L’Odeur de la mandarine, un film de Gilles Legrand: Critique

Sans avoir profité d’une promotion intrusive comme beaucoup de ses concurrents qui nous assènent de bandes-annonces, L’Odeur de la mandarine a réussi à s’assurer une exploitation très étendue. Ceci s’explique par le fait que, pour son quatrième film, Gilles Legrand se confirme comme un des rares peintres contemporain de l’univers rural dans lequel il a jusque-là toujours fait en sorte d’ancrer son cinéma.

Synopsis : En juillet 1918, dans l’est de la France, Angèle, une jeune infirmière veuve et mère d’une fillette d’une dizaine d’années, entre au service de Charles, un riche vétéran de la cavalerie amputé d’une jambe et propriétaire d’un grand haras. Très vite va se lier entre ces deux individus marqués par la guerre une profonde intimité, qui va le pousser à aller plus loin, au risque de compliquer leur relation.

L’amour comme cheval de bataille

Après l’inventivité enfantine dans Malabar Princess en 2003, la solitude dans La Jeune fille et les loups en 2007 et les liens père-fils dans Tu seras mon fils en 2010, le réalisateur décide cette fois de s’attaquer à une histoire romantique. Dès les premières images du film, on comprend vers quoi  la relation employeur-employé entre Charles et Angèle va virer. L’idée d’assister à un lien platonique à la façon de Journal d’une Femme de Chambre apparaît alors même comme une crainte. Les cartes sont donc vite posées par une écriture romanesque si traditionnelle que l’on jurerait avoir affaire à une adaptation littéraire. Et pourtant le scénario est original et a été cosigné par Guillaume Laurant, connu pour avoir jusque-là essentiellement travaillé avec Jean-Pierre Jeunet. Le risque de ce parti-pris classique, dont l’intention première est de décrire la part animale des tensions intimes de ce couple à travers un parallèle avec l’approvisionnement des chevaux,est d’offrir une dramaturgie trop classique pour apparaître comme une proposition moderne.

C’est sans doute là le principal souci de l’Odeur de la Mandarine : A trop savoir où l’on va, le récit ne peut miser, pour surprendre le public, que sur ses dialogues qui alternent intelligemment non-dits et une évocation parfois crue de la sexualité. La liberté du personnage d’Angèle rompt avec la misogynie ambiante lorsqu’elle impose littéralement les conditions de son mariage, et dès lors l’amour impossible profite d’échanges tour à tour émouvants, drôles et tendus. Des changements de tons qui permettent à la romance de ne jamais tomber dans le piège de la mièvrerie. La complémentarité des personnages, le regard de l’enfant, les conseils de la vieille fille, le charme d’un inconnu débarqué comme un grain de sable, sont autant d’idées déjà mille fois ressassées du genre romanesque. La métaphore, omniprésente dans le film, entre l’équitation et le coït n’a, elle non plus, rien d’originale, mais elle est le prétexte à des scènes équestres très bien filmées. Le travail du chef opérateur Yves Angelo (qui a travaillé sur chacun des quatre films de Legrand) est remarquable et fait beaucoup pour la qualité visuelle de cette belle histoire entièrement filmée en décors réels. L’interprétation des acteurs est aussi pour beaucoup dans la force des échanges, à commencer par l’excellent Olivier Gourmet et la ravissante Georgia Scalliet qui, pour sa première apparition au cinéma, parvient à être crédible dans la plupart de ses scènes. Les rôles secondaires sont assurés par des acteurs expérimentés comme Dimitri Storoge, Hélène Vincent ou Michel Robin.

Mais, aussi bien filmé et bien interprété qu’il puisse être, le film n’en reste pas moins une œuvre à priori trop classique pour se démarquer. C’est finalement dans la mise en scène que nous propose le réalisateur que toute la sensibilité du film prend tout son essor. Les jeux de regards et le poids des silences sont, plus que tous les dialogues, la clef de la tension sexuelle qui inonde le film. Le décalage entre le caractère oppressant de l’intérieur de la ferme et l’onirisme avec laquelle est filmée la forêt qui l’entoure apparait comme la meilleure illustration de la différence entre les notions de couple et de liberté sur laquelle repose le film. Des idées de mise en scène qui rompent avec le classicisme de la dramaturgie.

De très loin le meilleur film de Gilles Legrand, L’Odeur de la mandarine peut sembler désuet sur le fond comme sur la forme mais sait tirer l’avantage des moments d’intimité entre ses deux excellents acteurs, et ce même si leurs personnages disparaissent derrière le discours tenu sur la difficulté de s’épanouir sexuellement sans amour.

Bande annonce: L’Odeur de la mandarine

Fiche Technique: L’Odeur de la mandarine

Réalisateur : Gilles Legrand
Scénario : Guillaume Laurant
Casting: Olivier Gourmet (Charles), Georgia Scalliet (Angèle), Dimitri Storoge (Léonard), Marine Vallée (Louise), Hélène Vincent (Émilie)…
Décors : Jean Rabasse
Costumes : Catherine Leterrier
Photographie : Yves Angelo
Montage : Andréa Sedlackova, Thomas Desjonqueres
Musique : Armand Amar
Producteurs: Frédéric Brillion, Victor Hadida, Samuel Hadida
Production: Epithète Films, Davis Films, France 3 Cinéma
Distribution: Metropolitan FilmExport
Genre : Romance
Durée : 110 minutes
Date de sortie en salles: 30 septembre 2015

France – 2015

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Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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