’un amour présenté comme véritable. Buenos dias, je m’appelle Inigo Montoya, tu as tué mon père, prépare-toi à mourir. Inigo Montoya (Mandy Patinkin), Espagnol mû par une quête de vengeance, porte en lui la gravité des serments. Sa présence, à la fois virile, drôle et profondément émouvante, finit par éclipser le héros incarné par Cary Elwes. Son ami, Fezzik (André Roussimoff), un géant au regard d’enfant, allie force prodigieuse et douceur touchante. L’irrésistible premier cerveau du groupe, Vizzini (Wallace Shawn), fin et diabolique, est animé par une confiance excessive en son intelligence qui lui fera défaut. C’est inconcevable ! Tous ont comme antagoniste le Prince Humperdinck (Chris Sarandon), aux ambitions royales, qui dissimule sous ses airs courtois une cruauté stratégique. Un jeu discret de métaréférence Ses personnages croqués, charismatiques, alliés au jeu net et franc des acteurs, contribuent à la grande cohésion du film. Chacun y apporte une tonalité – mélancolique, épique, drôle, loufoque ou pittoresque – qui enrichit le tout. Le récit contient des éléments de magie capables de rassurer le spectateur, en lui faisant croire que tout est possible. Que ce soit à travers certains clichés du genre, parfois moqués, parfois admirés, le long métrage agit comme un conte de fées sur le conte de fées. Et c’est là la force de sa mise en abyme : on navigue entre premier et second degré, le tout avec une délectation constante. Il y a parfois, dans le regard malicieux et le sourire mutin de certains personnages, comme une prise de conscience qu’ils évoluent dans un conte de fantasy (métaréférence) et que rien ne peut leur arriver, car dans cet univers, le bien triomphe toujours du mal. Cette distance, ce recul salutaire, n’empêche pas l’impact des différentes scènes clefs grâce à des personnages qu’on a envie de suivre, et un récit articulé comme dans une arborescence. Si l’on devine que l’histoire finira bien, les enjeux, les quêtes et la synergie des acteurs donnent une dynamique savoureuse à Princess Bride, avec une curiosité sans cesse renouvelée. Le jeune garçon, personnalisé comme le spectateur, vit l’histoire intensément. C’est un regard d’enfant qui est mis en avant, et guide notre perception : ce moment où chaque détail du monde peut nous émerveiller. Écrin artisanal, musique intime Avec son mélange de paysages naturels spectaculaires et ses créations de studio, Princess Bride possède une identité visuelle très forte, dont le charme procède de la même alchimie que L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen. Une époque où le merveilleux passait par le tangible (décors physiques, effets spéciaux mécaniques, etc.) Dans les deux cas, il y a la magie du travail manuel, et des textures patinées du plus bel effet. L’ensemble est varié et évocateur : falaises abruptes, pierres soigneusement posées, marais de feu, rongeurs de taille inhabituelle, porte dissimulée sur un tronc d’arbre géant, royaume médiéval, robes champêtres, tuniques ajustées, bottes hautes, masque noir… La musique, étonnamment composée par le leader de Dire Straits (Mark Knopfler), surprend par sa douceur élégiaque et son style intime. Le guitariste rock évoque l’idéalisme de la romance entre Bouton d’Or et Westley, à travers une guitare électrique douce, qui murmure, qui couve, et des synthétiseurs discrets qui enveloppent le spectateur. Jamais orchestral, toujours minimaliste, elle souligne les passages lyriques et les duels avec une virtuosité légère, mais toujours à propos. Le thème central, sublime, connait des variations marquantes. Sa mélodie est utilisée pour la chanson du film, “Storybook Love”. Magique pour les enfants, raffiné pour les plus grands En déshabillant les codes du film d’aventure, tout en mettant en avant ses atouts, Princess Bride est une œuvre malicieuse, douce, lyrique, finement travaillée et capable d’émerveiller petits et grands. À l’instar de L’Histoire sans fin, elle nous rappelle que la capacité à rêver ne disparaît jamais, même au cœur du chaos de la vie. Romance, duel, humour, métafiction : le film réunit toutes les recettes du conte qui marque le spectateur avec éclat – magique pour les enfants, raffiné pour les plus grands. Bande-annonce : Princess Bride Fiche technique : Princess Bride Synopsis : Pour divertir son petit-fils, alité pour une mauvaise grippe, un homme commence à lui raconter une histoire qu’il a entendue souvent au cours de son enfance : celle de la princesse Bouton d’or. Après la mort de son fiancé Westley, assassiné par des bandits, la belle jure de ne plus jamais aimer personne. Jusqu’au jour où, cinq ans après cette tragédie, elle finit par accepter d’épouser le prince Humperdinck. Trois hommes organisent alors l’enlèvement de Bouton d’or : un bretteur espagnol en quête de vengeance et un géant, menés par un nain astucieux. Mais un homme masqué les met en échet et s’enfuit avec la princesse. Titre original : The Princess Bride Titre français : Princess Bride Titre québécois : La Princesse Bouton d’or Réalisation : Rob Reiner Scénario : William Goldman, d’après son propre roman Princess Bride Musique : Willy DeVille, Mark Knopfler et Albert Von Tilzer Décors : Norman Garwood Costumes : Phyllis Dalto Photographie : Adrian Biddle Montage : Robert Leighton Production : Rob Reiner, Andrew Scheinman et Norman Lear Société de production : Act III Communications, Buttercup Films Ltd. et The Princess Bride Ltd. Société de distribution : 20th Century Fox (États-Unis), Artédis (France) Budget : 15 000 000 $ Pays de production : Drapeau des États-Unis États-Unis Langue : anglais Format : couleurs – 35 mm – 1,85:1 – son Dolby Genre : aventure, fantasy Durée : 98 minutes Dates de sortie : Canada (18 septembre 1987 – festival de Toronto) ; États-Unis (25 septembre 1987) ; France (9 mars 1988) Peter Falk (VF : Marc de Georgi) : le grand-père, lecteur et narrateur de l’histoire Fred Savage (VF : Emmanuel Garijo) : le petit-fils du narrateur Betsy Brantley (VF : Tania Torrens) : la belle-fille du narrateur Cary Elwes (VF : Bertrand Liebert) : Westley Robin Wright (VF : Véronique Alycia) : Bouton d’or (Buttercup en VO) Mandy Patinkin (VF : François Leccia) : Inigo Montoya Chris Sarandon (VF : Michel Papineschi) : Humperdinck Christopher Guest (VF : Hervé Bellon) : Rugen Wallace Shawn (VF : Jean-Claude Montalban) : Vizzini André The Giant (VF : Daniel Sarky) : Fezzik Peter Cook : l’ecclésiastique Mel Smith : l’albinos Carol Kane (VF : Perette Pradier) : Valerie la sorcière Billy Crystal (VF : Jacques Ferrière) : Max le Miracle Anne Dyson : la reine Bella Margery Mason (en) (VF : Lita Recio) : la vieille dame du rêve Malcolm Storry : Yellin Willoughby Gray : le roi Lotharon Note des lecteurs1 Note4