Retour chez ma mère, un film de Éric Lavaine : Critique

Synopsis : La faillite de son cabinet d’architecture a mis Stéphanie sur la paille, l’obligeant même à revenir vivre chez sa mère, le temps de retrouver un emploi. Les deux femmes réussissent à faire des efforts pour cohabiter, mais lorsque le reste de la fratrie vient profiter d’un repas de famille, les choses s’enveniment.

Ou comment essayer de se montrer mature avec un pitch de comédie régressive et bon-sentimentaliste.

S’il est une chose que l’on ne peut pas nier à Eric Lavaine, c’est que son expérience à la télévision (H, Les Guignols de l’info…) lui a appris qu’il faut savoir profiter d’acteurs un minimum populaires pour attirer le public. Pas de chance, le caractère trop potache de ses premières comédies lui ont empêché de connaître le succès. Après avoir multiplié des pitchs parfaitement crétins développés par un humour si peu subtil qu’il fleurait souvent le racisme et l’homophobie gratuits, le réalisateur a eu la bonne idée, pour son précédent film, de mettre un peu d’eau dans son vin en partant d’un point de départ ultra-convenu mais toujours parlant (une réunion entre vieux copains) et de faire appel à un casting un peu plus endurable que ses habituels Clovis Cornillac et Franck Dubosc (en l’occurrence Lambert Wilson et Florence Foresti). Même si le résultat souffrait encore d’un manque de finesse, les 1,5 millions de spectateurs ont fait de Barbecue son plus gros succès à ce jour. Lavaine a donc retenu la leçon, et décidé de s’attaquer un sujet davantage convenu et universel, celui de la famille.

Le point de départ est donc des plus banals : Celui d’un retour aux sources, en l’occurrence d’une quadragénaire contrainte de revenir vivre chez sa mère. L’argument vanté par le production est celui de la peinture d’une génération dont l’émancipation et l’indépendance financière sont précarisées par la crise économique, ce qui semble apporter comme un discours anthropologique assez fataliste qui donnerait sens à cette comédie légère. Faut-il y voir un signe de maturité de la part du réalisateur ? Absolument pas, tant la gravité de ce sous-texte sociétal se fera complètement contredire par la niaiserie du happy-end qui viendra conclure le film. Tel sera le problème de l’ensemble du scénario : L’écriture manque de désirs de cinéma : En s’entretenant avec le réalisateur, il apparait évident qu’il s’est contenté  de transposer des anecdotes, personnelles ou rapportées, sans chercher à en exploiter le potentiel comique soit en les exagérant soit, au contraire, en les rendant plus subtiles. Le résultat, mêlé à un montage trop mou, en est une succession de vignettes, forcément rigolotes puisque renvoyant à des expériences que beaucoup de spectateurs ont vécues, mais formant pour la plupart des amorces de sous-intrigues inabouties.

Le duo Alexandra Lamy / Josianne Balasko, au cœur du récit, est paradoxalement celle des interactions entre personnages qui suscitera le moins de ces saynètes amusantes (le meilleur contre-exemple est évidemment celle de la Bande-annonce ci-dessous). C’est la scène centrale du film, celle du repas de famille, qui est fondamentalement le passage le plus drôle du film. A elle seule, cette dispute fratricide légitimerait presque de regarder l’ensemble du long-terme. Evidemment, les personnages secondaires (Mathilde Seigner, Jérôme Commandeur et Philippe Lefebvre) sont caractérisés de façon sommaire par le scénario, mais ce sont les dialogues qui, étonnamment, sont maitrisés, et surtout les interprétations sont parfaitement convaincantes. Un bel exercice de théâtre filmé donc. L’autre réussite de cette histoire est celle de l’inversion des rapports autour de l’intimité sexuelle. Le personnage de Josiane Balasko, une septuagénaire veuve depuis peu de temps, n’osant pas révéler à ces enfants qu’elle a entrepris une nouvelle relation amoureuse (qu’elle avait d’ailleurs déjà entamée du vivant de son mari, une révélation qui écorne maladroitement la sincérité qu’elle peut susciter) prend la place de l’adolescent cachant ses secrets à ses parents. Une façon ludique d’aborder ce tabou qu’est la sexualité des séniors, et qui apporte de la fraîcheur à cette fable gentillette.
Retour chez ma mère est incontestablement la meilleure –ou la moins mauvaise, c’est selon– des réalisations d’Eric Lavaine. Les conflits familiaux sont une source intarissable de situations dans lesquelles il est facile de se retrouver, et cette comédie en joue allégrement pour obtenir un sympathique moment de détente… à passer un soir sur TF1.

Retour chez ma mère : Bande-annonce (qui est davantage un extrait qu’une bande-annonce en fait)

Retour chez ma mère : Fiche technique

Réalisation : Eric Lavaine
Scénario : Eric Lavaine, Héctor Cabello Reyes
Interprétation : Alexandra Lamy (Stéphanie), Josiane Balasko (Jacqueline), Mathilde Seigner (Carole) Philippe Lefebvre (Nicolas), Jérôme Commandeur (Alain), Cécile Rebboah (Charlotte), Didier Flamand (Jean)…
Photographie : François Hernandez
Montage : Vincent Zuffranieri
Musique : Fabien Cahen
Décors : Isabelle Quillard
Producteurs : Vincent Roget, Jérôme Seydoux
Sociétés de production : Same Player, Pathé Production, TF1 Films Production
Distribution (France) : Pathé
Durée : 97 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 1er juin 2016

France – 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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