Madame Claude : la reine des prostituées sur Netflix

2.5

Madame Claude avait été interprétée par Françoise Fabian en 1977. Cette fois, c’est Karole Rocher qui s’y colle, voix off omniprésente à l’appui. Le biopic reste classique, mais claque grâce à un casting au top. A voir sur Netflix, la sortie en salles ayant été finalement abandonnée par la production.

Gangster ou figure de l’émancipation féminine ?

Karole Rocher ne s’en laisse pas compter depuis déjà Le bal des actrices. Il semble donc que ce rôle principal dans Madame Claude ait été taillé pour elle. Elle excelle dans ce rôle mi-diabolique, mi-féministe, soit une femme qui tente de se frayer un chemin dans un monde d’hommes en… vendant le corps des femmes. Un paradoxe sur lequel elle surfe aisément, sans se poser véritablement de questions. C’est en tout cas ce que suggère la voix off omniprésente. Le film commence en 1968, à l’apogée de l’ère « Madame Claude » et se termine à la chute de cette dernière. Ici, la mère maquerelle n’est pas passive comme on a pu la voir dans L‘Apollonide, souvenirs de la maison close. Ici, ce n’est pas le souvenir ou le fantasme qui priment, mais bien l’action. Après, Sex Doll, Sylvie Verheyde, rejoue la partition de la mère maquerelle. Mais voilà qu’elle flingue le mythe, qu’elle en précipite la chute.

Tuer la mère 

Alors que son personnage principal rejette l’amour dès les premières minutes pour vanter le sexe tarifé, Madame Claude est pourtant un film d’amour. Comme celui que vont se porter Sidonie (la géniale Garance Marillier) et Claude et qui va les mener dans l’impasse. Sidonie c’est la Jeune et Jolie d’Ozon, celle qui décide, par choix, de se lancer dans la prostitution. Choix à moitié, puisque si ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de survie pour Sidonie. Offrir son corps pour ne plus avoir à subir d’assaut non consenti, se détruire pour mieux se reconstruire. Le film tourne autour de cette notion de résilience et fait de Madame Claude non pas une figure toute puissante, mais un être qui se confronte à sa fin. Le film surfe aussi sur la notion de sororité, de féminisme, en prenant une revanche sur le masculin.

Cependant, cette histoire-là peine un peu à convaincre tant elle semble avoir été ajoutée à une vie romanesque, comme pour en cautionner l’existence. La reine des putes (comme elle se surnommait elle-même) a eu jusqu’à 200 filles à sa charge et ne faisait pas dans la dentelle, est-elle excusable parce qu’elle en a « sauvé » une ? Pour briser le mythe, le film parle sans complexe des liens entre cette mère maquerelle, qui prône la liberté, et la police, mais aussi l’Elysée (la période Pompidou, Giscard) avec les figures interprétées par Benjamin Biolay (toujours aussi peu volubile) et Pierre Deladonchamps. La proxénète devient maquerelle de la République. La violence s’invite donc dans des scènes qui se voudraient érotiques. Difficile cependant de parler de prostitution, de violence et d’érotisme, mais les scènes de sexe ne prétendent pas le faire, elles sont simplement ! Cependant, Madame Claude de ce point de vue souffre la comparaison avec L’Apollonide justement…

Sans surprise 

Dans le film de Bertrand Bonello, on croisait des personnages, des femmes réellement incarnées avec toute leur saveur, leurs instants de liberté n’en n’étaient que plus beaux. Ici, tout claque, mais tout est « glacé », lissé. C’est un film pour la télé, clairement, pas étonnant qu’il se retrouve alors sur Netflix. Rien n’est surprenant pour ce personnage, pas même sa chute, précipitée par un personnage introduit très vite, un personnage aussi beau qu’inquiétant. C’est une femme, Sidonie, qui se libère et qui la détruit dans le même mouvement. C’est en choisissant cette voie-là que le film devient passionnant par moment cependant. Il insère quelque chose de vénéneux, une histoire d’attachement et de poison destructeur, de mort aussi. Et de peur de disparaître comme de s’émanciper.

En rejetant l’amour, Madame Claude s’y trouve piégée à jamais, pleine du désir d’être regardée, mais surtout d’être indispensable. Or, elle le devient de moins en moins, et surtout pas pour sa propre enfant. Une déchirure qui en suit d’autres et qui dessinent une femme aussi forte que fragile. Cependant, ce biopic au casting parfait s’avère sans éclat car sans surprise. Pourtant, la réalisatrice le décrivait comme le passionnant portrait d’un « monstre », il n’en n’est rien à l’écran, malgré l’éclat de Karole Rocher. Dommage que beaucoup de scènes tombent à plat faute d’un scénario ambitieux au-delà du simple biopic. A un monstre, il faut de quoi se nourrir, mais elle ne semble effrayer personnage, pas même Hafsia Herzi dans une scène de confrontation qui aurait pu laisser éclater le talent de deux actrices, mais qui s’avère fade au final parce que comme brisée en plein vol. Le mérite en revient au moins à Sylvie Verheyde de ne pas filmer les prostituées comme des fantasmes, mais plutôt sans fard, les yeux dans les yeux et de régler son compte à cette mère maquerelle.

Madame Claude : Bande annonce

Madame Claude : Fiche technique

Synopsis : Fin des années 1960, Madame Claude règne sur Paris et au-delà grâce à son commerce florissant. En réinventant les codes de la prostitution, en empruntant ceux de la bourgeoisie et en s’inventant un passé respectable, elle est devenue une femme d’affaires redoutée et estimée du monde politique au grand banditisme. Femme de pouvoir dans un milieu et une époque d’hommes, à la veille des grands mouvements de libération de la femme, elle sera aussi le témoin de la fin d’une époque. Sa rencontre avec Sidonie, son opposée mais aussi son alter ego, sera imperceptiblement le fil conducteur de l’érosion de son empire. 

Réalisation : Sylvie Verheyde
Scénario : Sylvie Verheyde
Interprètes : Karole Rocher, Garance Marillier, Roschy Zem, Pierre Deladonchamps, Liah O’Prey, Paul Hamy, Hafsia Herzi
Photographie : Leo Hinstin
Montage : Christel Dewynter
Sociétés de production : Les Compagnons du Cinéma, TNG Productions
Distributeur : Netflix
Date de sortie : 2 avril 2021 (Netflix)
Durée : 112 minutes
Genre : Biopic

France – 2021

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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