Mon Voisin Totoro : Une Ode à l’enfance

A l’occasion de la ressortie en salle ce 13 juin de Mon Voisin Totoro, quatrième film de Hayao Miyazaki, sorti en 1988 et produit par le Studio Ghibli, revenons sur une de ces oeuvres qui font replonger en enfance et dont on ressort rasséréné. Une véritable madeleine de Proust.

Synopsis : Deux petites filles viennent s’installer avec leur père dans une grande maison à la campagne afin de se rapprocher de l’hôpital ou séjourne leur mère. Elles vont découvrir l’existence de créatures étranges et merveilleuses, les Totoros, esprits protecteurs de la forêt.

Regarder un film du Studio Ghibli, et plus particulièrement de Miyazaki est toujours une expérience féerique. Ce film ne déroge pas à la règle puisqu’il propose de découvrir un monde fantastique où des petites filles côtoient des créatures de la forêt adorables. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le personnage de Totoro est devenu par la suite la mascotte du Studio.

Le métrage est en lui-même fantasmagorique, et un bel hommage à l’enfance. Le choix des personnages n’est pas un hasard. Les deux soeurs sont des enfants : Satsuki, la grande, a dix ans et va à l’école du village ; Mei, la petite, en a quatre. Elles se comportent comme telles, courent beaucoup, à l’image des enfants dont l’énergie est débordante, elles se chamaillent, comme toutes sororités. Le fait est qu’elles incarnent toutes les deux cette période douce de la vie, où l’on vit ses premières expériences du monde alentour, ses premières frustrations, où chaque découverte est une joie excitante. Satsuki et Mei arrivent dans un endroit inconnu jusqu’alors, un nouveau lieu de résidence riche de découvertes potentielles. Alors quand elles s’installent dans leur nouvelle maison, elles l’explorent. Elles découvrent ainsi des noiraudes, qui les effraient un temps mais dont elles apprennent à surpasser la peur. Elles sont dans leur bulle protectrice, régie en partie par leur père, bienveillant, qui les laisse faire leurs armes, sans doute trop occupé également par ses études (il est archéologue et enseigne à l’université).

Seule ombre au tableau : leur mère est absente. Elle est à l’hôpital, soignée pour tuberculose. Miyazaki a mis un peu de lui-même dans son œuvre : pendant son enfance sa mère était également à l’hôpital, et ce pour la même raison. Il laisse toujours une part de son âme dans ses longs-métrages : ses engagements pour l’écologie et la protection de la forêt dans Princesse Mononoke, entres autres. Cette absence est centrale dans l’histoire et source de nombreuses inquiétudes. Mei tentera même de rejoindre sa mère vers la fin du film, et se perdra. L’angoisse des deux fillettes est contrebalancée par leur imagination et par les rencontres qu’elles font avec des créatures discrètes, protectrices de la forêt. Dont leur fameux voisin, Totoro.

Ces divinités peuvent faire figure de protecteurs, et s’inscrivent dans l’imaginaire collectif des enfants de leur âge. Comme les amis imaginaires que les plus jeunes inventent, et comme de gros doudous qu’ils peuvent cajoler. Totoro est un énorme doudou plein de poils, qui, au moment où les fillettes sont en proie à l’attente ou à l’angoisse, vient leur redonner des instants de réconfort. Cette aura fantastique est presque toujours présente chez le réalisateur japonais et, ici, elle est très forte car elle entre en corrélation avec leur esprit de jeunesse. Il arrive à créer des créatures attachantes et à inventer de véritables trouvailles, comme le chat-bus, par exemple.

L’animation est également au service de la beauté esthétique de l’œuvre, certains plans sont des tableaux vivants, et même si le film a été réalisé il y a 30 ans, il n’a pas pris une ride. Il a même atteint un statut culte, alors que, rappelons-le, lors de sa sortie initiale les producteurs avaient fait le choix de le sortir conjointement avec Le tombeau des lucioles d’Isao Takahata.

Alors n’hésitez pas, et venez déguster cette madeleine de Proust dans les salles obscures, à partir du 13 juin !

Mon Voisin Totoro : Bande-Annonce

Mon Voisin Totoro : Fiche Technique

Titre original : Tonari No Totoro
Réalisation : Hayao Miyazaki
Scénario : Hayao Miyazaki
Doublage : Marie-Charlotte Leclaire (Mei), Mélanie Laurent (Satsuki), Thierry Ragueneau (Tatsuo)
Musique : Joe Hisaishi
Image : Hisao Shirai
Montage : Takeshi Seyama
Producteur : Toru Hara
Société de Production : Studio Ghibli
Distributeur : Buena Vista Distribution
Durée : 86 minutes
Genre : Film d’animation
Date de ressortie : 13 Juin 2018

Japon – 1888

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Flora Sarrey
Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
Biberonnée au cinéma depuis toujours, je suis passionnée par les films danois et asiatiques. Egalement férue de littérature et rock'n'roll.

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.