Seuls, un film de David Moreau : Critique

David Moreau signe un blockbuster français de qualité, mais assez inégal. Une lourde responsabilité pesait sur les épaules de Seuls qui ne répond pas à toutes les attentes. Néanmoins le film se tient et se trouve être une œuvre mature, qui cède tout de même à quelques facilités.

Synopsis : Leïla, seize ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a personne pour la presser. Où sont ses parents ? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l’unique survivante d’une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes : Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile et paranormal. Mais sont-ils vraiment seuls ?

Adapté de la bande-dessinée éponyme, Seuls est une des rares tentatives du cinéma français à s’attaquer au registre fantastique. A part le récent Personal Shopper d’Olivier Assayas, les films de genre se font discrets en France. Ainsi adapter l’œuvre franco-belge de Bruno Gazzoti et Fabien Vehlmann de cinq tomes en film s’annonçait comme un pari risqué mais ambitieux. Le paysage cinématographique français privilégie sa zone de confort, et s’éloigne rarement de ses comédies et drames d’auteur. Seuls attire donc avant tout la curiosité par son initiative, comme a pu le faire récemment Arès, l’une des rares production SF françaises. Pour ce film ambitieux, la réalisation a été confiée à David Moreau. Si son dernier film était la comédie 20 ans d’écart, il est habitué au registre fantastique/horreur pour avoir réalisé et écrit le thriller Ils et le film d’épouvante/fantastique The Eye.

Une œuvre sombre et oppressante

Le projet original se transforme en une œuvre intéressante et captivante mais tout de même assez bancale. Seuls saisit avant tout par sa photographie soignée. Le gris omniprésent souligne la vacuité des paysages urbains. Les décors modèlent un Paris imaginaire souligné par des plans rappelant les cases d’une bande-dessinée. La ville est un personnage qui domine tout le métrage et délivre une ambiance oppressante. Les tenues des personnages s’accordent avec cette toile de fond terne. Le soin apporté aux couleurs et à la photographie amène un univers riche et sombre, tout en installant une ambiance angoissante. L’atmosphère joue un rôle clé dans le film et est maîtrisée en tout point par David Moreau. Ici le réalisateur offre un film d’épouvante « light » brillant à certains moments par des séquences noires et inquiétantes. Le teen-movie fantastique se retrouve finalement plus convaincant que le dernier opus d’Hunger Games ou de la saga Labyrinthe par son aspect ambigu et mystérieux. Le film multiplie également les références. Le brouillard qui parcourt la ville n’est pas sans rappeler le monstre de Lost, et les personnages qui déambulent au sein de ce grand vide font écho à des scènes de The Walking Dead ou Je suis une légende.

Un ensemble inégal mais ambitieux

Faire porter un film par une bande de cinq jeunes acteurs débutants était dangereux. Globalement, les adolescents s’en sortent bien. Sofia Lesaffre incarne la protagoniste Leila avec justesse et Stéphane Bak joue un rôle plus sombre aux antipodes de son image de comique. Les autres membres de la bande sont convaincants, néanmoins les scènes dramatiques frôlent parfois le ridicule et le jeu des jeunes acteurs n’est pas au niveau. Si Leila représente un personnage féminin fort, les autres de la bande restent assez stéréotypés. Le méchant du film s’avérera très caricatural et des plus risibles. L’écriture du film représente ainsi son principal défaut, malgré une mise en scène de qualité. Si Seuls captive tout du long, le rythme du film est mis à mal par de nombreuses coupures qui font passer de scènes dramatiques à scènes comiques en un instant. Bien amené, le twist final s’avère prégnant et intense. A ce moment-là, le film aurait du s’arrêter et se suffire à lui-même devenant ainsi un divertissement fort et universel, mais non exempt de défauts. Néanmoins, le besoin de franchiser le film surplombe le reste, et Seuls s’allonge sur les 10 dernières minutes pour offrir une dernière scène grotesque qui gâche le propos du film.

Imparfait, Seuls reste un film qu’il faut soutenir, tant sa démarche est rare. A travers un film comme Seuls, le cinéma français peut se faire plus confiance et oser plus souvent s’attaquer au registre fantastique.

Seuls : Bande-annonce

Seuls : Fiche Technique

Réalisation : David Moreau
Scénario : David Moreau et  Guillaume Moulin d’après la série de la bande dessinée éponyme Bruno Gazzoti et Fabien Vehlmann
Direction artistique : Gwendal Bescond
Costumes : Élise Bouquet et Reem Kuzayli
Photographie : Nicolas Loir
Son : Dominique Gaborieau, Gwennolé Le Borgne et Nicolas Provost
Musique : Robin Coudert
Production : Abel Nahmias et David Moreau (coproducteur)
Sociétés de production : Echo Films1 Scope Pictures (étrangère) ; Studio Canal  (coproduction)
Sociétés de distribution : Studiocanal (France) ; Telescope (Belgique), Frenetic Films (Suisse romande). Langue originale : français
Durée : 90 minutes
Genre : fantastique
Date de sortie : 8 Février 2017

France – 2017

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