Nicky Larson – City Hunter : Angel Dust, les enfants du démon

Loin d’être le énième chapitre opportuniste et isolé d’une licence qui n’avait sans doute plus rien à apporter, ce Nicky Larson – City Hunter : Angel Dust dément ce jugement hâtif. C’est en effet un plaisir collectif de retrouver le nettoyeur de Shinjuku revenir au top de sa forme, malgré des gimmicks qui freinent parfois les élans épiques et scénaristiques. Avec encore un peu plus de liberté dans l’écriture, le développement de cet univers atteindra son paroxysme. Ce dernier volet en date met tout en œuvre pour y parvenir, c’est pourquoi il nous invite à s’armer de patience.

Synopsis : Nicky Larson et Laura sont missionnés par Angie, une jolie jeune femme pour retrouver son…chat. Hélène, lieutenante de la police de Tokyo, apprend à Nicky qu’elle enquête sur l’Angel Dust, une nouvelle technologie qui transforme les soldats en surhommes mais elle n’est pas seule sur l’affaire, les CAT’S EYE s’y intéressent aussi. Nicky va faire d’étonnantes découvertes qui l’emmèneront sur les traces de son propre passé.

Une légende urbaine raconte que si vous avez des problèmes, si vous êtes en danger et que ni la police, ni la justice ne peuvent vous aider, il existe un tableau noir à la gare de Shinjuku sur lequel il vous suffit de marquer les lettres XYZ pour que Nicky Larson (Ryô Saeba en version originale), le City Hunter, vous vienne en aide. Un batsignal un peu rudimentaire mais qui a porté ses fruits, car l’appel de détresse de Kenji Kodama (réalisateur phare de la série animée) est bien arrivé jusqu’aux oreilles de Tsukasa Hōjō, l’auteur de ce polar sériel décomplexé, mais surtout récréatif pour les animateurs qui sont passés par là.

Un homme d’exception

Aucun danger ne l’impressionne. Les coups durs il les affectionne… Si vous ne connaissez pas la chanson, sachez déjà que Nicky Larson ne craint personne, surtout si la fille est mignonne. Ces quelques paroles de Jean-Paul Césari ont rapidement atterri sur les lèvres des adolescents qui ont grandi avec le Club Dorothée, au début des années 90. Cet hymne retentit de nouveau dans les salles obscures après le retour gagnant du héros dans Nicky Larson : Private Eyes en 2018. Au même moment, la Bande à Fifi rendit hommage au détective coureur de jupons dans Nicky Larson et le Parfum de Cupidon (de quoi nous faire oublier la prestation nanardesque de Jackie Chan dans l’adaptation hong-kongaise de 1993). L’auteur du manga, Tsukasa Hōjō, accorda bien évidemment son aval pour ces adaptations, offrant ainsi le second souffle mérité pour un personnage emblématique de la culture nippone. Bien que ce dernier semble définitivement basculer vers des récits seinen (à destination des jeunes hommes), c’est le côté shōnen (à destination des jeunes garçons) que l’on convoque, avec toute la nostalgie qui en fait sa légende. De Cat’s Eye à City Hunter, il n’y a qu’un pas à faire. Et un de plus pour vous y confronter.

Rien ne change fondamentalement concernant Nicky, toujours un peu pervers sur les bords, de plus en plus étourdi après que sa partenaire Laura le rappelle à l’ordre, mais il reste un tireur imbattable en duel. T-shirt rouge, veste bleu marine, Colt Python au poing et courses-poursuites en Mini Cooper, c’est sur ce terrain de jeu-là que le détective excelle lorsqu’une demoiselle est en danger. Le duo Kenji Kodama et Kazuyoshi Takeuchi, accompagné de Yasuyuki Muto au scénario, se démêlent pour rester fidèles aux attentes de fans qui souhaitent renouer avec une galerie de personnages au destin inachevé à l’écran. Mais il s’agit également d’une bonne porte d’entrée bienveillante envers celles et ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de se frotter à cet énergumène, tantôt symbole de virilisme, tantôt symbole de dépravation neutralisée à coups de masse.

Les anges de la mort

La première partie du récit est ponctuée d’humours potaches, afin de se reconnecter aux gimmicks de la série. Ce dorlotement effectué, le film peut à présent déployer son récit original, quitte à prendre de grands risques en chemin.

Le passé rattrape Nicky et sa routine. Et malgré quelques alliances exceptionnelles, il ne faut pas non plus s’attendre à ce que les sœurs Chamade virevoltent tout au long de l’intrigue. Il n’y a qu’un seul shérif en ville et c’est Nicky. Il s’agit d’ailleurs d’une des histoires les plus personnelles du nettoyeur qui nous est conté. Contrairement au manga, la série animée n’a pas eu le loisir de développer le trafic de l’Angel Dust, substance qui troque l’humanité des patients contre un gain de puissance considérable. Tout le monde cherche ainsi à s’approprier cette arme dans sa composition la plus pure. C’est ici qu’Angie fait son entrée et vient joindre les bouts entre le nettoyeur de Tokyo et une vieille connaissance d’Amérique centrale. Ce n’est plus un secret, car les noms de Shin Kaïbara et de son cartel, l’Union Teope, ont de quoi faire frémir nos héros. Celui à qui Larson doit toute sa science du combat est à présent l’antagoniste.

Sorte de sœur spirituelle de Larson, Angie n’est pas comme les autres blondes aux yeux bleus qu’il faut secourir. C’est une guerrière à la croisée des chemins, quelque part entre une crise existentielle et une bonne pâtisserie à dévorer. Comme Laura, elle recherche en elle une sensibilité qu’elle refuse d’écouter. Le film s’aventure ainsi dans ces sombres thématiques, teintées de deuil, d’amour et d’amitié. Cela a toujours été le cas en réalité, car les pitreries de Larson à l’égard des jolies demoiselles ont toujours caché un sentiment de culpabilité chez ce tireur d’exception. C’est pourquoi le véritable but du duo est d’aider leurs clients à se réconcilier avec leurs vies respectives. Et le célèbre tube de TM Network (Get Wild) amène un côté pulp à cette fin d’aventure épique et prenante émotionnellement. Cependant, cette chanson prend un autre sens dans cet épisode qui sert à la fois d’hommage et d’amorce à une nouvelle tragédie.

Si Private Eyes nous a fait douter d’un retour constant de Nicky Larson, ce City Hunter : Angel Dust confirme la volonté de lancer le premier chapitre d’un arc final, celui qui achèvera la série animée portée par Kenji Kodama et toujours selon le fil rouge du mangaka, ceci afin de ne pas trahir ce monument de la culture japonaise. La grande conclusion du héros est en marche. Et pourquoi pas jusqu’aux événements d’Angel Heart ? L’avenir nous le dira.

Bande-annonce : Nicky Larson – City Hunter : Angel Dust

Fiche technique : Nicky Larson – City Hunter : Angel Dust

Titre original : City Hunter the Movie: Angel Dust
Manga original : Tsukasa HÔJÔ
Réalisateur en chef : Kenji KODAMA
Réalisateur : Kazuyoshi TAKEUCHI
Scénario : Yasuyuki MUTÔ
Assistant réalisateur : Satoshi SUZUKI
Mise en scène : Masahiro TAKADA, Yûichi WADA
Storyboard : Kazuyoshi TAKEUCHI, Teruo SATÔ, Kiyoshi EGAMI, Toshihiko MASUDA, Yûichi WADA, Hirofumi NAKATA, Kenji KODAMA
Design des personnages : Kumiko TAKAHASHI, Seigo KITAZAWA
Design des accessoires : Tianxiang LAN
Design des machines : Isamitsu KASHIMA
Réalisateur 3D : Takuji GOTÔ (Tri-Slash)
Superviseur de l’animation : Seigo KITAZAWA
Animation clé : Isamitsu KASHIMA, Yûji WATANABE, Naoko SAITÔ, Asami TAGUCHI
Décors : Jun.ichi TANIGUCHI (BUEMON)
Mise en couleur : Shiho KURIKI
Directeur de la photographie : Shinji SAITÔ
Musique : Taku IWASAKI
Directeur du son : Yukio NAGASAKI
Production audio : AUDIO PLANNING U
Montage : Daisuke IMAI (Jay Film)
Producteurs : Gô WAKABAYASHI, Naohiro OGATA
Studios : Sunrise, The Answer Studio
Pays de production : Japon
Distribution Japon : Aniplex
Distribution France : Star Invest Films France
Durée : 1h34
Genre : Animation, Action, Comédie, Policier
Date de sortie : 24 janvier 2024

Nicky Larson – City Hunter : Angel Dust, les enfants du démon
Note des lecteurs2 Notes
3.5

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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