Tucker & Dale fightent le mal, un film d’Eli Craig : Critique

Dans la famille des succès critiques improbables, demandez Tucker et son comparse Dale ! Pourquoi un tel qualificatif ? Il suffit de voir le titre, aussi bien VF que VO pour se rendre compte de la crétinerie loufoque de l’entreprise : Tucker & Dale fightent le mal (Tucker and Dale vs. Evil).

Une parodie intelligente des films d’horreur

Autant dire de suite que ce n’est certainement pas le genre de long-métrage sur lequel le spectateur lambda se pencherait aussitôt à sa sortie, se présentant sur le papier comme une série Z de bas étage. Pourtant, il s’agit-là d’un divertissement qui mérite amplement le coup d’œil, étant tout simplement meilleur (et pas qu’un peu) des films du genre. Pourquoi ? Réponse dans cette critique !

Avant de vous lancer dans le visionnage de Tucker & Dale, sachez qu’il s’agit-là d’une parodie du cinéma horrifique. Mais attention, pas une comédie potache et lourdingue à la Scary Movie qui enchaîne les références à gogo, se basant exclusivement sur ces dernières pour en tirer des gags discutables pour ne pas dire à la ramasse. Non, Tucker & Dale fait partie de ces parodies sans prétention qui se contentent de singer les clichés du genre et d’y trouver toute leur puissance comique. Ici, vous y trouverez donc tous les grands archétypes du cinéma horrifique : les étudiants en vacances en pleine débauche d’alcool et de sexe, la cabane paumée au fond des bois, la BO tentant d’instaurer une ambiance peu reluisante au bon moment… Mais surtout, Tucker & Dale révèle une intelligence d’écriture que ne saurait renier le duo Simon Pegg/Nick Frost (Shaun of the Dead) et qui fait toute sa force : se concentrer exclusivement sur la connerie typique des personnages des films d’horreur.

En suivant le parcours de deux pauvres « bouseux » gentils comme tout qui vont être pris pour de véritables psychopathes par des ados totalement idiots, Tucker & Dale laisse ainsi la place à un lot de situations aussi loufoques les unes que les autres, mettant à mal toutes les bêtises vues et revues dans les nombreux divertissements horrifiques qui se prennent au sérieux. Et cela sans toutefois délaisser le côté gore de certaines séquences (dont celle du broyeur), permettant au film d’exhiber des effets spéciaux de bonnes factures et ce avec un budget en mode mineur pour le genre (soit 5 millions de dollars). Ni les autres détails techniques, comme la mise en scène d’Eli Craig dont c’est le premier film, le réalisateur s’amusant à reprendre tous les codes du cinéma horrifique (silhouette dans l’obscurité, lumière tamisée, plans rapprochés…) afin de se moquer des Vendredi 13 et autres Massacre à la Tronçonneuse avec savoir-faire. En clair, Tucker & Dale se présente au public comme un divertissement drôle et efficace. Un chouïa longuet sur sa dernière partie, traînant la patte sur un ultime quart d’heure pas aussi délirant que le reste, il faut bien le reconnaître. Mais le plaisir délectable répond bien présent !

Il faut dire aussi que le film ne doit pas sa réussite qu’à son idée de tourner en ridicule les adolescents dans les long-métrages d’horreur. En effet, Tucker & Dale saura également vous séduire avec son duo de tête, deux « péquenauds » diablement attachants et puissamment drôles, interprétés avec justesse par le tandem Tyler Labine/Alan Tudyk. Dès que le film s’intéresse à eux, dès que la caméra daigne s’attarder sur leur petite vie tranquille qui va virer au cauchemar, le spectateur se prend d’emblée d’affection pour ses deux guimauves poisseuses et ne désire qu’une seule chose : qu’ils se sortent indemnes de cette mésaventure et que les ados meurent aussi bêtement les uns après les autres, surjoués soit dit en passant de manière convaincante (parodie oblige) par des comédiens inconnus du grand public.

Alors qu’il y a de cela quelques temps, le réalisateur et les deux comédiens ont commencé à parler d’une suite, nous ne pouvons qu’attendre avec impatience un nouvel opus qui saura suivre les traces de cette délicieuse surprise qu’est Tucker & Dale fightent le mal. Une parodie qui ne tombe jamais dans la surenchère et le lourdingue, se moquant avec intelligence, justesse, jubilation et même douceur d’un genre qui se singe lui-même au fil des longs-métrages. Rafraîchissant au possible !

Synopsis : Tucker et Dale sont deux bouseux au grand coeur venus se ressourcer en pleine forêt. Mais leur route va croiser celle de jeunes étudiants fêtards qui, à la suite d’un quiproquo provoquant la mort de l’un d’entre eux, vont prendre Tucker et Dale pour des tueurs psychopathes et vouloir faire leur peau...

Tucker & Dale fightent le mal : Bande-annonce

Fiche technique – Tucker & Dale fightent le mal

Titre original : Tucker & Dale vs. Evil
États-Unis – 2010
Réalisation : Eli Craig
Scénario : Eli Craig et Morgan Jurgenson
Interprétation : Tyler Labine (Dale), Alan Tudyk (Tucker), Katrina Bowden (Allison), Jesse Moss (Chad), Philip Granger (le shérif), Brandon McLaren (Jason), Christie Laing (Naomi), Chelan Simmons (Chloe)…
Date de sortie : 1er février 2012
Durée : 1h28
Genres : Comédie, horreur
Image : David Geddes
Décors : Sean Blackie, Amber Humphries et Thomas Walker
Costumes : Mary Hide-Kerr
Montage : Bridget Durnford
Musique : Mike Shields
Budget : 5 M$
Producteurs : Morgan Jurgenson, Albert Klychak et Deepak Nayar
Productions : Eden Rock Media, Reliance Big Pictures, Loubyloo Productions et T&D Productions
Distributeur : Wild Bunch Distribution

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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