Boy Meets Girl : Soirs d’errance

Leos Carax pense les âmes, plutôt que les personnages. Il pense les amants séparés avant de se rencontrer, plutôt que les couples qui ne savent pas se réparer. Dans Boy Meets Girl, plus encore que dans n’importe lequel de ses films, les âmes des amants sont fracturées avant même de se frôler. Les êtres errent dans la nuit sans fin de la solitude qui abîme et c’est au cœur de celle-ci que s’opèrent les rencontres indélébiles des histoires qui s’éternisent, non dans le temps, mais dans la mélancolie des souvenirs.

Le disque de Barbara est à peine dissimulé par la veste.
Les amants du Pont Neuf s’étreignent dans un baiser mouvant et tournoyant.
Les talons martèlent le sol, les cigarettes se consument, la musique irrigue les tympans.
Ils sont venus leur dire qu’ils s’en allaient.

L’astronaute a les pieds cloués à la terre ferme, le regard vissé sur le ciel.
Les bandes des cassettes sont plus vivantes que ces invités mortifiés au visage détourné.
L’inconnu et l’inconnue boivent dans le même mal de vivre, ils fument la même peur des maux.
Des mots d’amour.
Les ciseaux sont acérés, la tasse est ébréchée.

Et dans le soir qui tombe, et dans la nuit qui pèse, on se sépare.
Le rideau n’a plus de raison d’être fermé, puisque les sentiments ont été ouverts.
Mais, déjà, trop tard. Pas le temps de les échanger. Pas le temps de se sauver, de s’aider à s’en sortir.
Le mal est fait. Le cœur est perforé.

Boy Meets Girl est une tragédie en trois actes. C’est un poème qui erre sans flâner, qui terrasse sans assourdir, qui rêve sans dormir. C’est un hymne à l’errance des blessés, au vagabondage de ceux qui ressentent un peu trop. C’est l’histoire d’une rencontre déchirée et d’une conversation sans époque. C’est une déambulation nocturne dans les rues des sentiments, à l’intersection de l’amour et de la souffrance.

Et si le ciel est noir, il est encore parsemé d’étoiles et Leos Carax n’a nul autre pareil pour raconter l’agrégation de ces astres, la collision de ces solitudes délaissées.

Au diable le bonheur, tant qu’il nous reste la mélancolie.
Car, si l’un est éphémère, l’autre est bel et bien éternel…

Boy Meets Girl : Bande-annonce :

Boy Meets Girl : Fiche Technique :

Réalisation/Scénario : Leos Carax
Photographie : Jean-Yves Escoffier
Montage : Nelly Meunier et Francine Sandberg
Musique : Jacques Pinault
Décors : Jean Bauer et Serge Marzolff
Premier assistant-réalisateur : Antoine Beau
Producteur : Patricia Moraz
Producteur délégué : Alain Dahan
Société de production : Abilene
Société de distribution : Forum Distribution (France)
Format : Noir et blanc – 1,85:1 – Mono – 35 mm
Pays d’origine : France
Langue : français
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
Sortie : mai 1984 (Festival de Cannes) ; 21 novembre 1984 (nationale)

Festival

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