Ne Coupez Pas ! : une comédie en trois actes, mais dont seul le troisième est drôle

Premier long-métrage pour le japonais Shin’ichirô Ueda, Ne Coupez Pas est un film brouillon, en ce sens qu’il ne nous permet jamais de savoir vers quelle direction il nous dirige. S’il finit par nous faire rire, c’est toutefois après nous avoir imposé un spectacle bien moins agréable à suivre.

Un film dans le film. Ce n’est pas un spoil, mais la tagline qui apparait sur l’affiche. On connait le goût des japonais pour aller très loin dans le détournement des codes propres au 7ème art (Hitoshi Matsumoto s’est imposé comme un maestro dans ce domaine), il était donc bon de voir jusqu’où pourrait aller le jeune Shin’ichirô Ueda dans le concept qu’est celui de la métalepse. Autrement dit, comment il arriverait à faire coexister deux niveaux de réalité qui s’imbriquent l’un dans l’autre. Dès les premières secondes, il apparait en effet que l’action principale se déroule sur un plateau. Des zombies viennent attaquer une équipe en train de tourner un film de zombies. Cette façon d’aborder le « film dans le film » manque cruellement d’inspiration, au point même de sembler puérile. Et son exploitation, tel qu’on l’observe, souffre également d’une carence de potentiel horrifique et même de la moindre qualité artistique, au sens le plus large du terme. Mais, alors qu’avance ce survival outrancièrement ringard, dont la principale spécificité est d’être filmé en un long plan-séquence maladroit, il devient indéniable que sa qualité déplorable est pleinement assumée. Toutefois, il ne s’agit pas de cette catégorie de nanars (parmi lesquels on pourrait citer, en guise d’exemples, Vivre Pour Survivre ou L’Homme Puma) suffisamment ratés pour être divertissants à regarder. Or, du point de vue des spectateurs que nous sommes, la trentaine de minutes à regarder ce court-métrage consternant n’est aucunement un plaisir.

Le changement de paradigme apparaît à l’issue de ce premier tiers, et il apparait alors que l’idée de Shin’ichirô Ueda de se frotter à l’idée de « film dans le film » est nous proposer le making-off fictionnel de ce qu’il vient de nous faire voir. On repense alors à Disaster Artist, dont l’échec venait justement de n’apparaitre comme pertinent qu’aux yeux de ceux qui avaient vu The Room, le film dont on intégrait les coulisses. Cependant, toute idée comique semble complètement oubliée au gré des réunions de préparation de ce tournage dont on apprend que l’improbable ambition est d’être réalisé en direct pour la télévision. Débute alors un second tiers, dont la carence la plus regrettable est désormais à chercher dans l’incarnation des personnages. Aucun d’entre eux n’arrive à donner corps à cette seconde partie, presque aussi ratée que ce qu’avait été, volontairement, la première. Il faut donc attendre le dernier tiers, pour saisir la finalité du projet, puisqu’il s’agit d’un sketch burlesque justifiant le fiasco du « film dans le film » vu une heure plus tôt. L’humour de situation fait enfin son effet, chaque fois que l’on voit un acteur ou un technicien empêcher le bon déroulement de ce tournage. Quelques relations introduites dans la demi-heure précédente deviennent, là aussi, des ressorts comiques assez efficaces. Observer ainsi les difficultés pour un réalisateur de faire aboutir une production et faire face aux nombreux problèmes qui se multiplient peut donc être perçu comme une sympathique comédie. Pourtant, qu’il ait fallu attendre une heure pour en profiter fait du film, dans son ensemble, un objet très mal agencé. Ne Coupez Pas ! est donc un premier long-métrage maladroit mais qui n’empêche pas de penser que Shin’ichirô Ueda est un auteur dont les idées peuvent être drôles et dont on guettera les prochaines réalisations.

Ne Coupez pas : Bande annonce

Ne Coupez pas : Fiche technique

Synopsis : Le tournage d’un DTV horrifique bat son plein dans une usine désaffectée. Techniciens blasés, acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l’énergie nécessaire pour donner vie à un énième film de zombies à petit budget. Pendant la préparation d’un plan particulièrement ingrat, le tournage est perturbé par l’irruption d’authentiques morts-vivants…

Réalisation : Shin’ichirô Ueda
Scénario : Shin’ichirô Ueda
Interprètes: Takayuki Hamatsu, Yuzuki Akiyama, Harumi Shuhama
Photographie: Takeshi Sone
Montage: Shin’ichirô Ueda
Producteur(s): Koji Ichihashi, Kentarô Kodama, Kôji Muta
Distributeur: Les Films de Tokyo
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 24 avril 2019
Genre : Comédie

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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